France : PwC prédit un recul du marché du livre, sauf pour l'ebook jusqu'en 2020

Clément Solym - 20.10.2016

Edition - Economie - marché livre france - édition chiffre affaires - ebook scolaire professionnel


Le marché français devrait reculer au cours des prochaines années, assure le cabinet PwC qui présente ses prospectives dans une étude. Mais les données sont pour le moins étonnantes, et d’ores et déjà contraires aux tendances constatées.

 

Square Savoir et Connaissance - Salon du Livre de Paris 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Entre 2016 et 2020, l’édition française passerait d’un chiffre d’affaires de 2,848 milliards € à 2,813 milliards €, annonce ainsi PwC dans son analyse financière. Et les explications détaillent ce lent déclin, manifestement inexorable. Les deux segments les plus concernés seront les livres imprimés/audio pour professionnels et ceux pour le grand public, souligne PwC, qui prévoit un recul des ventes constant, régulier, implacable... 

 

En réalité, seul le livre numérique, tous segments confondus – professionnel, grand public et scolaire –, devrait connaître une croissance, certes timide, mais tout de même. Avec 139 millions € de revenus pour 2020, contre 80 millions envisagés en 2016, la croissance ne permettra évidemment pas de compenser les pertes liées aux imprimés et livres audio. 

 

 

 

L’affaire est assez étonnante, puisque la simple comparaison entre les données – pas en termes numéraires – entre 2014 et 2015, pose un réel problème de compréhension. En effet, PwC pose 2,963 milliards € de chiffre d’affaires pour 2014 contre 2,896 milliards € de CA en 2015. Or, en juillet dernier, le Syndicat national de l’édition a présenté des chiffres certes différents, mais une tendance totalement contraire à celle de PwC.

 

En effet, après cinq années de recul, l’édition française renouait avec la croissance : 2015 affichait une hausse du chiffre d’affaires de 0,6 %, certes mince, mais tout de même. Un constat qui est à l’opposé de celui que PwC réalise, avec un recul de près de 70 millions € entre 2014 et 2015. Étrange. 

 

L'édition scolaire, condamnée au numérique ?

 

Certes, le renouveau des programmes scolaires, entraînant la production, de nouveaux manuels pourrait, éventuellement, apporter un éclairage sur la croissance envisagée, dans le livre numérique, pour le segment Educationnal books. À ce titre, les prédictions de PwC semblent plutôt justes pour ce secteur ?

 

Sylvie Marcé, actuelle PDG des éditions Belin assurait à ActuaLitté : « Depuis trois ans, tout le secteur de l’édition scolaire avait connu des pertes », mais dans le même temps, se montrait plutôt confiante, concernant sa maison, pour l’année 2016. Et plus globalement pour tout le secteur de l’édition scolaire.

 

Entre 2011 et 2015, le cabinet PwC affiche une hausse des revenus, de 509 millions € à 513 millions €. Et d’ici à 2020, c’est une croissance forte qu’il envisage, puisque l’on table sur 537 millions €. Mais la cette dernière est avant tout portée... par le livre numérique scolaire, qui passera de 27 millions € en 2015 à 72 millions € en 2020. 

 

Le livre numérique en France : 2015, croissance et perspectives

 

 

Pour PwC, livres audio et imprimés passeront de 486 millions € à 474 millions € sur la même période. Difficile à envisager. D’autant plus que pour les années 2016 à 2018, l’édition scolaire devrait largement profiter du renouveau des manuels scolaires – là où PwC envisage au contraire un recul du marché.   

 

Et dans ses commentaires, le cabinet de préciser : « Les livres scolaires sont en grande partie financés par l’argent public, bien qu’il y ait un certain niveau d’achats privés, lequel est en augmentation au niveau personnel – à mesure que l’étudiant progresse dans le système éducatif. Les ebooks ont permis aux étudiants de pirater des manuels, ce qui aura un effet sur les revenus liés à l’impression et au numérique. » 

 

On croirait un commentaire réalisé sur l’industrie américaine, plus que sur le secteur français. Non que le piratage n’existe pas dans le domaine scolaire, mais les enjeux d’achats de manuels au niveau universitaire sont tout de même loin d’être aussi lourds, financièrement.

 

« L’utilisation croissante de tablettes dans les salles de classe permettra de générer des revenus à partir des ebooks et des applications pédagogiques. Mais les écoles et les autres établissements d’enseignement devront aussi trouver le financement pour les appareils tels que les tablettes afin d’accéder aux applications et aux ebooks. » On en reste pantois...

 

Nous reviendrons sur ces données dans un prochain article, avec un expert du cabinet PwC.