Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Françoise Nyssen : soutenir le droit d'auteur, oui ; moraliser l'édition, moins

Antoine Oury - 21.09.2017

Edition - Les maisons - fabrication livre - Françoise Nyssen - étude BASIC Nyssen


En marge de la célébration en l'honneur de l'invitation d'honneur de la France à Francfort, la ministre de la Culture a eu l'occasion de s'exprimer sur les conditions de la fabrication du livre en France. En effet, une récente étude a révélé qu'une partie de l'édition française privilégiait la délocalisation et le low cost pour la fabrication des ouvrages, au détriment des filières françaises, et parfois européennes, du papier.


Françoise Nyssen et Asli Erdogan - La France à Francfort
Françoise Nyssen et Asli Erdogan (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


L'étude publiée par le BASIC, Bureau d'Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne, il y a quelques jours, a fait trembler une certaine édition, celle qui recherche à tout prix la réduction des coûts et l'amélioration des marges. L'analyse du BASIC porte sur la fabrication du livre comme objet technique, de la production de la pâte à papier à l'impression des ouvrages.

 

Ce faisant, elle pointe du doigt une tendance productiviste délétère au sein des plus grands groupes d'édition, Hachette, Editis ou Madrigall, pour ne citer que ceux-là : pour réparer les dégâts environnementaux et sociaux causés par les délocalisations, l'éclatement des filières et le recours à des monocultures, 52 millions € par an sont nécessaires, payés par la France et la communauté internationale, a estimé le BASIC, quand l'édition française a dégagé environ 70 millions € de bénéfices en 2015.

 

Interrogée sur ces pratiques et la réflexion qu'il conviendrait de mener sur celles-ci, la ministre de la Culture renvoie chacun à ses affaires : « Cela fait partie de la responsabilité de chacun, et vous savez que j'ai eu un passé dans cette vie-là. Nous [le groupe Actes Sud, NdR] n'étions pas si petit que ça, et vous ne parlez pas de nous, de ce que j'étais avant », explique la ministre. Doit-on comprendre que les pratiques du groupe étaient totalement vertueuses ? 

 

« On estime qu'environ 20 à 25 % de la production sont détruits, mais on atteint les 80 % en période de rentrée littéraire », affirmait récemment Gilles Colleu, qui a autrefois géré la production du groupe Actes Sud, à l'occasion de la présentation de l'étude du BASIC. Inutile de dire que la production tous azimuts et sans attention pour ses dégâts menace en partie la chaîne du livre, et notamment ses maillons les plus faibles, les auteurs et les libraires.

 

« Bien sûr, ce sont des points d'attention que l'on peut avoir, mais nous n'intervenons pas en disant “Vous devez faire ceci, vous devez faire cela” », poursuit Françoise Nyssen. « Le combat que nous avons à mener en Europe pour le droit d'auteur et le partage de la valeur est le combat essentiel, le point d'attention de notre énergie pour le moment, et il est fondamental pour la création et la poursuite de nos métiers », insiste la ministre.

Certes, les GAFA et autres plateformes de diffusion ne sont pas exemptes de mauvaises pratiques concernant le droit d'auteur, mais la moralisation s'appliquerait à certains et pas à d'autres ?

 

Le rôle politique que peut assumer le ministère pourrait sans doute peser dans les choix industriels de l'édition : « Je l'entends », concède la ministre, qui ne souhaite visiblement froisser personne.