Frédéric Mitterrand au ministère de la Culture : l'heure du bilan

Clément Solym - 16.01.2012

Edition - Société - Mitterrand - Désir - Ministre


C'est l'heure du bilan pour le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, qui a repris la plume pour revenir sur ses années au gouvernement dans l'ouvrage Le Désir et la Chance, publié par Robert Laffont et à paraître en librairie le 19 janvier.

 

350 pages pour raconter deux ans de politique culturelle, et revenir sur tous les dossiers de la rue de Valois : patrimoine, cinéma, médias, mode, et notamment la loi Hadopi et les accords avec Google sur la numérisation des livres. 

 

Bouillons de culture en pleine crise

 

Dans ce livre, Frédéric Mitterrand remercie son entourage (surtout le président Nicolas Sarkozy, à qui il doit son poste) et règle aussi ses comptes avec l'opposition socialiste, qui pointe du doigt la « dépression culturelle », et l'avait accusé de traîtrise quand il dit « oui » en « moins d'une minute » à la proposition de Sarkozy, sur la terrasse du Palais de l'Élysée, de faire de lui le ministre de la Culture, selon Frédéric Mitterrand.  

 

Traîtrise ou non, le bilan politique reste mauvais pour l'opposition. Aurélie Filippetti, députée PS de Moselle, déplore un constat d'échec de la politique Mitterrand au ministère de la Culture : « Effacé lors des principaux arbitrages politiques, il n'aura su empêcher l'Élysée de considérer la culture comme un simple outil de communication », explique-t-elle au Figaro.

 

« La Rue de Valois n'a pas pesé bien lourd face à la crise économique, qui pourtant aurait pu être l'occasion de mettre à l'honneur d'autres valeurs dans la société que la quête incessante du profit : la curiosité, l'émancipation, le partage et la rencontre d'autrui par sa sensibilité et l'intersubjectivité. »

 

Dévotion présidentielle

 

Frédéric Mitterrand ne se considère pas comme un traître. Pour justifier sa position particulière, il explique dans l'ouvrage n'avoir jamais vraiment été considéré par l'appareil du Parti socialiste sur le plan politique. « Ils me voulaient bien avec eux, mais à la porte de la cuisine », écrit-il, en précisant qu'il n'avait jamais trouvé beaucoup d'aide extérieure.

 

Malgré son poste, MItterand affirme rester fidèle à son oncle : « En ce qui me concerne personnellement, ma fidélité à son égard, même si elle est d'un autre ordre, demeure absolue. J'ai son portrait sur mon bureau, à côté de celui du président. » Des sentiments ambigus, alors que Frédéric Mitterrand explique qu'il ne devrait jamais servir la confiance du président à contrecœur, mené par un « véritable devoir de loyauté » qu'il lui faudrait conserver en toutes circonstances.

 

Quand « l'affaire Polanski devint l'affaire Mitterrand »

 

Tout un chapitre du livre est consacré à l'affaire Polanski, « qui était devenue l'affaire Mitterrand », écrit-il. Il avait en effet soutenu le réalisateur après que ce dernier impliqué dans une affaire de crime sexuel sur une mineure de 13 ans.

 

Marine Le Pen s'était alors saisie de l'occasion pour accuser Mitterrand de pratiquer le tourisme sexuel, citant à la télévision des extraits de son livre La mauvaise vie, paru en 2005, dans lequel il relate une série d'aventures de ses nuits passées à Bangkok. Des accusations que Mitterrand réfutent en expliquant que ces citations étaient « détachées de leur contexte, fausses de surcroît » alors que « le refus de conférer au livre tout caractère romanesque firent l'effet d'une bombe. »

 

Hadopi, un échec ?

 

De même que la TVA à 7%, Hadopi est l'un des dossier chaud et polémique du moment pour le ministre. Selon Guillaume Cerutti, président-directeur général de Sotheby's en France, la loi Hadopi « a brouillé l'image du ministère auprès des jeunes publics: il faudra repenser globalement la politique culturelle en direction des jeunes pour lui donner plus de lisibilité, plus d'équilibre, plus de moyens » , rapporte le Figaro.

 

Le ministre avait cependant expliqué récemment sur France inter que cette loi devient « de plus en plus légitime ». 

 

À quelques mois des élections présidentielles, ce livre, complètement subjectif, aura au moins le mérite de relancer les débats sur les ratés et les réussis de Mitterrand, ainsi que la politique culturelle à mener en tant de crise.