Franglais : l'Académie française rappelle à l'ordre les pouvoirs publics

Antoine Oury - 22.11.2019

Edition - Société - academie francaise franglais - termes anglais langue francaise - developpement franglais


Trop de termes étrangers dans une langue peuvent la menacer, à terme, surtout lorsque les représentants publics usent et abusent d'expressions empruntées. C'est la conclusion de l'Académie française qui intime les pouvoirs publics à agir, en commençant par respecter eux-mêmes le français et à veiller à leurs bons usages de la langue...

Les auteurs refont Mai 68 à Angoulême
Dessin de Morvandiau (photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


La présidence d'Emmanuel Macron a été marquée, dès les premiers mois, par des expressions utilisant des termes souvent empruntés au vocabulaire de l'entreprise, à l'image du fameux « start-up nation » que le président alors candidat avait prononcé. 

En octobre 2018, le président de la République avait même prononcé un discours émaillé de franglais juste avant de se rendre... au 17e Sommet de la francophonie. Ces expressions n'étaient pas passées inaperçues, alors que l'avenir de la langue française et de ses locuteurs devait être abordé peu après.




Le rappel signifié par l'Académie française dans un communiqué semble donc s'adresser, notamment, au chef de l'État, mais aussi à l'ensemble des pouvoirs publics. L'Académie se dit ainsi « gravement préoccupée par le développement du franglais. Les violations répétées de la loi Toubon, qui a posé les règles de l’emploi du français dans la sphère publique, dénaturent notre langue, autant par l’invasion des termes anglo-saxons que par la détérioration qu’ils entraînent de sa syntaxe ».

Cette loi Toubon, adoptée en juillet 1994, vise à l'enrichissement de la langue, mais impose aussi une obligation d'utiliser des termes français aux personnes morales de droit public (autrement dit, les administrations) et les personnes de droit privé dans l'exercice d'une mission de service public (élus, fonctionnaires et autres). Ainsi, elle s'applique bien au président, comme aux membres du gouvernement et autres ministères.
 
Aussi, l'institution « alerte solennellement les pouvoirs publics et les invite en premier lieu à respecter eux-mêmes la loi », peut-on lire dans le communiqué. « Si ceux-ci ne réagissent pas vigoureusement, si l’opinion ne prend pas la mesure du danger qui le menace, le français cessera d’être la langue vivante et populaire que nous aimons », termine l'institution...


Commentaires
Il y a une véritable escroquerie intellectuelle à présenter comme une révélation,comme certains,que «le français a toujours emprunté de nombreux mots étrangers» (ce que nul ne nie,mais on enfonce une porte ouverte en faisant croire qu'on mettrait au jour une vérité occultée -tricherie)et que «l'anglais comporte de nombreux mots français»- même remarque,c'est un fait qui n'est inconnu que de ceux qui ne connaissent pas l'anglais et qui ne dédouane pas l'anglicisation avérée de notre langage.

Ce qu'il faut admettre: lorsque l'on remplace systématiquement les mots français tout à fait utilisables et compréhensibles par des (plus ou moins) équivalents anglais, il ne s'agit plus d'un enrichissement de la langue mais d'une substitution, d'un effacement du français non enrichi mais affaibli.

Je ne vois pas pourquoi «burn-out» a tué le mot «surmenage»...

Parfois une évolution inverse survient: on parle maintenant de seul-en-scène là où naguère on ne connaissait que le one man show (que certains employaient même pour des femmes,féministes on vous attend ! Non c'est de la distraction ou de l'ignorance !).

Enfin le mélange de l'anglais et du français peut être ravissant si nimbé d'une dimension et d'une aura artistiques.

«For for me formidable»,chantait Aznavour (fou de notre langue française) !

C'est sûrement ce que pensait de sa chérie Nat "King" Cole: «Darling Je Vous Aime Beaucoup» !

Et une des premières publicités bilingues,qui nous ramène au coeur des Trente Glorieuses: «Sch...(publicité non payée), le drink des gens distingués» !

Aujourd'hui la même boisson pétillante que j'aime savourer s'est soumise au tout-anglais pour ses slogans et c'est une démarche bêtement standardisée et conformiste, branchouille.

Le contraire d'un «repli identitaire» (une simple et légitime spécificité française)peut être si souvent, une soumission grégaire et aveugle à la langue des affaires et de la technologie.

Un progrès ?

Chacune et chacun en jugera !

CHRISTIAN NAUWELAERS
On disait :" un poids et deux mesures "

Actuellement des ministres utilisent :" Deux poids ,deux mesures"

Ce qui est totalent différent dans le fond et dans la forme à mon sens

Quel est donc votre avis officiel ?... Merci pour le français-français...
Depuis longtemps j'ai pris pour habitude de remplacer systématiquement le mot ou l'expression anglaise qui envahissent notre oral.Pas toujours facile ...Passez une bonne" fin de semaine"...Le" questionnement" d'un tel était intéressant... "D'accord" pour OK etc...Dans ce domaine le remue-méninge est payant, avec de la patience.Et, si l'on veut être rigoureux, il faudrait bannir les mots francisés tel "opportunité" venant de opportunity !! Pourquoi pas "chance"?La tâche se complique... Merci à C.Nauwelaers
Deux réponses pour le prix d'une hélas (car je ne suis guère plus riche ensuite -je plaisante !).

