Françoise Nyssen : “Auteure, écrivaine, autrice, c'est comme on veut”

Antoine Oury - 22.03.2018

Edition - Société - Françoise Nyssen autrice - Nyssen féminisation métiers - nyssen académie française


La ministre de la Culture Françoise Nyssen vient de prendre position dans un des débats linguistiques que la France aime particulièrement enflammer. « Auteure, écrivaine, autrice, c'est comme on veut », a souligné la ministre de la Culture lors de son audition par la Délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale. « C'est très important que tous les métiers d'arts soient féminisés », a-t-elle insisté. L'Académie française ne pense pas (encore) la même chose.


Françoise Nyssen au Congrès ABF 2017
Françoise Nyssen (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


La ministre de la Culture, juste après les questions au gouvernement de l'Assemblée nationale, s'est exprimée devant la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes pour évoquer sa politique en matière de lutte contre les inégalités. Au cours de l'audition, elle a notamment pu s'exprimer sur « l'approche genrée des questions », après une intervention d'Annie Genevard (Les Républicains), membre de la délégation.

 

Évidemment, le sujet sous-entendu ici est celui de l'écriture inclusive, et de l'intense débat qui a eu lieu il y a quelques mois, focalisé autour du point médian, et provoqué par un manuel scolaire qui l'utilisait. Ce point médian permet, dans l'expression écrite, de faire apparaître le féminin, par exemple dans agriculteur·trice. 

 

Comme elle l'avait expliqué au moment de ce débat, la ministre de la Culture a rappelé sa position sur le point médian : « L'écriture inclusive avec le point médian est un alourdissement des textes, j'en ai parlé avec Jean-Michel Blanquer [ministre de l'Éducation nationale], on est d'accord sur le fait qu'on ne pense pas vraiment que cela fasse avancer les choses », indique Françoise Nyssen, réitérant d'ailleurs son inquiétude vis-à-vis des impacts sur l'apprentissage de la lecture, notamment pour les enfants dyslexiques.

 

À l'inverse, Françoise Nyssen a exprimé tout son soutien à la féminisation des noms de métiers, qui faisait aussi partie des préoccupations des partisans de l'écriture inclusive. « Auteure, écrivaine, autrice, c'est comme on veut », a déclaré la ministre devant la délégation, « d'ailleurs, autrice est un terme du XVIIIe siècle, on l'utilisait à l'époque. Les gens ont tendance à dire que ce n'est pas beau, mais c'est le terme utilisé à l'époque », insiste-t-elle.
 

La ministre de la Culture voit même dans l'utilisation de ces termes un progrès dans la place accordée aux créatrices ou celles en devenir : « C'est très important que tous les métiers d'art soient féminisés pour montrer l'ouverture de ces métiers et notamment dans l'expression, les termes utilisés, comme autrice, il faut toujours trouver le terme juste », a indiqué Françoise Nyssen.

 

Édition : une réflexion sur les stéréotypes
dans les livres jeunesse et la BD

 

L'Académie française, qui avait fermement indiqué son opposition à l'écriture inclusive, ne sera pas non plus du même avis sur la féminisation des noms de métiers. En 2014, l'institution avait rappelé qu'une femme auteur restait un auteur, tout simplement. Cela dit, l'Académie n'est nullement opposée à la féminisation des noms de métiers, avait-elle indiqué, en précisant que des noms féminins de métiers étaient entrés dans le dictionnaire de l'Académie en 1935, dont... « éditrice ».




Commentaires

« Auteure, écrivaine, autrice, c'est comme on veut. » C'est bien de calmer le jeu, mais n'oublions pas la solution de bon goût (et officiellement toujours préconisée par les pouvoirs publics depuis la circulaire de 1986) qui consiste à utiliser le nom comme épicène : une auteur, une ingénieur, une professeur, etc. Comme correcteur, c'est ce que je propose aux écrivains hommes ou femmes pour enjamber le problème et cela a souvent les faveurs de ceux qui recherchent un compromis pacifique.
Respecter le "bon goût" et rechercher un "compromis pacifique" ? Qui souhaitez vous rassurer ?
Ceux qui veulent marquer le féminin sans recourir à des mots trop revendicatifs idéologiquement.
Elle est écrivain, elle est auteur, c'est tellement mieux, une sorte de "neutre" à nous, pour tous les substantifs sans féminin et utilisés pour les deux sexes.Et quel chic lorsque l'on prononce : "Madame LE Ministre "
Et ce n'est pas "marqué idéologiquement" de vouloir absolument garder la forme masculine d'un nom de pouvoir, peut-être ? Et si "le bon goût" (il a bon dos) s'accommode d'aberrations logiques, linguistiques et grammaticales, c'est peut-être que votre bon goût a été assez mal formé et aurait bien besoin d'une petite rééducation...

