France : le gouvernement en ordre de marche pour la lecture et le livre

Nicolas Gary - 26.11.2015

Edition - Société - Lecture publique - Fleur Pellerin - bibliothèques jeunesse


Lors du Conseil des ministres, Fleur Pellerin a rappelé l’importance de l’édition dans le paysage des industries culturelles françaises. Évoquant son « rôle essentiel » et « un attachement singulier », elle entend « accroître l’accessibilité des livres pour tous et la vitalité de la filière ». Le gouvernement s’engage ainsi sur trois priorités. 

 

Foire du livre de Brive 2015

Séance de lecture : Fleur Pellerin et Danièle Sallenave à la Foire de Brives 2015

Esther Marand/ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Constatant « l’érosion de la lecture », la ministre de la Culture souhaite prendre appui sur les 16.000 bibliothèques publiques à travers trois axes. 

 

Jeunesse, bibliothèques et collectivités

 

Le premier portera sur l’ouverture des établissements, pour répondre « au rythme de vie des populations ». Un soutien financier sera accordé aux collectivités par l’État, dès lors qu’elles s’engageront dans cette « démarche d’extension des horaires ». 

 

Le deuxième concerne la reconduction de Lire en short, manifestation dédiée au livre pour les jeunes. Là, un problème direct de financement se posera : le Centre national du livre examine son budget pour 2016, et les rentrées d’argent sont à la baisse, alors que les ressources tirées de la taxe sur le matériel de reprographie ont diminué. Fleur Pellerin, devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale, avait affirmé que le CNL devrait accorder « une priorité aux [...] missions statutaires ». Si la vie littéraire en fait partie, l’opération a eu un coût non négligeable. À suivre.

 

Le dernier point concerne les contrats Territoire lecture : un million € supplémentaire a été accordé pour 2016. Des moyens doublés pour « soutenir les initiatives des collectivités en faveur de la lecture ».

 

Les librairies sur internet

 

Après la lecture publique, les librairies sont au cœur des priorités. « Un plan en faveur de la librairie, doté de 11 millions d’euros mis en œuvre en 2014, a aidé ce secteur fragile à surmonter une conjoncture défavorable », rappelle la ministre.

 

Pour 2016, de nouvelles mesures seront instaurées, principalement tournées vers le commerce en ligne. Fleur Pellerin évoque aussi « une adaptation de la formation au terme d’assises du métier de libraire en cours et la mise en place d’un accompagnement financier pour soutenir la modernisation des commerces ».

 

Les auteurs : Europe et protection sociale

 

Enfin, la création et les auteurs : depuis l’ordonnance du 12 novembre 2014, relative au contrat d’édition, les relations entre auteurs et éditeurs « sont désormais plus équilibrées », affirme la ministre. Mais l’Europe serait en embuscade. Ainsi, le gouvernement surveillera la réforme du droit d’auteur actuellement discutée.

 

On souligne que « l’accroissement de l’accès aux œuvres » ne doit pas s’opérer « au détriment d’une juste rémunération des auteurs ». Et de se faire fort de démontrer « la compatibilité entre ces deux principes », à travers des propositions adressées à la Commission européenne. Pour le moment, la position française se caractérise surtout par la volonté de réforme du statut de l'hébergeur.

 

Pour conclure, est évoquée la réforme « ambitieuse de la protection sociale des auteurs et des artistes ». Si la ministre parle d’une « large concertation », le gouvernement se doit « d’améliorer la performance de la gestion et de renforcer le niveau de la protection garantie aux artistes et aux auteurs ».

 

Sur ce dernier point, le Syndicat des écrivains de langue française, qui suit avec attention le dossier, affirmait le 31 octobre dernier « confirmation : rien ne va plus ». Les échanges avec le ministère des Affaires sociales semblent surréalistes : « Notons que cet inacceptable retour à la case “travailleurs indépendants” aboutirait à une régression de trente à cinquante ans de nos acquis sociaux », indique le SELF.