Françoise Nyssen : Le 'souci de cohérence' anime Actes Sud

Antoine Oury - 16.09.2014

Edition - Les maisons - Actes Sud Françoise Nyssen - numérique chiffre d'affaires - ligne éditoriale cohérence


La semaine dernière, le groupe Actes Sud se dotait d'un directeur général, poste qui sera confié à Olivier Randon dès le mois de novembre prochain. Nous avions alors rencontré Françoise Nyssen, cofondatrice et présidente du directoire de la maison, pour évoquer avec elle quelques-uns des sujets qui agitent l'édition contemporaine.

 


Françoise Nyssen (Actes Sud)

Françoise Nyssen (Actes Sud) (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'année 2013 commençait fort pour Actes Sud, qui rachetait la maison Payot et Rivages devant Flammarion, lui-même acquis par Gallimard. 2014 aura été plus calme au niveau des acquisitions, et cela n'est en rien le signe d'une baisse des ambitions : « Nous avions toujours suivi cette maison, et nous y sommes allés en fonction du dossier. Mais cela ne veut pas dire que nous agissons de manière systématique, loin de là. Nous sommes toujours attentifs aux opportunités, mais dans un souci permanent de cohérence », explique Françoise Nyssen.

 

Le chiffre d'affaires du groupe, pour l'année 2014, se stabilise autour des 60 millions €, pas très loin des 55 millions € qui terminaient l'année précédente. Dans l'ensemble des résultats, les ventes numériques pèseront pour environ 3 % du chiffre d'affaires, soit 2 millions €, plus que le budget investi dans ce format. 

 

Un chiffre d'affaires qui s'appuie essentiellement sur les ventes dans les librairies indépendantes et les grandes surfaces spécialisées détaille Françoise Nyssen. Si Amazon n'a pas encore dégainé des méthodes de pression en France, il sera toutefois difficile de se passer de ce canal de vente : « Il y a une certaine éthique du métier que l'on ne prend plus en compte avec de telles pratiques, mais on ne peut pas non plus pénaliser les auteurs en l'évitant complètement. » Sensibiliser l'opinion publique semble la meilleure solution, y compris du côté de l'édition.

 

Françoise Nyssen veille par ailleurs à ce que le groupe conserve une certaine mesure, à l'aune de sa politique éditoriale. Ainsi des collections, que la présidente du directoire ne souhaite pas voir se multiplier à tout crin. « Au début d'Actes Sud, nous hésitions même à créer des collections, parce qu'il s'agit d'un choix qui peut s'avérer dangereux : par la suite, on peut chercher à la remplir à tout prix, parfois au détriment de la qualité. Si une proposition de collection a du sens et un avenir, c'est Bertrand Py [directeur éditorial, NdR] qui en juge, et nous pouvons alors valider. »

 

La présence d'un ouvrage Actes Sud sur la liste du Goncourt [Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud] laisse évidemment espérer, comme dans toutes les maisons de l'Hexagone. En 2012, la maison avait déjà reçu la récompense pour le livre de Jérôme Ferrari, Sermon sur la chute de Rome. D'autant plus que l'éclairage médiatique, lié à une récompense, est toujours un critère, souvent majeur, pour la vente de traduction.

 

À ce titre, l'invitation de la France à francfort aurait tout intérêt à être honorée, d'après l'éditrice : « Au niveau de l'Europe, le prix unique et la défense de la librairie seront mieux défendus si nous renforçons le lien avec l'Allemagne, cela me paraît capital d'un point de vue politique », explique Françoise Nyssen. Évidemment, le souci financier est pris en compte par les éditeurs, qui se tournent vers l'État : « Le ministère des Affaires étrangères et celui de la Culture pourraient dégager des budgets interministériels pour concrétiser ce déplacement, sans oublier la mise en place de partenariats privés, en complément. »