C'est quand même bizarre que personne ne s'émeuve d'entendre "une infirmière" au lieu d'"une infirmier" (et que d'ailleurs tout le monde s'accorderait du ridicule achevé d'une telle pratique). Mais quand il s'agit d'un métier de création qui a une aura monumentale dans notre culture, voilà les censeurs (tiens, ce n'est peut-être pas pour rien que ce mot est masculin !) qui s'auto-proclament gardiens du "bon goût" qui nous expliquent doctement qu'il ne faut surtout pas remettre en état de marche les mots féminins qui existaient dans notre bonne vieille langue française et qui ont été annihilées pour ne garder que les formes masculines pour asseoir... diable, serait-ce une idéologie ?!



Cela me fatigue, tous ces gens qui se guindent et rejettent en bloc la féminisation des noms de métier au nom du respect de la langue et de l'histoire... Dans la mesure exacte où ils ne font que démontrer par A + B qu'ils n'ont en fait aucune connaissance de l'histoire de la langue française.



Pour toutes les amatrices et amateurs à la fois de ces questions et d'humour bien senti, je vous invite à ce sujet à aller écouter "La Pérille Mortelle" de Typhaine D présentée à l'Hotel de Ville de Paris, à l'occasion du concours d'éloquence du Collectif Droits Humains pour Tout·e·s, fin 2017. Éclats de rire garantis pour toutes celles et ceux qui sentent que les arguments macho et passéistes sur la conservation d'une langue boiteuse ne sont qu'un tissu abject de la mauvaise foi la plus crasse.
Une auteur, une femme de Lettre, c'est bien plus joli que écrivaine ou autrice. N'en déplaise aux personnes qui veulent l’égalité Femme-Homme, mais qui mettent la Femme en premier...

Il y a des Sage-femmes homme, j'espère que nos féministes les laissent approcher quand le moment vient...
Savez-vous comment on appelle un "sage-femme homme" ?

Pas "un sage-femme homme", mais un maïeuticien.

Il y en a même qui ont l'ambition de ne pas d'être inculte et d'appeler une "sage-femme femme" une maïeuticienne !



Votre ignorance et votre inconséquence n'ont d'égal que votre manque de goût que vous croyez bon juste parce que c'est le vôtre et qu'il repose sur des siècles d'usages dominants impropres.
Oh, et autre chose : on écrit "une femme de lettres", sans majuscule inutile et avec un "s" à la fin, car il s'agit DES lettres, c'est-à-dire de la littérature, pas de "la" lettre, le signe alphabétique.
@Thelx: "Votre ignorance et votre inconséquence n'ont d'égal que votre manque de goût que vous croyez bon juste parce que c'est le vôtre et qu'il repose sur des siècles d'usages dominants impropres."

Cela doit être sympa de vivre avec vous.
C'est ce qui s'appelle une attaque ad hominem. Autrement dit, une manoeuvre de rhétorique qu'on n'utilise que quand on n'a aucun argument solide pour contredire ceux de son interlocutrice et que l'on se rabat alors à l'humilier sur sa personnalité, son passé, ses choix de vie, ses goûts, ses manières, etc., qui n'ont rien à voir avec le sujet traité, et ce en espérant que les spectateurs seront assez bas-du-front et ignares pour applaudir et croire que ce dénigrement déplacé constitue un discrédit de ses explications.

En attendant, il semble assez clair qui de l'une ou de l'autre a une expertise approfondie de la langue française et de son histoire ; confirmation de l'idée déjà exprimée dans le passage que vous venez de citer.

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