François Busnel : “Si je ne reçois que des inconnus, ça ne marchera pas”

Antoine Oury - 08.07.2019

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La Grande Librairie fait partie des dernières émissions littéraires du paysage audiovisuel français : à sa tête depuis sa création, François Busnel a rendu un hommage appuyé aux libraires lors des Rencontres nationales de la librairie, à Marseille, il y a quelques jours. Et répondu franchement aux questions sur la programmation de l'émission et des invités qui reviendraient un peu trop souvent, aux yeux de certains téléspectateurs...

François Busnel - Rencontres nationales de la librairie française
François Busnel, lors des Rencontres nationales de la librairie
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Invité à s'exprimer devant les libraires, aux Rencontres nationales de la librairie, François Busnel a accepté l'exercice avec plaisir, d'autant plus que le public était conquis d'avance : « France Télévisions devrait vous remercier », a néanmoins souligné l'animateur, qui a rendu hommage à toute la profession. « L'objectif, c'est que, dès le lendemain [de l'émission], plus de gens viennent en librairie et que moins achètent sur Amazon », a-t-il déclaré, accueilli par des applaudissements sans retenue.

« Il faut aider les libraires, y compris cathodique : s'il n'y a plus de librairies, nous n'avons plus envie de faire l'émission », a encore assuré Busnel, soulignant que les niveaux des subventions accordées par le service public n'étaient pas forcément au beau fixe. Néanmoins, il a laissé entendre, aux côtés de la journaliste Inès de La Motte Saint-Pierre, que La Grande Librairie, pour la prochaine saison, s'aventurerait au-delà de la métropole pour rendre visite aux libraires ultra-marins et installés à l'étranger.

Si le succès de l'émission ne se dément pas sur France 5, une des critiques récurrentes concerne la régularité avec laquelle certains invités, des écrivains largement mis en avant par ailleurs, se retrouvent face à François Busnel.

« Quand je reçois Jean Teulé chaque année, qui est présent dans toutes les librairies de France, il n'est pas seul : à côté de lui, il y a quatre autres écrivains, inconnus », nous explique François Busnel. « Si je ne reçois que des inconnus, ça ne marchera pas. Alors que si je dis à Jean Teulé : “Jean, je voudrais que vous lisiez les quatre autres, car il y en a un que vous allez aimer”, et qu'il s'enflamme pour son voisin ou sa voisine, je peux vous assurer que c'est comme cela que les gens vont en librairie. »

Le créateur de La Grande Librairie poursuit : « Donc, bien sûr que je reçois les mêmes invités, parfois. Mais non seulement je continuerai, mais, en plus, j'en suis heureux. Ce n'est pas parce qu'il y a du succès que cela devient moins bien : ne tombez pas dans cet espèce de politiquement correct culturel. » À notre décharge, nous avions déjà souligné ce fonctionnement au moment de nous pencher sur la programmation de l'émission.

Concentration ou passerelle vers d'autres lectures ?

Un examen plus approfondi de la programmation de La Grande Librairie, pour ce début d'année 2019, révélait par ailleurs qu'une grande majorité des invités était publiée par les quatre grands groupes d'édition français (Hachette, Editis, Madrigall, Média-Participations), au détriment des maisons d'édition indépendantes. « Votre statistique n'a rien à voir avec la littérature : vous faites des chiffres, je fais des lettres », rétorque tout d'abord François Busnel.

« Quand vous rentrez dans une librairie, vous n'avez pas de Marc Levy ? Pas de Guillaume Musso, de Jean d'Ormesson, de Jean Teulé ? », interroge l'animateur. « Est-ce qu'il y a un souci quand je reçois Franck Bouysse au mois de mars, et qu'après l'émission, son livre rentre dans la liste des livres les plus vendus ? Qu'il y a un souci quand Gabriel Tallent, premier roman inconnu sorti début mars 2018, arrive à 250.000 exemplaires au bout d'un an et demi, car nous avons été, sans subvention aucune et sur mes fonds propres, aux États-Unis pour le rencontrer et en faire un sujet de dix minutes ? »

