Franz-Olivier Giesbert : "Quand j'avais 9 ans, je voulais devenir écrivain"

Julien Helmlinger - 14.01.2014

Edition - International - Franz-Olivier Giesbert - Le Point - Journalisme


Avec 45 années de métier au compteur, notamment à la tête d'importants magazines français, le journaliste Franz-Olivier Giesbert abandonne son poste de directeur du Point pour passer le flambeau à la jeune génération. Conscient du besoin qu'a la presse de se renouveler à l'ère du numérique, âgé de 65 ans, il estime venu le moment de quitter sa fonction exécutive sans toutefois arrêter d'écrire des éditos et articles. Le patron passe la main le 18 janvier, l'occasion pour lui de s'accorder plus de temps pour ses livres et les voyages.

 

 

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Au fil d'un entretien publié ce lundi par Telerama, Franz-Olivier Giesbert a expliqué les raisons de sa décision. Citant notamment Jean Prouvost et Louis Pauwels, il évoque ces patrons qui auraient eu du mal à quitter leurs fonctions pour s'être crus trop indispensables, au risque de faire couler leur entreprise. Confiant être resté un homme du papier, par opposition aux réunions sur le numérique qui le dépassent, il estime ne plus être « l'homme de la situation ».

 

La crise menaçant la presse ne le pousse pas à fuir, il estime qu'elle ne sera pas fatale au métier. « Diriger un journal c'est conduire à 280 km/h sur les petites routes. il est temps de passer la main à une nouvelle génération, incarnée au Point par Étienne Grenelle (directeur de la rédaction). [...] Il faut s'adapter. Je reste optimiste, les gens autour auront toujours besoin de s'informer. Il y aura toujours des journaux papier et numérique, mais à l'évidence, tout est en train de se transformer. »

 

Il imagine que les années à venir verront débarquer de nouveaux médias impulsés par des jeunes patrons, évoquant la multiplication des sites sur le web et autres grandes revues, les mooks, ainsi qu'un modèle davantage tourné vers le numérique.

 

S'il estime qu'il y a une incompatibilité fondamentale entre politique et journalisme, le PDG souligne l'importance du capital : « Le vrai pouvoir, c'est celui du lecteur. Mais je me méfie des journaux plus ou moins Bisounours, où les journalistes sont propriétaires de leur journal. Généralement ça ne marche pas, ils sont vite rachetés. »

 

Giesbert regrette la perte d'influence des écrivains et grands intellectuels dans la société française, « on ne les entend plus. À l'Obs Jean-Paul Sartre et Michel Foucault venaient. On était impressionnés. Aujourd'hui, ils n'ont pas le même rayonnement. Quant aux journalistes, s'ils sont tombés de leur piédestal, c'est bien. Notre profession relève souvent de l'imposture : il s'agit d'expliquer des choses que l'on ne comprend pas soi-même. Le journaliste prétend conseiller les princes alors qu'il n'est que médiateur, qu'il informe et donne des opinions, c'est tout. »

 

Bien que le journaliste apprécie animer des émissions culturelles, il préfère placer sa « vanité » dans les traductions de ses bouquins. « J'ai une bibliothèque dans le Midi avec tous mes livres traduits, je passe mon temps à les regarder comme on se regarde dans une glace. C'est grotesque, je le reconnais. Un livre dans une bibliothèque est un livre mort, mais je me rengorge seul. »

 

Contrairement à son confrère PPDA, le PDG du Point n'entend pas tenter d'intégrer l'Académie française. S'il trouve le club sympathique, il préfère consacre sa fin de vie aux livres, aux voyages, à boire des coups et à éplucher des légumes dans le restaurant de son fils. Ecrire, sans doute, mais pas pour la postérité. « La postérité ? C'est un discours aux asticots, comme disait Céline. [...] Et puis elle est déjà encombrée, la postérité, avec Molière, Shakespeare, Dostoïevski, Proust... Là encore, je joue dans la deuxième catégorie. Mais j'aime amuser mes lecteurs, et me fais plaisir. Quand j'avais 9 ans je voulais devenir écrivain, pas journaliste... »