France et Allemagne, pour une politique culturelle européenne du livre

Nicolas Gary - 09.09.2013

Edition - International - France - Allemagne - industrie du livre


Ce 9 septembre se déroulait à Berlin un forum, « L'avenir du livre, l'avenir de l'Europe », réunissant plusieurs organisations professionnelles autour du livre. L'objectif est de « sensibiliser la société civile et les décideurs, nationaux et européens, aux défis à relever pour une politique culturelle et un paysage éditorial diversifié », expliquent les organisateurs. Bien entendu, le livre numérique était au coeur de ces discussions. 

 

 

Konen, München

wolfgraebel, CC BY NC

 

 

Ce forum franco-allemand réunissait donc les représentants de l'industrie du livre, avec la présence annoncée d'Aurélie Filippetti, ministre française de la Culture et Bernd Neumann, ministre allemand de la Culture et des Médias. Au centre des débats, l'écriture, l'édition et la lecture dans l'environnement numérique, mais également dans ce XXIe siècle. 

 

France et Allemagne sont décidées à entamer un dialogue constructif entre les pays de l'Union européenne, avec l'espoir de développer des approches politiques communes, en soutien au secteur du livre, mais également dans le domaine de la numérisation. Et au termes des échanges de ce matin, une déclaration commune a été adoptée et signée par les associations professionnelles, la Börsenverein des Deutschen Buchhandels, le Deutscher Kulturrat (Conseil culturel allemand) et le Syndicat national de l'édition ainsi que le Syndicat de la librairie française.

 

 

"Une domination sans partage de ces entreprises extra-européennes aurait un impact majeur sur nos cultures"

 

 

Les différents acteurs évoquent en effet l'essor du livre numérique, qui présente pour l'Europe une véritable opportunité - et les efforts que réalisent les professionnels dans toute l'UE pour mettre en place de nouveaux modèles économiques. Mais les écueils sont nombreux : 

Le plus grand défi pour les acteurs européens du marché consiste aujourd'hui à s'affirmer face à des firmes mondiales de l'internet comme Amazon et Google et ainsi à garantir la diversité et la qualité du marché du livre numérique européen. De nombreuses entreprises européennes, dont beaucoup de petites et moyennes entreprises, investissent dans la qualité et la diversité du livre. Elles représentent un marché de 40 milliards d'euros et assurent un emploi qualifié à 200.000 personnes.

 

Et face à des entités américaines « opaques et structurellement monopolistiques », les éditeurs ne jouent pas dans la même cour. Si pour ces sociétés, le coeur de la vente est tourné vers les lecteurs ebook, les tablettes ou les smartphones, le livre n'est qu'un instrument dans la stratégie, dont le « contenu et leur valeur culturelle sont secondaires ». Et bien entendu, le rôle du libraire, dans cet écosystème se réduit comme peau de chagrin. « Une domination sans partage de ces entreprises extra-européennes aurait un impact majeur sur nos cultures », notent les signataires. 

 

Garants jadis de la diversité éditoriale, autant que de la création littéraire, les éditeurs et les libraires sont conscients de leur mission culturelle, de transmission et de promotion de la lecture. « Nos entreprises sont le creuset de valeurs indispensables pour la société. C'est pourquoi nous avons besoin de conditions équitables de concurrence et d'un cadre législatif qui garantisse la diversité culturelle en Europe. »

 

Quatre points centraux sont évoqués, qui seraient alors « les pierres angulaires d'une véritable politique européenne du livre » :  

  • Le prix fixe du livre, qui existe dans 11 pays de l'Union européenne est intangible et ne saurait, pas plus que d'autres mesures nationales favorisant la diversité culturelle, constituer un élément de négociation dans des accords commerciaux internationaux. Le prix fixe, comme outil de développement de la création éditoriale et de sa diffusion, doit être recommandé à tous les pays européens.
  • La directive européenne sur la TVA devrait en revanche être adaptée, afin de permettre aux États membres d'appliquer un taux réduit aussi au livre numérique. 
  • Les distorsions de concurrence, notamment sur le plan fiscal, par exemple en fonction du lieu du siège d'entreprises multinationales, doivent être éliminées. 
  • Le droit d‘auteur est le coeur du droit européen de la propriété intellectuelle. L'ayant droit décide seul si son oeuvre doit être publiée. Ce principe ne doit pas être affaibli pour les livres numériques. 

 

Voilà pourquoi les signataires, Olaf Zimmermann, Deutscher Kulturrat, Alexander Skipis, Börsenverein des Deutschen Buchhandels e.V. Vincent Montagne, Syndicat national de l‘édition et Matthieu de Montchalin, Syndicat de la Librairie Française, en appellent aux gouvernements de leurs pays. France et Allemagne doivent « élaborer, sur la base des points essentiels mentionnés et en concertation avec tous les acteurs européens du secteur, une stratégie de développement de la culture européenne du livre, qui soit ancrée dans le programme de travail de l'Union européenne ».