France : exporter la tradition nationale de régulation du livre

Nicolas Gary - 29.01.2013

Edition - Librairies - formation des libraires - Nicolas Georges - acteurs du net


« Merci de me passer la parole pour une petite allocation », la phrase a fait beaucoup rire. Bien entendu, il fallait comprendre une allocution. Mais dans le contexte de création de fonds de soutien à la librairie indépendante, le lapsus fait rire. Nicolas Georges, directeur adjoint du livre et de la lecture au ministère de la Culture, aura bien fait son allocution, au nom de Laurence Franchescini, directrice générale des médias et industries culturelles, devant les libraires réunis au Syndicat de la librairie française.

 

 

 

 

C'est que l'année 2012 pour le ministère aura été un peu en demie-teinte, de même que pour les libraires, avec « un chiffre d'affaires qui n'est pas la croissance... plutôt allant lentement vers le bas, malheureusement ». Or, l'année n'aura pas non plus été celle du démarrage du livre numérique, comme on pouvait l'attendre. Et surtout, cette année a marqué la fermeture de nombreuses librairies, « un problème qui devient important pour nous », précise-t-il. 

 

Cependant, 2012 fut l'année de la librairie, comme en 81 la loi sur le prix unique du livre a fait de la librairie un acteur important, avec l'aide du Syndicat, bien entendu. La TVA est revenue à son taux réduit, et rien que pour cela, l'année fut réjouissante.

 

C'est avec pudeur que Nicolas Georges évoque l'échec de 1001libraires, la plateforme qui a fermé ses portes, et représentait tout à la fois beaucoup d'espoirs, concrétisés en même temps par une véritable usine à gaz. Pour 2013, il faudra dépasser cet échec, et travailler pour mieux concevoir l'arrivée du numérique dans les librairies. 

 

Pour une concurrence plus loyale

 

Ces onze mois à venir comporteront de nombreuses pistes de construction. D'abord, parce que les nombreuses enseignes numériques devraient avoir « un champ beaucoup moins ouvert qu'elles ne l'ont eu jusqu'à présent ». Ces acteurs qui d'une certaine manière étaient ceux que l'on pouvait rencontrer en 1981, seront dans le viseur des autorités. On pense évidemment aux questions de taxes « pour une concurrence plus loyale », mais d'autres éléments similaires sont mieux pris en compte, au niveau national et international. « Un certain nombre d'États, parce que c'est la crise aujourd'hui, se rendent compte qu'il y a une industrie du livre européenne à préserver, et qu'elle doit bénéficier de conditions de concurrences plus loyales. »

 

En Europe, et en tout cas en France, « on va s'attaquer de façon intéressante pour l'avenir à ces problématiques de concurrence et de positionnement de ces grands acteurs de l'internet ». 

 

En parallèle, des enseignes françaises changent de discours, assure Nicolas Georges, et expliquent que, selon le point de vue, « nous sommes tous des indépendants ». Entre Fnac et Google, on retrouve les mêmes enjeux qu'entre un indépendant et une grande enseigne : tout est question de référentiel. Et cela permet en effet de relativiser les actions, et de se rendre compte que les vendeurs de livres, en France, sont tous dans le même bateau, vis-à-vis des grands opérateurs américains. 

 

Aurélie Filipetti avait déjà réuni les libraires, tous les libraires, en juin 2012, pour évoquer les difficultés auxquelles fait face la profession. Il était alors primordial de noter l'apparition, dans les discussions, des enseignes de la grande distribution autour de la table. « On ne sauvera pas la librairie si l'on n'associe pas les GSS à leurs problématiques. Et la ministre l'a bien mieux compris que son prédécesseur », expliquait une personne proche du dossier. (voir notre actualitté

 

Les moyens ne seront pas les mêmes pour tous, mais il faudra bien les aider, parce que l'on « ne peut pas se satisfaire d'un rétrécissement du marché du livre », comme l'impliquerait la fermeture des établissements Virgin.

 

Exporter les principes de la régulation à la française

 

Le dernier point touche à la régulation, qui est au centre des professions du livre. Et cette notion opérerait une percée significative. Le président de l'Autorité de la Concurrence, alors que son organisme s'était prononcé contre la mise en place d'une législation, changerait d'avis progressivement, assure M. Georges. « Parce que peut-être c'est dans l'air du temps et qu'ils doivent se positionner différemment », mais dans tous les cas on entend que « les traditions nationales de régulation, n'étaient pas si inutiles que cela, face à de grands acteurs transnationaux ». L'Autorité pourrait alors modifier quelque peu ses positions. 

 

Même son de cloche, à la Commission européenne, qui souhaiterait réintégrer les questions de taxations dans l'ensemble du regard porté sur la concurrence loyale. Ce chantier sera important, dans les questions de 2012, et en particulier d'arriver à travailler avec l'Allemagne, pour que l'Europe se mette à écouter plus attentivement. 

 

Le directeur adjoint passera un peu trop rapidement sur la question de l'offre en livres numériques dans les bibliothèques, le seul point que l'on en retiendra est que les discussions sont en cours, pour impliquer les libraires, justement, dans ces offres. La question sera délicate, quand il faudra comparer, dans le cadre d'appel d'offres, les propositions faites par les uns et les autres...