D'après lui, et comme indiqué précédemment par l'équipe de La Grande Librairie, les choix ne prennent pas en compte les maisons d'édition : « Je fais une émission littéraire, qui n'est pas une émission pour l'édition, pas pour l'entre-soi, pas pour le milieu. Qu'il y ait plus d'Albin Michel, de Gallimard... Lorsque l'on programme, je ne regarde pas les noms des maisons d'édition, je regarde les livres qui m'ont plu. Et lorsque c'est le cas, je les prends, je ne vais pas les sanctionner en fonction de leur éditeur. » Un fonctionnement qui expliquerait aussi la relative absence de bandes dessinées et de livres pour la jeunesse dans la programmation.

« Vous vous trompez de combat, en regardant un verre qui n'est pas totalement plein, mais qui n'est pas à moitié vide non plus : ces auteurs, que vous appelez les “auteurs concentrés”, mais que j'appelle des auteurs qui ont un certain public, je pense qu'il faut les recevoir, mais qu'il faut leur donner du boulot, de lire les autres et de les faire découvrir », explique François Busnel. « La vraie question, c'est comment fait-on pour que de plus en plus de monde aille vers une littérature un petit peu plus exigeante ? Et, pour cela, je pense qu'on a besoin de ceux qui sont un peu populaires, car leurs lecteurs peuvent devenir les lecteurs d'autres écrivains. »
 
Et l'animateur de La Grande Librairie de conclure avec une de ces anecdotes dont il a secret : « Repartez 10 ans en arrière : Dany Laferrière n'était pas du tout connu : sur un plateau, je mets Jean d'Ormesson face à lui, après lui avoir dit de lire son livre, qu'il ne connait pas. Jean d'Ormesson me téléphone la veille de l'émission, pour me dire : “C'est extraordinaire, je vais en parler, j'ai adoré.” Le surlendemain, le bouquin décolle : Dany m'a rappelé l'anecdote il y a peu de temps. » 

Ou comment faire naitre le désir de lecture avec la télécommande.


Commentaires
j'ai 80ans et mon mari 90ans, nous ne pouvons plus participer à des soirées, ou initiatives culturelles hors notre domicile.

La Grande Librairie est une des rares émissions culturelles accessibles, en direct ou replay.

continuez
J'insiste : la GL est une émission bien trop tranquille et confortable pour capter l'attention des jeunes générations qui veulent être bousculées pour se sentir vivantes. Alors oui vous aurez un moment encore le public des EPHAD et celui des bobos acquis à votre cause, mais vous ne ferrerez pas les autres. La GL est un long cortège funèbre qui accompagne la mort de la littérature. La vraie, celle qui pique et qui démange, celle qui élève et frictionne, celle qui frappe au poitrail comme une balle, celle-là est confinée aux marges, mais elle est vivante, son coeur bat plus vite et elle résiste.
Vous pouvez insister jusqu'à la fin des temps ... il n'y a pas de lutte, ni de combat dans le dialogue avec Mr Busnel, il peut entendre un avis différent, mais il a le droit de souhaiter pour de bonnes raisons continuer à recevoir qui il veut et en connaissance de cause ...

Alors si c'est le combat, la friction et les sensations fortes qui vous intéresse, inscrivez vous dans un club de Karaté ou lisez HaraKiri....Tout dialogue ne nécessite pas les termes combat, friction...
Oui, il faut des émissions littéraire à la télévision,comme en son temps celles de B. Pivot par exemple et celle là est une des seules qui existent encore, et je dirais qui résiste encore et toujours à l'envahisseur... de l'inculture, et pour ça je dis bravo, surtout continuez. Mais, désolée, si je comprends parfaitement qu'on ne puisse pas parler d'absolument tout ce qui sort, ce serait impossible, et qu'on doit faire des choix, ceux de ce monsieur sont surtout guidés par ses propres goûts. Par contre, je le trouve un peu désobligeant pour ceux qui n'y correspondent pas. Et non, je ne suis pas d'accord, les auteurs connus et appréciés ne sont pas les seuls à savoir écrire, loin de là même. Mais ils ont eu, oui, la chance de pouvoir se faire connaitre, à la base, et leurs éditeurs leur ont fait de la pub pour ça... et oui, ça vaut aussi le coup de parler de ceux qu'on ne connait pas.
Merci monsieur de ne pas ceder aux sirénes de la mediocrite et de la bien pensance de gauche...

