Formation des libraires : croisade du Canard contre le 'oui-oui book'

Clément Solym - 17.09.2012

Edition - Librairies - formation des libraires - INFL - Dominique Mazuet


Dans Le Canard Enchaîné du mercredi 12 septembre, on pouvait lire dans les pages intérieures un article intitulé « Contre le oui-oui book », rédigé par Jean-Luc Porquet. Ce dernier présente le projet de comptoir de la librairie indépendante et l'ouvrage publié par Dominique Mazuet, qui nous avait accueillis dans sa librairie Tropiques il y a peu. (voir notre actualitté) Et relaie également ses accusations d'« abus de confiance » et de « détournement de biens publics » à l'encontre de l'INFL, le centre de formation des libraires.

 

 

 

 

 Sous un titre qui ne fait pas tellement honneur à l'art de la titraille tel que la pratique Le Canard (car presque déjà-vu dans Livres de papier, « Le journal des réfractaires à l'ordre numérique », dans lequel est reproduit un article de Porquet remontant à 2008) s'étale l'accusation de « l'absurdité qu'il y a à prétendre défendre les intérêts des libraires en leur proposant de tisser la corde destinée à les pendre. »

 

Qui veut la peau de l'i-Braire !?

 

La sentence vient de la librairie Tropiques, où le gérant Dominique Mazuet mène une farouche guérilla contre le livre numérique, dont il ne perçoit que des applications et motivations strictement capitalistes. Et, du coup, apprenant que l'Institut National de Formation des Libraires (INFL) proposait une formation au numérique, il s'insurge : la taxe d'apprentissage qu'il reverse est donc investie dans un secteur qui détruit le réseau de librairies.

 

D'ailleurs, dans l'Express, ledit libraire se fend d'une diatribe anti-numérique, drappant avec soin et fermeté : « S'il y a un point qui fait consensus parmi les défenseurs du livre, c'est bien l'urgence de restaurer la fréquentation des librairies. Alors ... comment imaginer, comment prétendre sérieusement que l'on va y parvenir en développant les ventes par Internet, ou pire encore les ventes de téléchargement de fichiers numériques? » 

  

Contacté par ActuaLitté, David Alliot, formateur à l'INFL, est encore interloqué par l'accusation : « Comment peut-on croire qu'un centre de formation, dirigé par un libraire, où chacun participe à l'élaboration des programmes, selon un référentiel professionnel bien précis, puisse vouloir détruire de l'emploi ? » 

 

« D'ailleurs, poursuit Alliot, je ne suis même pas foncièrement en désaccord avec ce Monsieur : il est évident que le commerce immatériel a tué une bonne partie de nos librairies. » Le formateur s'étonne de la démarche du libraire, qui a été invité « à deux reprises » par l'INFL pour exprimer son point de vue (les « Réponses aux diverses objections ordinaires de l'e-monde à Loïc [un étudiant de l'INFL, NdlR] qui les résuma toutes dans celle-ci : "Un IPAD est plus performant qu'un livre" », dans l'ouvrage de Mazuet, le confirment).

 

Croa-croa-zade ou french Coin-coin ?

 

Mazuet nous l'avait dit : son expérience d'agitprop lui sert toujours, la raison pour laquelle il menace de porter plainte contre l'État pour mettre la lumière sur la cause qu'il défend.

 

Mais, incontestablement, l'INFL ne détourne pas la taxe professionnelle versée par le libraire pour détruire son emploi en formant au numérique : « Nos jeunes en alternance, nous ne les formons au numérique qu'une demie-journée, à la fin de 2 années de cursus, tant la technique évolue rapidement. La formation au numérique, elle, est payante, et s'adresse uniquement aux professionnels. Et là encore, c'est plus pour éclaircir le jargon et sensibiliser aux enjeux importants » tient à préciser Alliot.

 

S'il y avait plutôt une chose à déplorer, donc, ce serait les carences de la formation quant au livre numérique : à ActuaLitté, on peut vous certifier qu'une demie-journée, c'est bien insuffisant pour saisir tous les enjeux de cette industrie, qu'on la promeuve ou non.

 

Au même titre que le manifeste des 451, c'est l'article du Canard qui fait plouf.