Franck Riester brandit bibliothécaires et libraires contre les algorithmes

Clément Solym - 03.04.2019

Edition - Société - Franck Riester - bibliothécaires libraires algorithmes - choix liberté lecture


De passage à la Journée du livre politique, qui se déroulait à l’Assemblée nationale, le ministre de la Culture s’est livré à un intéressant exercice. Celui de revendiquer la liberté de choix contre la recommandation des algorithmes. Et de pointer, au détour de son discours, ces « nouveaux prescripteurs » apparus « de manière insidieuse ».

Franck Riester, ministre de la Culture
Franck Riester - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Revendiquer la liberté de choisir une lecture suivant ses propres inclinaisons, bientôt un luxe incomparable ? Franck Riester s’est lancé dans une démonstration pour le moins appréciable, saluant le travail de l’humain, contre celui de la machine. 

Ces prescripteurs dont l’image ressemblerait presque aux Lords Siths de Star Wars ne sont ni le bibliothécaire, « qui cherche dans ses bases de données ou se rayonnages [… ni le libraire] qui feuillette et vous présente ses derniers coups de cœur avec passion ». Et moins encore, le critique ou le bouche-à-oreille.

Non, le ministre mettait à l’indexe l’algorithme, sans voix ni âme, « un magma de données qui vous ressemblent, parce qu’elles vous sont personnelles ». Et le danger que cette machinerie implique saute aux yeux, parce qu’elle devient ainsi « le nouvel acteur de nos choix culturels individuels, voire collectifs ». 

Une déclaration bien éloignée des propos de Fleur Pellerin, évoquant en novembre 2014, des « algorithmes de recommandation, c’est justement pour aider les consommateurs à faire le tri dans la multitude et aller droit au contenu qui vont les intéresser ». 
 

Une singularité essentielle


Citant le philosophe Bernard Stiegler, Franck Riester redoute alors avec lui que ces alogirthmes ne finissent par détruire « notre singularité en créant un double de nous-même qui n’est qu’une image statistique ». Or, l’humain est bien cette créature de contradictions…

Le choix de la liberté, paradoxalement, s’impose — du moins, doit être réaffirmé. D’autant qu’il n’implique pas de se faire violence. Il suffit en effet de « passer les portes d’une bibliothèque ou d’une librairie ». 

Désignés comme lieux de brassage, de vie et de culture, les établissements sont les garants d’une liberté pleinement exercée, assure le ministre. Et plus encore, parce qu’ils permettent de « rencontrer l’inattendu ». 
 
Et de conclure : « Les librairies et les bibliothèques nous aident à conquérir une liberté, celle d’être surpris. Si l’on trouve tout ce que l’on cherche sur Internet, il n’y a que dans les bibliothèques ou les librairies que l’on trouve ce que l’on ne cherchait pas. »

Notons qu’en novembre 2015, un an après ses déclarations, Fleur Pellerin avait fini par mieux mesurer le problème : « Un algorithme froid et automatique ne remplacera jamais la médiation d’un libraire. Nous devons continuer à aller de l’avant ensemble, avec le Parlement et tous les libraires indépendants qui souhaitent pouvoir ajuster leur modèle à la transition numérique. »


Commentaires
Je regrette que notre nouveau ministre de la culture ne comprenne pas encore l'intérêt des algorithmes. J'ai fondé Book Your Books, une startup de location de livres entre particuliers (bookyourbooks.com). Nous avons créé des algo de recommandations précisément parce que les lecteurs sont noyés par 70 000 nouvelles parutions par an, un nouveau livre toutes les 8 secondes ! Même les libraires n'ont plus le temps de lire tous les livres que les commerciaux des éditeurs viennent leur présenter. Nos algo s'appuient sur de vrais gens, sur une communauté de lecteurs, ce n'est pas du hors sol qui dicterait les nouvelles normes de lecture en quoi constitue déjà le marketing intense des grandes maisons d'édition pour quelques happy few auteurs à succès. Hier, à Asnières, une grande lectrice m'enjoignait à ne pas recommander Musso ou Lévy qui balaient ses auteurs de prédilection, comme Helen Keller. C'est précisément ce que permettent nos algorithmes.
Réaction amusante, de promotion de votre service. C'est bien joli, mais le ministre ne doit pas vraiment penser à vous en faisant cette déclaration.

Plutôt à des GAFAM, je pense.

Soit dit sans aucun mépris pour votre activité.
Venir faire sa pub pour nous expliquer que face à la surproduction il nous faut un dieu automatique pour nous en sortir... J'ai beaucoup de mal à rester poli. Les libraires ont-ils déjà eu dans l'histoire le temps de lire tous les livres de leur boutique ? Est-ce un argument pour exploiter des données imposant la mise en données du monde et donc son potentiel flicage par les pires ordures ? Alors qu'on vous parle de produire des bifurcations vous nous parlez d'automatiser. Et cette superbe communauté de vrais gens qui bossent pour vous gratuitement vous lui offrez une part des bénéfices ou la grandeur de votre oeuvre pour l'humanité suffit ? Dénoncer le grand marketing en en faisant du petit mesquin... so disruptive ! Allez, arretez d'essayer de justifier et de nous vendre votre pseudo-technique inutile par des incantations fallacieuses et retournez prendre le temps de penser dans une librairie ou une bibliothèque.
Connais pas votre entreprise par contre je reconnais volontiers l'utilité des Algorithmes sur comiXology, jamais cru aux super-pouvoirs des libraires, en 20 ans de librairie 1 seule bonne recommandation = moyenne minable ; par contre achetant hors prix unique du livre j'ai souvent subit les micro-arnaques des libraires ; beaucoup moins de mauvaises surprises avec Amazon. Faut dire que le Previews et Manga News sont très pratique pour être auto-suffisant ; pour les indies et auto-édités les Algorithmes et les réseaux sociaux (et YouTube) sont plus pratique, les libraires eux largement à la ramasse.
Pourtant, les algorithmes pour détecter les ayants-droits sur Youtube ne le dérange pas au risque de faire un filtrage préventif et laissez de côté les "petits artistes" qui ne sont pas référencés dans le système de la SACEM.

Le jeu est perdu d'avance pour Franck Rister mais il semble que ses conseillers entretiennent cette illusion que le Ministère de Culture a encore un pouvoir d'influence
On peut critiquer les algorithmes tant qu'on veut, mais c'est ignorer qu'aujourd'hui, la majorité des livres sont vendus grâce à la promotion forcenée des éditeurs industriels.

Oser défendre le libre choix menacé par des marchands sans âme alors que les financiers des groupes d'édition n'en ont pas plus… c'est faire preuve de bêtise d'hypocrisie.

Il suffit d'entrer dans une librairie et de voir quels livres sont mis en avant, c'est oublier que chaque semaine, La Grande Librairie envoie la liste des titres présentés à la télévision, toujours les mêmes auteurs, les mêmes rengaines, aucune aventure, aucun risque!
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