France: 2014 année des bibliothèques, mais aucun politique à Lyon (IFLA)

Nicolas Gary - 19.08.2014

Edition - Bibliothèques - Aurélie Filippetti - 2014 année bibliothèques - IFLA Lyon


L'IFLA bat son plein à Lyon, et pourtant, dans les couloirs, certains citent Lamartine. « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » C'est qu'en France, l'année 2014 est dédiée aux bibliothèques, et que le 80e Congrès mondial de L'International Federation of Library Associations and Institutions s'achèvera ce 22 août. Sans qu'aucun ministre français ne se soit déplacé. Et tout particulièrement, celle qui officie rue de Valois.

 

IFLA 2014 - Centre International de Lyon

ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

 

C'est officiel, l'agenda de la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti est tombée : entre aujourd'hui et vendredi, aucun déplacement n'est prévu à Lyon. Et ce, alors que le 7e Festival du film francophone d'Angoulême, aura le plaisir d'accueillir la ministre, à 20 h. 

 

A l'occasion du Salon du livre de Paris, Aurélie Filippetti avait pourtant réitéré ses voeux de janvier : que « 2014 soit l'année des bibliothèques », et c'était déjà tout un programme. Saluant « un véritable service public numérique de proximité », la ministre avait ajouté, en mars que 

les établissements « peuvent évoluer », et qu'ils ont toujours su s'adapter aux nouveaux usages. Les attentes numériques et les nouvelles mutations du livre « ne les mettent pas en danger ». L'enjeu des bib n'est donc « pas dans le réseau, mais dans le service ». De nouvelles collections, y compris numériques, sont nécessaires, « pour répondre aux attentes de tous ». Il existe des établissements d'excellence, mais le bilan global est, sur ce point, encore mitigé, bien que 86 % des bib soient informatisées et que 73 % disposent d'un accès au net. (voir notre actualitté)

 

À l'époque, la ministre se félicitait du « maillage dense de ce réseau culturel de proximité », qui méritait un véritable investissement. Son ministère semblait avoir bien compris que les bibliothèques devenaient un acquis social à défendre : face aux réductions des budgets des régions, et au désengagement de l'État, il n'est jamais superflu de rappeler le rôle de passeur culturel, ou simplement de lieu de vie, assumé par les établissements.

 

Cependant, une belle part des interventions de la ministre s'était consacrée à la liberté de choix — l'actualité était particulièrement propice aux belles déclarations, après les envolées lyriques de Jean-François Copé ou Marine Le Pen. Le premier, en pointant les sujets des livres jeunesse mis à disposition des enfants dans les écoles ou les bibliothèques, la seconde en laissant planer le doute quant aux pouvoirs des maires FN sur les fonds des établissements de prêt. Dans les deux cas, les déclarations polémiques des politiques ont servi sur un plateau d'argent des discours consensuels à la ministre de la Culture. 

 

Souvenirs, souvenirs, ou Je me prends les pieds dans le tapis

 

L'an passé, au mois de juin, les 2 et 3, devaient se tenir à Bordeaux les Rencontres de la librairie. Et sur le calendrier des déplacements de la ministre ne figurait à aucun moment un aller-retour dans la cité girondine. Et plusieurs sources affirmaient alors que la présence de la ministre n'était pas envisagée. La rue de Valois nous avait même confirmé que, 10 jours avant le début de la manifestation, rien n'était encore arrêté.

 

Finalement, tout s'était bien passé, et la ministre avait pu attaquer Amazon, comme il se devait, pour assurer aux libraires « la recherche et le maintien de grands équilibres », pour le marché du livre. 

 

 

 

Or, un an plus tard, ActuaLitté a fait part d'une étude démontrant que les ventes en lignes de livres n'avaient, selon les chiffres officiels du ministère de la Culture, pas affecté la librairie indépendante

Premier constat, qui bat en brèche bien des idées reçues, lues ici et là ces derniers mois : la part des libraires dans le CA du livre est stable depuis 2001 à 18,40 %, contre 19 % en 2012, et 18 % en 2013. On pourra opposer que les années 1998-2000 étaient à environ 21 %, mais c'était sur un nombre d'enseignes plus important que pour l'année 2001. 

Second constat, plus prévisible, la part des ventes en ligne a progressé sur la période 2002 (première année où les chiffres sont connus) - 2013 de 2,2 % à 18 %. La progression ne s'est donc pas faite sur le dos des libraires...

 

Nous attendons toujours les réactions du ministère, dont la communication pourrait être un chouia malmenée devant ces éléments chiffrés.

 

2014, année des bibliothèques - mais les vacances...

 

Revenons à Lyon, et au congrès de l'IFLA. Une pétition a été dégainée pour demander aux ministres français de se rendre à la manifestation. Aurélie Filippetti, Benoît Hamon, ministre de l'Éducation nationale, et Geneviève Fioraso, secrétaire d'État à l'Enseignement supérieur et à la Recherche étaient cordialement invités. 

Nous, participants, bénévoles et exposants français du congrès de l'IFLA, fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques, réunis à Lyon du 17 au 23 août, ne pouvons qu'exprimer notre profonde stupeur devant l'absence de nos ministres lors d'une séance d'ouverture rassemblant près de 4000 participants venus du monde entier.

Aucun d'entre vous n'a jugé utile de se déplacer personnellement pour cet événement mondial qui se déroule pour la sixième fois en France depuis 1933 et n'y avait pas eu lieu depuis 1989. Vous vous êtes contentés d'une courte allocution vidéo diffusée qui n'était même pas assortie de sous-titres anglais.

Nous vous devons la triste vérité : vous avez plongé dans la gêne les Français présents dans la salle et heurté bien des délégations étrangères peu habituées à une telle désinvolture.

C'est animé d'un sentiment du devoir que nous vous faisons connaître la façon dont vos prestations ont été reçues, alors que, Mmes et M. les ministres, vous aviez décrété 2014 « année des bibliothèques » : quelle crédibilité cette déclaration d'intention peut-elle avoir quand elle est si manifestement peu mise en acte ?

 

Mais pour l'heure, la rue de Valois, sollicitée par ActuaLitté, n'a pas apporté d'explications sur cette préjudiciable absence. Et les commentaires ne manquent pas pour pointer cette absence :  

 

 

ou de la railler  

 

 

Notre journaliste, présent sur l'ensemble du Congrès, rapporte que pour l'inauguration, une vidéo a été diffusée sur écran géant, avec l'intervention des trois cités dans la pétition. Les politiques s'excusaient à leur tour de cette absence, sans que l'exercice ait vraiment convaincu

 

 

Nous attendons de plus amples réactions.