Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Frais postaux pour le livre : La Poste en difficulté, tout le monde doit payer

Nicolas Gary - 25.04.2017

Edition - Economie - frais postaux livres - envoyer livres poste - Poste prix livres


Voilà plus de deux ans que les tarifs postaux pour l’envoi de livres ont augmenté. Pour le secteur de l’édition, cette hausse tarifaire a eu des conséquences sévères : tout livre de plus de 3 cm de hauteur passait au prix du Colissimo. Le ministère de l’Économie et des Finances tente de justifier cette situation, pour le moins douloureuse. 


Postes
Frantz Ronzeau, CC BY 2.0
 

 

En substance, explique Michel Sapin aux députés Patrice Carvalho et Alain Bocquet (Gauche démocrate et républicaine), La Poste souffre depuis le début des années 2000. Et il faut bien qu’elle se refasse. Les multiples réductions de volumes de courrier – - 26 % entre 2008 et 2014 ; - 6,5 % en 2015 ; - 5,6 % en 2016 — ont nécessité des adaptations. 

 

« Dès lors, le maintien des offres commerciales avantageuses disponibles pour l’envoi de livres nécessite des efforts financiers partagés, tant de la part de l’entreprise avec la réduction de ses coûts, que de la part des usagers avec des augmentations tarifaires indispensables », indique le ministère. 

 

Or, si des adaptations ont été consenties par l’entreprise, il n’en reste pas moins que « seul Amazon reçoit les faveurs de la Poste », affirmait la députée Dominique Chauvel.

 

Les besoins spécifiques de l'édition écoutés
 

Pour Michel Sapin, les négociations que les éditeurs ont entamées avec notamment le ministère de la Culture, ont porté leurs fruits. En effet une solution, Frequenceo éditeurs, permet de pouvoir expédier à un prix plus avantageux les ouvrages de service de presse — ceux qui sont destinés aux journalistes pour des critiques, entre autres. «  Les propositions de valeur pour cette cible reposent notamment sur sa simplicité d’usage et l’application de tarifs compétitifs et comparables aux tarifs de la Lettre », s’explique enfin Michel Sapin.

 

En outre, « les besoins spécifiques des éditeurs et plus généralement [des] entreprises du secteur du livre » semblent entendus. Et le ministre de lister 

 

la gratuité des envois à destination de la Bibliothèque nationale de France pour le dépôt légal ; 

une tarification avantageuse pour les envois internationaux de livres et brochures à caractère éducatif, scientifique ou culturel ; 

un tarif spécifique pour les envois groupés de livres

 

De quoi donc l’édition peut-elle alors se plaindre ? D’autant plus que l’offre favorisant l’envoi de livres vers l’international devait changer au 1er mars 2017, avec « une revalorisation tarifaire modérée ». Plus question donc de s’inspirer de cette dernière pour protester. « L’offre “livres et brochures” continuera d’appliquer des prix inférieurs aux autres offres d’envois de courrier et colis à l’international », poursuit Michel Sapin. 

 

Pour lui, ces différents exemples démontrent la volonté de l’État et de La Poste de travailler en bonne intelligence avec les différents acteurs de l’édition. Le tout avec une offre « de transport postal de qualité, accessible et innovante, profitable à la diffusion nationale et internationale des livres et imprimés ». Car dans le même temps, l’entreprise La Poste doit elle aussi être préservée, du fait des missions de service public qu’elle doit assumer. 
 

Un travail de sape, hein ?

 

Le problème n’en demeure pas moins entier : si La Poste entretient des relations commerciales privilégiées avec le géant américain, il serait de bon goût, dans le cadre de sa mission de service public, que cela soit reconnu.

 

Par ailleurs, Bercy peut se draper dans ses bonnes intentions : d’un côté, il est notoire qu’aucun des ministères sollicités ne souhaitait réellement s’engager dans ces discussions à l’approche des élections présidentielles. « On laisse cela aux suivants », avait-on entendu du côté de la rue de Valois, « ils ont toutes les notes nécessaires ». 

 

C’est que l’offre Frequenceo éditeurs est notoirement incomplète – même si satisfaisante pour les maisons qui y ont souscrit. D’un côté, les éditeurs indépendants ne peuvent en effet pas pratiquer la vente à distance pour leurs propres ouvrages, sur le territoire français, sous peine de voir s’appliquer des frais exorbitants, et répulsifs, pour les clients. « On me forcerait à passer par Amazon, qui interviendrait alors comme distributeur, on ne s’y prendrait pas différemment », avait expliqué une éditrice indépendante, lors du Salon du livre de Paris.

 

Quant aux libraires, même punition : les frais de ports peuvent s’avérer plus dispendieux, avait démontré Lilya Aït Menguellet, de la librairie Meura, à Lille, en France que pour l’étranger. Sapin, au placard, donc…