Football : F.S. Fitzgerald, conseiller de luxe de l'équipe de Princeton

Antoine Oury - 03.11.2014

Edition - International - Francis Scott Fitzgerald - football équipe de Priceton - 1932 1937 Fritz Crisler


C'est un fait connu : si Fitzgerald avait été un peu plus adroit, il aurait fini footballeur. Le futur auteur de Gatsby le Magnifique s'est en effet escrimé pour entrer dans l'équipe de foot américain de son université, Princeton. Très mauvais avec une balle au pied, il n'a pas tenu une journée au sein de la formation, et cet échec le laissera considérablement amer. Mais il n'a pas pour autant coupé tous ses liens avec l'équipe.

 


College Football Hall of Fame

Le College Football Hall of Fame, Atlanta (Vanessa Sabino, CC BY 2.0)

 

 

L'entraîneur de l'équipe de Princeton, entre 1932 et 1937, fut l'illustre Fritz Crisler : l'homme est un des grands noms du football américain, et l'équipe universitaire était l'une des plus cotées, dans les années 30. Malgré son échec estudiantin, Fitzgerald avait gardé une passion vivace pour ce sport, qu'il suivait avec attention, si bien que cela tournait volontiers à l'obsession.

 

« Je me rappelle très bien les appels de Scott », souligne ainsi Fritz Crisler dans une interview, en 1957. « Entre minuit et 6 heures du matin, les nuits qui précédaient nos matchs », assure l'entraîneur. Sans surprise, l'écrivain se changeait en coach sportif, et fournissait ses conseils stratégiques pour tirer le meilleur des joueurs.

 

Poli, l'entraîneur reste bienveillant vis-à-vis de l'expérience sportive de Fitzgerald : « La plupart du temps, ce qu'il disait n'avait pas trop de sens. Il m'exposait régulièrement un jeu ou une stratégie qu'il voulait que j'utilise. Mais je crois que ses appels lui permettaient surtout de se délivrer de Princeton et de ses sentiments pour l'université », explique Crisler.

 

L'un des appels de Fitzgerald avait laissé Crisler abasourdi : heureusement, l'entraîneur était au lit, duquel l'écrivain l'avait tiré avec un de ses fameux appels. L'auteur de Tendre est la nuit lui raconte alors, sur les coups de 3 heures du matin, un rêve impliquant deux équipes de fourmis, noires et rouges, et la stratégie qu'il avait établie pour que Princeton — l'équipe de fourmis noires — remporte le combat sur les rouges.

 

L'explication est simple : Fitzgerald appelait la nuit, alors que ses légendaires fêtes battaient leur plein. Et l'auteur lui-même l'était aussi régulièrement, plein : « Sur la ligne, derrière la voix de Fitzgerald, on entendait les rires, les cris, et d'autres indices sonores d'une fête privée. C'était l'immense chœur de ces fêtes désespérément démesurées des années 20, perpétuées dans les années 30 par les plus nostalgiques du Jazz Age », détaille Fritz Crisler.

 

Certaines des illuminations de Fitzgerald, néanmoins, se rapprochaient de l'éclair de génie : c'est ainsi l'auteur qui a inspiré à Crisler la stratégie du 'two platoon system'. Autrement dit, la séparation de l'équipe en deux sections, une offensive, l'autre défensive, pour ménager les joueurs : Fitzgerald avait exploré cette stratégie en distinguant les joueurs massifs des coureurs, plus fluets, mais plus rapides.

 

Lui-même pas bien épais, cette stratégie, qui a depuis fait ses preuves et permis à Crisler de se démarquer en tant qu'entraîneur, aurait peut-être permis à Fitzgerald de poursuivre une carrière sportive...