France Inter : Nicolas Demorand arrive, Frédéric Mitterrand part

Nicolas Gary - 25.04.2014

Edition - Société - Frédéric Mitterrand - Aurélie FIlippetti - Nicolas Demorand


Les locaux de Radio France pourraient accueillir de nouveau l'ancien présentateur du 7/9, la tranche matinale, qu'assurait auparavant Nicolas Demorand. Pour la rentrée 2014, et bien que l'information ne soit pas encore confirmée, on parle du retour du fils prodigue, qui avait tenu l'antenne entre 2006 et 2010. Et qui serait alors victime du jeu des chaises musicales ? Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture, et directeur de collection aux éditions Seguier. 

 

Photo ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le mercato radiophonique a donc débuté, et pour celui qui fut aux commandes de Libération, avec pour charge de redresser le navire, c'est à lui que l'on confierait le soin de… redresser l'audience d'une tranche horaire manifestement peu prisée des auditeurs, assure PureMedias. Et de citer un cadre de la station pour qui « le retour de Nicolas Demorand chez nous, c'est dans l'ordre des choses ».

 

France Inter ne se montre pas vraiment rancunière, alors même que Nicolas Demorand avait quitté le service public, encensé dans un article qui devait paraître dans le Monde - et qui n'aura finalement jamais vu le jour. En effet, cette semaine-là, il annonçait son départ pour Europe 1, radio méchamment concurrente, et où il ne sera en fait resté que six mois. Au terme de cette période, il partit chez Libé.

 

Sauf que l'arrivée n'est pas encore fixée, souligne L'Express. Mathieu Gallet, qui a pris la direction du groupe Radio France précise même que la tranche horaire n'est pas vraiment définie, que les discussions sont en cours, et que finalement, rien n'est encore fait. Rumeurs, donc ? Probablement assez fondées pour que personne n'ait encore opposé un démenti. Et même dans ce cas de figure, le doute pourrait encore planer. 

 

France Inter, pomme de discorde entre ministres

 

Dans le même temps, c'est donc Frédéric Mitterrand qui a déclenché « la cérémonie des adieux », en assurant de son départ. Dans Le Monde, il promet qu'il va se diriger vers « des projets plus personnels ». Mais il n'oublie pas non plus que depuis son arrivée sur le service public, l'actuelle ministre de la Culture, Aurélie FIlippettil, n'a pas vraiment été tendre avec lui. Dès septembre 2013, la ministre réglait ses comptes, accusant Fredo - jusqu'à lors assez silencieux - de se faire remarquer pour préparer « le lancement de son prochain livre ». Lequel devait sortir sous peu. Le Canard enchaîné avait même dévoilé que la ministre avait contacté Jean-Luc Hees, intriguée par le recrutement de Fredo…Mais la ministre rétorquait : 

Je voulais simplement avoir la confirmation de son arrivée, car je trouve que ça éclaire sur ce personnage qui se pose en homme politique, et qui, après, se dit journaliste. Je constate que le service public recrute d'anciens membres du gouvernement. J'ai trouvé, à titre personnel, que c'était d'une rare inélégance.

 

A titre personnel, peut-être, mais en tout cas, c'est au titre de ministre qu'elle avait pris les renseignements… Surtout que, deux mois plus tard, la ministre en rajoutait une couche, probablement encore à titre personnel, sur le livre de Mitterrand, La récréation. Sans avoir lu le livre - de son propre aveu - elle était peinée par le titre.

 

Une certaine "animosité"

 

Aujourd'hui, Frédéric Mitterrand montre qu'il n'a pas oublié : « Depuis mon arrivée sur France Inter qui lui a fortement déplu, Aurélie Filippetti me poursuit d'une animosité indigne de sa fonction …/…  Je remercie Jean-Luc Hees et Philippe Val de ne pas avoir cédé et montré leur indépendance. » 

 

Et d'ajouter : « J'ai appris qu'elle se comportait mal. En tout cas, cette vindicte a d'importantes conséquences professionnelles. Mon nom fait peur dans les chaînes de télévision du service public où j'ai beaucoup de mal à être reçu pour proposer des projets. » Il soupçonne d'ailleurs que son engagement aux côtés de Nicolas Sarkozy n'est pas étranger à cette vendetta.

 

À l'occasion de la Foire de Brive, Frédéric Mitterrand s'était confié à ActuaLitté, expliquant son projet d'adaptation de La Condition humaine, le roman de Malraux publié en 1933. « C'est un projet que je compte réaliser d'ici à 18 mois. J'ai fait plusieurs repérages, mais il semble impossible de tourner ce film ailleurs qu'en Chine. Or, c'est toujours un peu compliqué avec les Chinois. J'en sais quelque chose, depuis Madame Butterfly. » Les droits d'adaptation cinéma avaient été acquis pour la réalisation d'un film, mais il ne doutait pas que cette réalisation ait lieu. La vente s'est faite en 2007, et n'a manifestement pas donné de suite pour l'heure.  « En revanche, j'ai la possibilité d'une adaptation pour la télévision », expliquait-il, laissant entendre qu'une chaîne du service public pourrait être partenaire de cette réalisation. 

 

Salon du livre 2012, quelques semaines avant l'élection de François Hollande

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

  

Sauf que non : France 2, qui avait été pressentie pour cette réalisation, a finalement annulé le projet. « Ils maquillent leur décision sous des raisons budgétaires, mais ils ont surtout peur de se faire taper sur les doigts », dégaine Frédéric Mitterrand. 

 

Citée par nos confrères du Monde, Aurélie Filippetti a réagi rapidement, étonnée que l'on puisse l'accuser d'être responsable de quoi que ce soit. « Je ne suis jamais intervenue ni sur le choix des personnes ni sur le contenu des programmes. Jean-Luc Hess et l'ensemble des dirigeants de cette maison peuvent en témoigner. Je suis la ministre qui a fait voter la loi la plus progressiste en faveur de cette totale indépendance. S'il en fallait une preuve, c'est l'ancien directeur adjoint de cabinet de Frédéric Mitterrand au ministère de la Culture et de la Communication qui a été choisi pour diriger Radio France. »

 

Et c'est en toute indépendance que ce dernier réalise la grille de programmes qu'il souhaite. « Il est donc pour le moins savoureux de lire que je serais à l'origine du départ de Frédéric Mitterrand de France Inter et de la fin de son émission. » On n'a pas fini d'en entendre parler…