Fracture : le marché des ebooks en bibliothèques bouleversé

Clément Solym - 14.02.2012

Edition - Bibliothèques - Amazon - Bibliothèques - OverDrive


Dans un article du Library Journal publié vendredi, Michael Kelley revient sur la décision de Penguin de ne plus proposer ses ouvrages aux bibliothèques, prise très certainement après avoir appris qu'Overdrive distribuait ses ebooks à Amazon par le biais de la bibliothèque de prêt du kindle.

 

Selon l'auteur, la décision de Penguin de mettre fin à son contrat avec OverDrive a encore plus fracturé le marché de prêt de livres numériques en bibliothèque, soulignant la difficulté à trouver un modèle économique unique dans lequel tous les acteurs seraient satisfaits.

 

 

 

En effet, plusieurs modèles sont en place : certaines maisons considèrent la question du prix en priorité (Random House vient d'augmenter le prix de ses ebooks pour les bibliothèques – notre actualitté), pour d'autres, comme Penguin le problème concerne la relation commerciale entre OverDrive et Amazon, donnant un avantage compétitif inégal au cybermarchand.

 

« L'idée que les bibliothèques publiques, pour la première fois, enverraient leurs clients vers un site Internet commercial pour emprunter des livres, et pas n'importe lequel, celui qui possède une sacrée poigne sur le marché des livres en ligne, était voué à entraîner une réaction négative », affirme Paul Aiken, directeur de l'Authors Guild.

 

De plus, les bibliothécaires souffrent d'un conflit dans lequel ils jugent n'avoir injustement aucun droit de parole. Mais ils ne perdent pas moins espoir :

 

« Malgré les évolutions peu encourageantes, nous espérons que Penguin continuera à chercher une solution pour rendre ses titres disponibles en bibliothèque », explique Molly Raphael, la présidente de l'American Library Association à The Digital Shift, « Comme Penguin a déclaré : « Il est vital que  nous entretenions des rapports avec les bibliothèques et que nous construisions un futur ensemble ». Nous sommes prêts à nous engager pour aider à la construction de cet avenir », a-t-elle ajouté.

 

Bâtir, mais avec quels bâtisseurs ?

 

Les temps changent, et l'ALA formule, pour Penguin et pour les autres éditeurs qui mettent leurs titres à disposition en bibliothèque, un vœu honorable : « Bâtir un modèle commercial stable et possible d'être soutenu, qui permettrait aux bibliothèques et aux éditeurs de connecter auteurs et lecteurs à l'ère du digital, tout comme nous l'avons accompli avec succès depuis Gutemberg. Nous devons travailler tous ensemble  - et rapidement – pour apporter un accès total aux ebooks en bibliothèques pour tous, et en particulier pour ces lecteurs qui dépendent de leurs bibliothèques comme leur seule source de lecture possible ».

Molly Raphael avait pourtant félicité, peu de temps auparavant, les éditeurs qui fournissent leurs ebooks aux bibliothèques. Cette décision pourrait, dans l'attente d'un nouveau partenariat, affecter négativement les relations entre éditeurs, bibliothèques, et bien sûr leurs lecteurs, qui pour leur part comprennent mal la décision de Penguin. (voir notre actualitté)

 

D'autres sont plus agressifs. Le directeur de la Digital Library Federation, Peter Brantley, a expliqué au Publishers Weekly que les bibliothécaires se sentaient « nettement moins charitable envers les grandes maisons d'édition » depuis que Penguin « l'une des plus grandes maisons des États-Unis, était prête à faire subir des dommages collatéraux aux bibliothèques dans une échauffourée à laquelle elle n'a pas choisi de participer », et enfin de finir : « À ceux qui refuseraient notre accès aux livres seulement parce qu'ils ont peur : attention, car nous mesurons nos pertes. »