Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

François Hollande visitait le site Richelieu de la BnF : une dette pour le livre

Nicolas Gary - 12.01.2017

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Après de nombreuses années de rénovation et un budget de 230 millions €, les espaces de Richelieu sont rouverts au public. Le site originel de la BnF, depuis 1721, était inauguré par le président de la République. Si une seconde partie de travaux doit encore débuter cette année, il fallait marquer le coup.

 

 

 

Rappelant que la BnF « veille sur l’une des collections les plus importantes au monde », le président souligne que l’établissement rénové permet de « rassembler toutes ces bibliothèques pour entretenir le lien entre les Français et le livre ».

 

C’était, faut-il encore s’en souvenir, l’un des axes du discours prononcé en 2013, quelques heures avant que ne s’ouvre le Salon du livre de Paris : « Chacun d’entre nous a une dette envers les livres », assurait le jeune président.

 

Des pages à tourner

 

Au cours du quinquennat, les livres, il y en eut : celui de Valérie Trierweiler, qui fit les beaux jours des éditions Les Arènes en septembre 2014, comptera certainement parmi les plus importants. Merci pour ce moment, écoulé par palettes entières – plus de 2 millions d’exemplaires écoulés, racontant des coulisses de l’Élysée... Fameux ouvrage.

 

Amusant, parce que c’est également en 2014 que fut lancé un plan en faveur de la lecture, pour accompagner les collectivités.

 

Plus récemment, on pourrait aussi évoquer le livre des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un président ne devrait pas dire ça (Ed. Stock). Du fait de certains propos, des parlementaires en avaient appelé à la destitution du président de la République. Rien que ça.

 

Mais restons au cœur des bibliothèques : la question de l’ouverture élargie était un sujet qui « tenait à cœur », le président. « Nous avons voulu appuyer cet effort de diffusion de la lecture et concerner tous les territoires », assurait-il au cours de sa visite.

 

Évidemment, la nuit de la lecture, qui a donné rendez-vous à chacun en librairie et bibliothèque, ce 14 janvier, est l’actualité brûlante. « Les librairies accomplissent un travail d’utilité publique. Ce sont des lieux de culture et de partage », notait le président. Avec 11 millions € déployés pour « favoriser l’expression littéraire », le gouvernement réaffirme également une politique volontaire.

 

Numérique, droit d'auteur : réviser ses classiques

 

C’est que l’édition, première industrie culturelle en France « reste fragile ». Et l’une de ces raisons reste, comme la langue d’Ésope, le meilleur et le pire. « Le numérique peut être la meilleure des choses, mais il a changé le mode de transmission des œuvres », pointe le président.

 

Or, dans le monde de la musique, si le streaming a permis d’apporter un « renouveau économique », il importe aussi d’accompagner l’édition dans cette évolution. Si le président pense à la lecture par abonnement, le travail a déjà été opéré : une médiation opérée par Laurence Engel – actuelle présidente de la BnF – a permis de concilier les différents acteurs autour d’une solution technique et légale.

 

Après, il importait d’enfoncer quelques portes ouvertes : le droit d’auteur et le financement de la création. Certes. Mais c’est également passer sous silence la réforme de la retraite des auteurs, dont la mise en place s’est opérée dans la douleur. Et sans que les premiers concernés n’aient le sentiment d’avoir été entendus.

 

Bien sûr, le droit d’auteur rime avec Commission européenne, et la réforme entreprise. Le président du SNE, Vincent Montagne, avait d’ailleurs relevé que le projet européen avait débouché sur « un texte relativement modéré ».

 

La culture contre le terrorisme... sans moyens ?

 

François Hollande y faisait d’ailleurs écho : « Il nous faut un cadre unique de régulation pour que tous les acteurs soient sur un pied d’égalité. » Raison pour laquelle le budget de la Culture a été revu à la hausse. Audrey Azoulay, s’en réjouissait d’ailleurs lors de ses vœux : « C’est budget historique en hausse de 5,5 % et qui dépasse le seuil symbolique de 1 % du budget de l’État pour en atteindre même 1,1 %. ».

 

Et le président, depuis le site Richelieu, de renchérir : « Ce qui est en cause, c’est la place accordée à la culture. Il ne peut y avoir de volonté sans éducation artistique ». Certes, pour autant, la situation n’est pas forcément aussi simple : de nombreuses associations ont vu leur budget de fonctionnement réduit, parfois à néant.

 

Cela avait conduit le directeur artistique du Printemps des poètes, Jean-Pierre Siméon, à décocher cette invective : « C’est un choix idéologique qui s’opère depuis plusieurs années, et apparaît de façon plus frappante encore. On assiste au retrait généralisé de l’aide publique, dans les domaines de l’art et de la culture. Et dans le même temps, on entend ces propos hypocrites qui célèbrent la culture, sans pour autant lui accorder les moyens nécessaires. »

 

Le site Richelieu de la BnF rénové : visite guidée 

 

La liberté et la culture, remises en question du fait du terrorisme, c’est ce que François Hollande tenait à rappeler. Et d’ajouter : « Notre responsabilité est de défendre partout dans le monde la circulation des idées. »

 

L’industrie de l’édition établira le bilan du quinquennat Hollande plus tard, une fois que les nouveaux acteurs politiques seront en place. Difficile encore d’affirmer que l’on s’est acquitté de la dette contractée par chacun, à l’égard des livres. En tout cas, les 10 millions € investis dans le projet de numérisation ReLIRE, destiné aux oeuvres indisponibles, auraient certainement pu être mieux investis, et y participer. Plus de budget pour Partir en livre, par exemple ?

 

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