France Inter tenue en laisse par le pouvoir ? Un livre vous dit tout

Clément Solym - 13.01.2012

Edition - Société - Scalbert - Inter - France


La radio France Inter serait-elle devenue un outil de propagande d'État, tout comme son ancêtre l'ORTF ? Dans un livre paru le 11 janvier dernier, le journaliste de rue 89 Augustin Scalbert expose les résultats de son enquête sur les rapports entre France Inter et le pouvoir politique depuis 1963. Et le bilan est plutôt mauvais.

 

Fruit de dix-huit mois d'investigation, La Voix de son maître revient sur l'éviction des humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte, dont tout le monde se doute qu'elles ne sont pas sans liens avec l'Élysée. Elles ne sont pas sans rappeler le départ de Genestar de Paris Match en 2006, qui avait autorisé la publication d'une photo de son ex-femme, Cécilia, dans les bras de son amant et futur mari, Richard Attias.

 

 

 

L'ouvrage nous apprend aussi que Nicolas Sarkozy a tenté de faire virer Nicolas Demorand alors animateur de la matinale en 2006, très certainement parce que ce dernier avait refusé une invitation à dîner du président (invitation qui concernait toute l'équipe de France Inter) puisque cela n'entrait pas dans le cadre professionnel.

 

Lors du déjeuner Place Beauveau, Sarkozy aurait alors descendu Nicolas Demorand, d'entrée de jeu, qu'il confondait d'ailleurs avec « Christophe Hondelatte » (qui n'était alors plus à France Inter depuis 2000) avant qu'Hélène Jouan ne le corrige, pour finalement dire qu'il n'était « pas au niveau, pas du tout au niveau de France Inter ».

 

Dans le livre d'Augustin Scalbert, une majorité de journalistes s'expriment d'ailleurs sous l'anonymat, signe qur s'exprimer ouvertement sur le sujet comporte des risques qu'elle n'est pas prête à courir.

 

Médias muselés sous Sarkozy ?

 

Si le livre se concentre sur France Inter, une piqûre de rappel ne ferait pas de mal quant à l'état de la liberté de la presse en France depuis l'élection de Nicolas Sarkozy en 2002.

 

Selon l'index de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières, la France était classée 11ème en 2002. En 2010, la chute est spectaculaire, la France est passée au 44è rang mondial sur 178.

 

« La majorité présidentielle a eu des mots très menaçants, parfois insultants, envers certains médias », avait déclaré RSF.

 

Retrouver ce livre sur Comparonet

 

Une liste plutôt longue pourrait être dressée pour justifier la position actuelle de la France. Parmi les atteintes à la liberté de la presse les plus graves : la réforme de l'audiovisuel public qui permet au président de nommer les patrons des médias de service public en Conseil des ministres ; ainsi que la multiplication des mises en examen, convocations et perquisition contre des journalistes (Guillaume Dasquié, Vittorio de Filippis,...) et des rédactions (La Nouvelle République du Centre-OUest, Tac Presse,...), et notamment les pressions exercées pour connaître les sources des journalistes.

 

Augustin Scalbert, bon courage, il faudra être prudent...