France : l'édition, armée contre des abus de position dominante

Clément Solym - 16.11.2012

Edition - International - édition française - acteurs américains - Vincent Montagne


Dans quelques mois s'engagera le Salon du livre de Paris, et le nouveau président du Syndicat national de l'édition commence à jalonner son parcours. Vincent Montagne, président du groupe Media Participations, vient d'accorder un entretien aux Echos, portant un regard complet sur l'industrie du livre. En avant la musique.

 

 


Vincent Montagne

crédit ActuaLitté

 

 

Avec 1 à 2 % de recul sur le chiffre d'affaires de ces trois premiers trimestre, l'édition tient le choc, malgré une perte plus importante en volume de vente. Aujourd'hui livre de poche et ouvrages jeunesse soutiennent le secteur, souligne le PDG, précisant que le 4e trimestre est souvent le plus propice aux maisons. Et l'on attend toujours que le livre numérique devienne une source viable de revenus. 

 

Évoquant « une opportunité pour la profession », Vincent Montagne évoque surtout les risques qui pèsent sur le marché européen, avec l'arrivée des acteurs américains. On passerait sans peine d'une position économiquement dominée par ces opérateurs, à une domination culturelle. « On pourrait clairement avoir en Europe des situations d'abus de position dominante si les critères d'entrée des grands acteurs du numérique se révélaient non pertinents ou dangereux pour la diversité culturelle et linguistique », analyse-t-il.

 

Heureusement, la France a pris les devants, en instaurant une loi sur le prix unique des livres numériques, qui protège les éditeurs de tout discount et met les libraires sur un pied d'égalité, législativement, pour ce qui est de la commercialisation. « En ce qui concerne le livre numérique, la loi de 2011 sur le prix unique du livre numérique est essentielle ; elle a été visionnaire pour le secteur. Elle fait du livre non pas un service mais un élément culturel à part entière. »

 

Une différence fondamentale, entre les sociétés européennes et les monstres états-uniens, réside dans l'échelle et le référentiel. Face à des firmes internationales, les entreprises éditoriales, quand bien même elles appartiendraient à des groupes mondiaux, n'ont pas les mêmes préoccupations, ni visions. Et à ce titre, un autre problème de « tempo » intervient avec la Commission européenne. 

 

Luxembourg et France sont sous le coup d'une procédure d'infraction, pour ne pas avoir respecté le délais fixé par l'Europe, portant sur une révision de la TVA en 2015. Si une consultation a été lancée, démontrant que la CE se questionne sur ce point. Reste qu'en abaissant la TVA pour les livres numériques; la France s'est placée dans une situation délicate. 

 

Un dernier point évoqué, la taxe que les éditeurs de presse souhaitent mettre en place, pour ponctionner Google, précisément, que soutient complètement le président du SNE. « Aujourd'hui, Google peut se défendre en montrant l'exposition phénoménale qu'il donne aux journaux. Ils ne doivent pas oublier que le fait générateur est la qualité éditoriale du produit presse. Il est tout à fait logique d'instituer un partage de la valeur économique. » 

 

Une manière, considère-t-il, d'assumer la globalisation du marché. Et de restituer une part de la valeur gagnée : « Si on agit dans un pays, et qu'on bénéficie des avantages de ce pays, il est déloyal, par exemple, de ne pas payer les mêmes impôts que ceux que payent tous les autres acteurs de ce marché. »