France et Turquie collaborent pour former des traducteurs littéraires

Claire Darfeuille - 09.07.2014

Edition - International - Traduire - ETL-CNL - Littérature turque


Jusqu'au 11 juillet, le CNL reçoit dix traducteurs franco-turcs en partenariat avec le Teda, programme initié par le Ministère Turc de la Culture et du Tourisme pour promouvoir la littérature turque. Former une nouvelle génération de traducteurs est une nécessité alors que certains éditeurs peinent à trouver des professionnels qualifiés pour les langues dites « rares », dont le turc.

 

 

Moyan Brenn CC BY SA 2.0

 

 

« Notre traductrice du turc a repoussé d'un an la remise de sa dernière traduction tant elle est sollicitée », témoigne Aurélie Roche, responsable des traductions au sein du groupe Libella. « Je ne peux pas me plaindre que je manque de travail », assure de son côté Célin Vuraler, jeune traductrice du turc vers le français et élève de l'Ecole de Traduction Littéraire (ETL) du CNL. Y aurait-il pénurie de traducteurs ? Dans certaines langues « rares », les traducteurs littéraires se comptent parfois sur les doigts de la main…

 

La relève nécessaire des traducteurs littéraires

 

« Je ne pense pas qu'il y ait une véritable pénurie, mais la nécessité de former des professionnels qualifiés, très certainement… », tempère Rosie Pinhas-Delpuech, en charge avec Ali Isik Erguden de ce programme d'échange. Elle déplore que la plupart des traducteurs ne se soient pas assez préoccupés de la relève et salue l'ouverture en janvier dernier de l'Ecole de Traduction Littéraire au sein du CNL.

Plus connue pour son immense travail de traduction de la littérature hébraïque, Rosie Pinhas-Delpuech a également traduit un recueil de nouvelles de l'auteur turc Sait Faik Abasiyanik (Editions Bleu Autour, 2013).

 

Elle a en effet vécu jusqu'à 18 ans à Istanbul et le turc est sa langue d'enfance. Elle remarque :

« Le gouvernement turc a tout à fait réalisé les enjeux de la traduction et multiplie les actions envers les pays étrangers. De plus, depuis la remise du prix Nobel de littérature à Orhan Pamuk en 2006, la Turquie est à la mode ».

 

Promouvoir les lettres turques

 

Ce séminaire franco-turc est organisé par le CNL en partenariat avec le TEDA, programme de diffusion et de promotion de la littérature turque à l'étranger. Lancé en 2005 par le Ministère turc de la Culture et du Tourisme afin d'encourager la visibilité des œuvres d'écrivains turcs sur le marché international du livre, ce programme de subvention pour la traduction est destiné aux maisons d'édition installées à l'étranger souhaitant publier des œuvres culturelles, littéraires, artistiques turques en langue étrangère.

 

Au cours de ces sept jours d'atelier pratique, les dix traducteurs -cinq Turcs et cinq Français- travaillent à la traduction des Nouvelles d'Algérie de Maissa Bey et à celle de Dost de Vüs'at O. Bener, en vue d'une édition dans chaque pays. "Nous aurons défriché, mais il faudra encore peaufiner par mail", estime Rosie Pinhas-Delpuech. À la suite des ateliers du matin, des professionnels interviennent sur la pratique du métier de traducteur en France. 

 

Laurence Kiéfé, présidente de l'ATLF revient sur la professionnalisation progressive du métier au cours des 40 dernières années, puis présente le Code des usages, signé avec le SNE et renouvelé en 2012 après de longues négociations. Timour Muhidine partage son expérience en tant que directeur de la collection Lettres turques chez Actes Sud et Olivier Mannoni, directeur de l'ETL du CNL, présente les particularités de ce cursus de formation unique en son genre.

 

L'aide à la traduction, une des principales missions du CNL

 

Le CNL, dont une des principales missions est l'aide à la traduction, organise régulièrement des séminaires avec des partenaires étrangers : Russie et Roumanie l'an passé, Vietnam depuis septembre -un nouveau séminaire débutera le 15 juillet- et Turquie depuis 3 ans.  L'an passé, selon le bilan des aides en 2013, près de 1 million d'euros a été alloué à l'intraduction (traduction de littérature étrangère en français) d'une part, dont quatre subventions à la traduction de livres turcs sur 187 aides à la traduction d'ouvrages de littératures étrangères.

 

Plus de 700 000 euros ont d'autre part été versés pour l'extraduction d'œuvres françaises vers les pays étrangers. Les subventions versées pour les traductions vers le turc ont concerné plusieurs ouvrages du philosophe Michel Foucault, dont Le courage de la vérité, Le gouvernement de soi et des autres et Naissance de la biopolitique, et deux ouvrages du philosophe Jean-François Lyotard, Au juste et L'enthousiasme.

Selon la base Electre, deux cents œuvres de littérature ont été traduites du turc vers le français depuis 2000.

 

Écrasante majorité des traductions depuis l'anglais

 

Pour mémoire, en 2013 selon les chiffres clefs diffusées par le service du livre et de la lecture, la part des traductions a représenté 17,8 % de la production éditoriale française (soit 11 623 nouveautés et nouvelles éditions), dont 60,2 % de traductions de l'anglais, 11,2 % du japonais (l'effet « mangas »), 6,1 % de l'Allemand, les autres langues se partageant le petit quart restant.La traduction de textes français à l'étranger a elle augmenté en 2013 de 7,2 % selon le SNE, en progression constante depuis 2003 (due en partie à la hausse du nombre de répondants), avec comme première langue de destination le chinois.