France et Algérie : sur la route de coopérations culturelles nouvelles

Cécile Mazin - 30.10.2015

Edition - International - France Algérie - édition littérature - Fleur Pellerin


La présence de la ministre de la Culture en déplacement en Algérie pour l’inauguration du Salon du livre d’Alger a été remarquée. La France, pays invité d’honneur, se devait d’inaugurer officiellement la manifestation où se retrouvent près de 1000 exposants et 47 pays. Pourtant, cette invitation a pu faire grincer des dents. 

 

Crédits MCC

 

 

L’Algérie représente le deuxième pays de la francophonie, avec 10 millions de locuteurs. Et pour le Commissaire général du Salon, Hamidou Messaoudi, le choix de la France n’est pas un sujet à polémique. « Nous sommes indépendants et souverains depuis 1962 », assure-t-il, cité par l’AFP. Fort logiquement, dans les milieux nationalistes et conservateurs, cette présence n’était pas spécialement bien vue. D’autant plus que l’on célèbre dans le même temps le 61e anniversaire de la Toussaint rouge, qui a marqué le début de la guerre d’Algérie. 

 

En début de semaine, rappelait Savoirs & Connaissances, Najat Vallaud-Belkacem s’était elle-même rendue en Algérie, pour évoquer de meilleures coopérations entre les deux pays. Il y a également la volonté commune de renforcer les opérations de jumelages pour accroître les échanges entre les jeunesses françaises et algériennes. La coopération franco-algérienne était aussi dans les discussions, car il fallait faire un point sur l’accord bilatéral signé en 2013 et qui court jusqu’en 2017.

 

Les pistes de coopérations culturelles ne manquent pas

 

Mais Fleur Pellerin n’était pas là pour évoquer l’histoire. Accompagnée de plusieurs responsables de l’édition française, la ministre annonçait plutôt de nouvelles pistes de coopération. Le Premier ministre d’Algérie, Abdelmalek Sellal, présent à ses côtés dans la découverte du Salon assure : « Il faut qu’on travaille ensemble sur la coédition et la traduction. Qu’on travaille ensemble sur le bon livre. C’est fondamental. » À ce titre, le président du Centre national du livre devrait participer à des échanges la semaine prochaine permettant de rapprocher les deux pays.

 

Une feuille de route est en effet prévue, a indiqué Fleur Pellerin « assez dense et j’en suis ravie, car je pense que nous avons beaucoup à faire dans le domaine de la communication ». Au terme d’un entretien avec son homologue Hamid Grine, elle assure : « Nous avons évoqué beaucoup de sujets sur la question des médias, de l’audiovisuel et de la presse et je pense que nous allons pouvoir, à nouveau, renforcer notre coopération en matière de formation des journalistes que ce soit dans les médias écrits ou audiovisuels. »

 

Parmi les projets, la numérisation des archives algériennes, mais également des pistes encore à concrétiser, autour du concours de l’Institut national de l’audiovisuel. Sur la numérisation, les deux pays ont déjà passé des accords, en décembre 2014. Fleur Pellerin avait reçu la directrice générale de la Bibliothèque nationale d’Algérie. En jeu, « les domaines de l'informatisation, de la conservation et de la numérisation des collections », indiquait la rue de Valois. 

 

Pas d’intervention du Ministère concernant la mise à l’écart d’ouvrages par les autorités responsables de la manifestation. De toute manière, le commissaire du Salon avait averti : « Tous les livres qui incitent à la violence, à l’extrémisme, à la discrimination, qui glorifient le terrorisme, qui touchent à la guerre de libération nationale ou portent atteinte aux symboles de l’État seront retirés. » Après tout, une centaine d’ouvrages sur les 25 à 30.000 titres présentés ont fait l’objet de cette censure. Négligeable ? 

 

Rendre l'invitation avec Constantine au salon Livre Paris

 

« Je suis ravie d’être présente avec une délégation importante d’auteurs et d’éditeurs français de très bon niveau, peut-être même quelques prix Goncourt ! En tous cas des candidats sérieux… C’est un beau moment dans l’amitié franco-algérienne », explique plutôt la ministre. 

 

Et de saluer également le travail de l’Institut français en Algérie, l’un des plus actifs et doté de moyens importants pour sa mission. « Il y a déjà une belle coopération des institutions et que nous pouvons très certainement approfondir dans le cadre du mois du patrimoine au printemps prochain. » Et d’ajouter : « Nous avons déjà des pistes intéressantes dans le domaine du livre, de l’édition, des librairies et dans le domaine du cinéma. » Les accords de coproductions signés en 2007 entre les deux pays pourraient d’ailleurs être relancés. 

 

Mais pour rester dans le domaine éditorial, la ministre a envoyé un message clair au Syndicat national de l’édition. Pour rendre la politesse à l’Algérie, elle souhaite que la ville de Constantine soit la ville mise à l’honneur à Paris. « Si cette proposition est retenue par le gouvernement algérien, nous aurons Constantine, capitale de la culture arabe ; comme ville à l’honneur au Salon du livre de Paris. »

 

Une manière, assure-t-elle de préparer la clôture du SILA, avec de belles perspectives, estime la ministre. Bien entendu, c'est aussi un appel financier : être la ville invitée d'honneur est un cadeau qui nécessite des investissements spécifiques pour la manifestation. Toutefois, l'invitation est lancée, et sans qu'une date précise ne soit arrêtée : il faudra encore l'envisager avec les organisateurs. 

 

(via Huffington Post, El Watan, Maghreb emergent, France 24)