Hachache/Alex: intéressant,n'avais jamais remarqué la cohabitation de ces deux expressions !

Mais le Robert et le Larousse sont bien d'accord: ce sont deux poids,deux mesures !

Logique: on compare deux poids sur une seule mesure.

Un poids sur l'une,l'autre poids sur une autre...on risque fort d'obtenir un résultat non fiable !

Bravo à Marie !

J'ajoute: «affecter» plutôt qu'«impacter»? «levée de fonds» plutôt que «crowdfunding» et «efficace» plutôt «qu'efficient».

Liste évidemment non exhaustive;mais j'utilise le mot «weekend» entré dans notre langue,comme «drugstore» qui fleure bon les années soixante !

On peut accepter évidemment une certaine quantité d'anglicismes mais un ruissellement normal et non un déluge qui engloutit de plus en plus la langue française...et d'autres idiomes.

Tout est question de...mesure,et une bonne suffira !

CHRISTIAN NAUWELAERS
L'histoire des humains s'est, le plus souvent, compliquée de délires et crises. Leurs congénères, susceptibles d'apporter remède à ces maux, peu souvent s'y intéressèrent et moins encore ils intervinrent. C'est bien connu. En désespoir de cause, on inventa la province thérapeutique du surnaturel habitée par des entités super puissantes, intelligentes et créatrices de solutions viables. Parmi elles, les petits dieux des langues étaient les plus subtils, disponibles, efficaces. Ils se regroupaient, par monts et par vaux, en colonies - sur terre -, en nébuleuses - aux cieux - et tricotaient, sans relâche, des lois et règles drastiques pour discipliner les mots et leurs usagers. Ce fut le truc qui fonctionnait le mieux dans le salmigondis de l'époque. Désormais, devint coutume et prospéra la démarche de requérir leur aide en cas d'urgence.



C'est pourquoi je m'adresse ici, directement, à l'autorité ad hoc:



Cher petit dieu du français,



J'espère que tu vas bien. Pas nous, les francophones: notre langue fout le camp et beaucoup de gens s'en foutent. A tes moments perdus, pourrais-tu (dune part) réprimander vertement les responsables de cette plaie, et (d'autre) encourager les victimes à défendre avec acharnement cette langue qui a fait d'eux des humains. Je préfère énumérer quelques-uns des seconds: les adultes des familles, les profs de tous les niveaux et spécialités, les autrices et auteurs, par exemple. Pardon à ceux que j'oublie.



Cher petit dieu du français, je te souhaite beaucoup de chance et d'avance te remercie.

J'embrasse toutes tes phrases, syllabes, consonnes et voyelles.



Jujube-qui-t'aime





C'est pourquoi j'adresse
Un ? erroné s'est glissé derrière «impacter» dans mon message précédent !

J'en profite pour ajouter que «collecte de fonds» pourrait être un autre équivalent de bon aloi à «crowdfunding»...

Sauf qu'il faudrait peut-être préciser: «collecte de fonds en ligne» ce qui je l'admets est un peu long !

CHRISTIAN NAUWELAERS
bonjour,

je vous rejoins pour voir dans la négligence avec laquelle on utilise des mots anglais un forme de soumission. C'est cela, plus que l'emprunt étranger, qui me dérange (mon pseudo est russe : r'ebiata = une bande de mômes). Car il ne s'agit pas de n'importe quel emprunt. Vive l'enrichissement par des emprunts nombreux à des langues variées. Mais ce n'est pas le cas. Les Québecois sont bcp plus conscients que nous de cet aspect de résistance (résilience ? je blague)car leur contexte leur rappelle tous le jours que leur langue peut disparaître.

Une autre chose qui me dérange, c'est que la défense de la langue... est une défense et, comme souvent sur la défensive, elle emploie des arguments fallacieux. Comme la "beauté" de la langue. Le français n'est pas plus beau qu'une autre langue. Pourquoi ce besoin de hiérarchiser, de justifier en établissant cette prétendu hiérarchie ? Réflexe colonial rappelant les bonnes vieilles idéologies du 19e s. ? Cet argument montre comment, pour défendre la langue, on se laisse aller aux mêmes facilités de penser que ceux qui emploient des mots anglais... parce qu'ils leur viennent en premier à l'esprit, par habitude. Les rapports entre les langues ne sont pas indépendants des rapports politico-éconoimiques, des rapports de domination mondiaux. Dont nous sommes partie prenante, nous Français. Sans cet aspect, aucune réflexion sur la langue ne vaut. Ce que les Québecois aussi, comprennent bcp mieux que nous. On devrait faire des stages de francophonie croisés dans les lycées. Trois mois à Montréal ou à Dakar ? Avec interro au retour grin Au-delà des grandes messes de la francophonie, est-ce qu'on travaille avec nos partenaires, au jour le jour, pour l'invention lexicale ? Y a-t-il des groupes, des commissions multilatérales ? Comment se fait-il que nous n'appelons jamais à notre secours un mot peul, belge ou berbère, ou un mot francophones inventé dans ces domaines linguistiques, pour passer à la contre-offensive ?
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