Foire du livre de Hong Kong : 300 titres jugés immoraux par les autorités de régulation

Orianne Vialo - 29.07.2016

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Alors que Benjamin Chau Kai-Ieung, directeur exécutif du Conseil de développement du Commerce et organisateur de la Foire de Hong Kong, déclarait que « Honk Kong est un lieu libre et ouvert… Peu importe le contenu des ouvrages, qu’ils parlent de questions politiques, ils peuvent être vendus lors de la Foire du livre de Honk Kong », l’Office for Film, Newspaper and Article Administration (OFNAA) a confisqué plus de 1400 exemplaires de 300 titres vendus à la Foire du livre. 

 

(Domaine public)

 

 

C’est dans un communiqué diffusé par le gouvernement de Hong Kong que l’on apprend que 1400 livres ont été confisqués par l’OFNAA, organisme basé à Hong Kong, car ils étaient considérés comme « des articles indécents ». Selon un porte-parole de l’organisme chargé de veiller au respect des « normes du goût et de la décence acceptées par la communauté », l’OFNAA étudie « la violation présumée de l’ordonnance de contrôle de l’obscénité et de l’indécence des articles [Control of Obscene and Indecent Articles Ordinanc, COIAO, NdR]. Nous allons soumettre les articles saisis au Tribunal des articles obscènes [Obscenes Articles Tribunal, OAT, NdR] pour leur classification. Ils prendront les mesures de suivi appropriées, conformément à la classification votée par l’OAT ».  

 

Il est également précisé que « conformément à l’usage, l’OFNAA a émis des lettres à destination des exposants de la Foire, transmises par le biais de la Foire du Livre, deux mois à l’avance pour leur rappeler de veiller à ce que leurs publications soient en conformité avec le COIAO ». Toujours selon le communiqué, il semblerait que l’organisme ait été prévenu que les ouvrages vendus lors de la Foire de Hong Kong n’étaient pas conformes à la COIAO, à la suite de trois plaintes formulées par le public. 

 

Les ouvrages visés étaient un album photo, une bande dessinée intitulée Endless Love et les livres Deep Web File et Deep Web 2.0 File. L’éditeur de ces deux derniers manuscrits fait déjà l’objet de poursuites pour violation de l’article 24 de la COIAO, c’est-à-dire pour son incapacité à se conformer aux exigences en matière de publication d’articles indécents.  

 

À l’heure actuelle, les contrevenants risquent de payer des amendes pouvant s’élever jusqu’à 1 million $ et une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 3 ans pour ceux ayant publié des manuscrits jugés « obscènes ». Ceux dont les ouvrages sont jugés « indécents » risquent 400.000 $ d’amende, et un emprisonnement de 12 mois en première condamnation, mais aussi une amende de 800.000 $ accompagnée d’une peine de prison de 12 mois pour les récidivistes. 

 

La phrase « l’OFNAA continuera à prendre des mesures d’applications appropriées et proportionnées pour faire respecter la loi » se vérifie d’autant plus lorsque l’on s’intéresse aux statistiques publiées par la COIAO. Entre janvier et mai 2016, l’organisme a contrôlé 115.981 publications et recueilli 264 plaintes d’ouvrages ne correspondant pas aux normes fixées par la COIAO. 

 

Une Foire du livre beaucoup moins libre qu’auparavant 

 

Dans un article du Guardian publié alors que la Foire du Livre de Hong Kong battait encore son plein, il était annoncé que la liberté des éditeurs présents à la manifestation était « contenue ». De nombreuses maisons d’édition ont fait le choix de ne pas assister à l’édition 2016 de la Foire du Livre, à l’image du Mirror Media Group, connu pour publier des ouvrages portant sur la vie privée des politiques chinois.  

 

Cependant, contrairement à ses pairs, l'université chinoise de Hong Kong (CUHK) n'a pas été effrayée outre mesure par les sanctions prises à l'encontre de ceux qui passent outre des lois fixées par le Parti communiste chinois. L'éditeur a publié une série de quatre volumes de la collection des documents privés et des discours du leader communiste disgracié, Zhao Ziyang — un homme politique chinois, anciennement Premier ministre (1980-1987) et Secrétaire général du Parti communiste chinois (1987-1989) qui a perdu tout le soutien du leader Deng Xiaoping, car il avait aidé des étudiants manifestants lors des manifestations de la place Tian’anmen en 1989. 

 

« Nous n’avons eu aucun problème à imprimer ou même à diffuser nos quatre volumes de Zhao Ziyang », expliquait un éditeur de la CUHK. « L’impact sur la Foire est très fort. Les contrôles à l’encontre des voyageurs ont été renforcés et beaucoup des visiteurs qui venaient auparavant à Hong Kong pour acheter des livres censurés en Chine ont arrêté de le faire, car ils peuvent avoir des ennuis à la frontière. » 

 

Jimmy Pang, directeur de la maison Subculture, comprend que certains acteurs de la chaîne du livre puissent se sentir menacés. Cependant, Lam Hong-ching, auteur de livres politiques publiés chez Subculture, estimait qu’« il est d’autant plus important d’écrire ces livres maintenant, sinon les gens ne seront pas informés correctement ».