Francfort, oscillant entre ses banques et l'héritage littéraire

Clément Solym - 12.10.2011

Edition - Economie - Francfort - littérature - Goethe


Pour attractive que soit la ville de Francfort, en termes financiers, elle représente aujourd'hui un enjeu délicat pour les éditeurs. Capitale économique de l'Allemagne, la ville a vu plusieurs maisons décamper, du fait d'une cité trop restreinte, et qui a justement tout misé sur les enjeux économiques.

 

Pourtant, c'est à Francfort que naquit Goethe, et historiquement, la ville reste chargée de cet héritage. Mais cette histoire désormais n'aide pas vraiment à réaliser son chiffre d'affaires. D'abord, se plaint un consultant, parce que la ville n'a pas su sauvegarder la littérature et les éditeurs, qui sont évidemment partis vers des cieux plus verts.

 

Mais surtout parce que maintenant, Francfort est une ville qui a valorisé ses espaces pour que les établissements bancaires puissent affluer en masse.

 

 

On retrouve 480 libraires, explique le syndicat des professionnels, et si la Foire est toujours un pôle de convergence pour les professionnels de l'édition, avec les négociations de droit entre éditeurs de différents pays, elle reste l'événement majeur - et unique - pour la ville.

 

Klauss Siebenhaar, de l'université libre de Berlin, interrogé par l'AFP, l'explique très bien : Francfort est une ville de banques et d'argent. Pas vraiment de place pour la littérature, alors que Berlin est devenu « le nombril du milieu littéraire et intellectuel allemand et l'un des lieux de production centraux de la littérature européenne », estime-t-il.

 

En 2009, la maison historique Suhrkamp quitta la ville, et ce fut le début de la fin, pour Mainhattan, en référence au fleuve, le Main, qui parcourt la ville.

 

Cependant, Jürgen Boos, directeur de la Foire, tend à relativiser : la ville ne compte que 600.000 habitants, ce qui la rend évidemment moins festive que Berlin avec 3,5 millions de personnes. D'autant que plusieurs grands auteurs allemands ont choisi de venir y habiter, et que deux grandes institutions, Bibliothèque nationale et la Fédération du livre, y sont implantées.

 

Aujourd'hui, le départ de Suhrkamp est compensé par la vitalité des éditeurs indépendants, assure un enseignant de l'université Goethe. Et puis, difficile de ne vendre que des chaînes câblées aux banquiers, pour les distraire...