Continuer a nous faire decouvrir des pepites et confrontez les avec les grands auteurs...

Faites venir des artistes de tous bords heureux de se confronter a la beaute de la litterature...

UN GRAND MERCI MONSIEUR
Non l'adjectif coruscant n'est pas oublié, merci Marie Hélène Lafon qui parle du mois de mars coruscant, c'est aussi ça la littérature, se régaler de mots comme on se régale d'une pêche mûre à point. Quant à l'allusion au public de l'EPHAD quel mépris, la vieillesse n'est pas une maladie et on peut être curieux à tout âge !

Merci François!
Rien contre les EHPAD. Quelque chose contre le propre sur soi, le conventionnel, le consensuel, le lisse, le mou du gnou, le d'accord-d'accord, le gagnant-gagnant, la positive attitude, le politiquement correct, le prévisible... bref, quelque chose contre les lieux communs et la frilosité ambiante qui font le lit mortuaire d'une certaine littérature incisive, résistante et indomptable (Rimbaud, Artaud, Céline, Faulkner, Thompson...). Et puis je déteste qu'on le développement personnel et ses "experts" de la sagesse orientale ou de la résilience qui parlent avec une voix de "Bonne nuit les petits".
Bonjour,

Je ne boude pas ce rendez-vous du mercredi soir, quelquefois je suis perplexe sur le thème, mais la plupart du temps je découvre de si belles plumes et des auteurs qui me donnent envie de poursuivre mes découvertes littéraires et de continuer à écrire car ils nous entraînent sur ce chemin, parfois, aride. Je souligne la capacité d'écoute assez exceptionnelle de François Busnel qui s'attache à faire circuler la parole, les avis sans jamais porter de jugement. Quelle émotion, parfois quand ces écrivains ou auteurs nous parlent des tensions de nos temps, des combats....

LGL à bientôt
"Connu" ? "Inconnu"? Qu'est-ce que cela signifie en terme d'"auteur" et donc de lecture? Le bouche-à- oreille a un rôle éminent à jouer. Pour moi les prix littéraires ne signifient RIEN. Le hasard fait bien mal les choses, je rapporte à la Médiathèque,9 livres sur dix choisis au hasard, justement. ActuaLitté par contre m'a fait découvrir des auteurs, parfois "ensablés". Quant à l'émission de Busnel, elle a seulement le mérite d'exister.
Moi je dis bravo et un grand merci à François Busnel pour son émission littéraire que j'adore et que je ne rate jamais et par laquelle nous découvrons aussi des nouveaux écrivains et qui surtout me fait courir le lendemain à ma librairie pour mon plus grand plaisir solitaire avec de belles découvertes littéraires dont je fait part autour de moi afin de pouvoir partager nos ressentis

Hâte d'être à la rentrée

Merci François exclaim
Bonsoir

Nous ne manquons jamais votre émission très instructive et vous en félicitons vivement.

Si je peux me permettre une adresse d'une super librairie indépendante en Suisse, à Sion en Valais, tenue par la fille d'un écrivain Maurice Zermatten, La Liseuse. Librairie super achalandée et suivant toujours l'actualité.

Cordialement

Claire Bellon
Pur bonheur ce Rdv de lecture

tout simplement Merci

Le bateau ivre

Au Field de la nuit avec les étudiants passionnants

Quel dommage ces disparitions, il y avait de la place pour TOUS ainsi que les plus anciennes émissions de grandes valeurs aussi.

En Suisse Romande, on a la chance d'avoir une émission mensuelle francophone en relation avec la Belgique, la Canada.émission également radiophonique.. Nous aurons le plaisir de vous rencontrer " Le livre sur les Quais " quel plaisir. Avec Delphine, un beau cadeau à partager en notre région,peut-être avec un livre. Bel été.☘☘
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