Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Front de Gauche : "Livre et culture au centre des valeurs de la société"

Antoine Oury - 27.06.2013

Edition - Société - Front de Gauche - Danièle Atala Jean-Michel Gremillet - Virgin Fnac Actissia


Il y a quelques jours, le Parti de Gauche a publié un communiqué sur la situation de la librairie en France, qu'il s'agisse des grandes enseignes Virgin, Fnac, Chapitre, ou de la librairie indépendante. Et il revient sur l'action du gouvernement, notamment à travers le plan de soutien annoncé au Salon du Livre 2013, puis détaillé lors des Rencontres nationales de la librairie. 

 

 

Librairie

Rafael Garcia-Suarez, CC BY-SA 2.0

 

 

Le billet en question pourra être lu ici, et se termine sur ce paragraphe : « [Le Front de Gauche] appelle à résister au modèle de consommation dite culturelle imposée par l'ultra libéralisme et à se mobiliser pour ne pas avoir tout à reconstruire sur des décombres. La disparition des médiateurs culturels n'est pas un progrès, c'est une régression, un obstacle sur le chemin de l'émancipation citoyenne. » Nous avons demandé à Danièle Atala, responsable de la commission Culture du Parti de Gauche et Jean-Michel Gremillet, membre du Bureau national du Parti de Gauche et rédacteurs du communiqué, de répondre à quelques questions par mail, suite au travail collectif de la Commission Culture du PdG.

 

 

ActuaLitté : Quels enseignements tire le Parti de Gauche de la liquidation de Virgin ? Comment analysez-vous l'entrée en Bourse de la Fnac ? Et l'action du gouvernement sur ces différents dossiers, sans oublier celui des librairies Chapitre ?

 

Danièle Atala et Jean-Michel Gremillet : L'implantation de Virgin en France par Richard Branson était un projet capitalistique, sans autre souci que de concurrencer la Fnac sur le terrain des grandes surfaces ''culturelles'' et de loisirs, et introduisant dans les métiers du livre une gestion et des conditions de travail issues de la grande distribution. Virgin a produit de grands professionnels et permis des éclosions de talents, mais la fin désastreuse de l'enseigne, les comportements des consommateurs lors des dernières soldes et le destin scandaleux infligé aux salariés disent assez les limites d'un tel concept et la cupidité scandaleuse des actionnaires. Le PG est solidaire des salariés, et on peut se demander si, comme l'affirmaient certains d'entre eux, on aurait pu faire de Virgin un outil culturel. Mais ça n'est plus le sujet aujourd'hui.

 

L'entrée en bourse de la Fnac sonne la fin de son indépendance économique et de ses prétentions culturelles "modernistes". Restent des magasins aux prises avec un tassement des ventes et des exigences de rentabilité incompatibles avec tout souci culturel et social, une gestion centralisée qui n'aura pas fait ses preuves et des salarié(e)s qui redoutent l'avenir. Là aussi, et pour des raisons différentes, nous nous interrogeons sur la viabilité du "modèle Fnac" - qui n'en est peut-être pas vraiment un.

 

Le cas Chapitre est celui de librairies moyennes et grandes implantées dans des villes de toutes tailles, certaines très anciennes et rattachées sur le tard au groupe Actissia qui se débarrasse de telle ou telle - dont Arthaud - quand leur potentiel commercial existe toujours, entraînant le retrait progressif des livres des centres-villes et le recours obligatoire à internet pour l'achat de livres. L'attitude d'Actissia montre s'il en était besoin que la dévitalisation culturelle et commerciale importe moins aux grands groupes que le salut de leurs marges.

 

Un gouvernement responsable devrait être présent sur tous les fronts, soutien à l'accès au livre dès l'enfance, formation des libraires, soutien à la petite et moyenne librairie (quand les libraires disparaissent des villes de plus de 50 000 habitants), pression sur les groupes pour assurer des conditions décentes aux salarié(e)s des grandes enseignes...


Ces défaillances des grandes enseignes culturelles sont-elles le seul fait de la financiarisation ? Les circuits de distribution ne sont-ils pas également en cause ?

 

La financiarisation participe de la course à la marge qui dévalorise les livres aux yeux des actionnaires d'enseignes. On pourrait pointer aussi la compatibilité problématique entre le livre, produit lent par nature, et les exigences de rentabilité rapide des grands groupes. Les diffuseurs et distributeurs, lorsque leur taille le leur permettait (donc, en fait, les plus gros d'entre eux) ont suivi les exigences financières et logistiques des grandes enseignes dans l'espoir d'y conforter leurs parts de marché, ces encouragements n'étant pas pour rien dans l'explosion du nombre de magasins Fnac et Virgin entre 1980 et 2000.


Comment jugez-vous le plan de soutien à la librairie mis en place par Aurélie Filippetti et le Syndicat National de l'édition ?


Ce plan répond aux préoccupations les plus immédiates de beaucoup de libraires : avances de trésorerie, aide à la transmission, application de la loi... Il a été généralement bien accueilli, mais pour nous subsistent des doutes fondamentaux : comment va-t-on financer les contrôles de l'application de la loi Lang dans un ministère en récession et en suppression d'effectifs ? Et les libraires de centre-ville, une fois leur trésorerie confortée et leur transmission aidée, arriveront-ils à faire entendre raison à des bailleurs qui multiplient leur loyer par deux, trois ou plus ? Pour nous, manquent à ce plan une attaque frontale, en coordination avec d'autres ministères, contre la spéculation immobilière meurtrière de trop nombreuses librairies, une redynamisation de la formation des libraires et une facilitation d'interactions entre collectivités, bibliothèques et librairies pour que l'envie de lire génère partout des "cercles vertueux" entre elles. Enfin, tant que le Livre et la Culture ne seront pas placés au centre des valeurs de la société, aucun plan n'aura toutes ses chances d'aboutir.

 

De quelle(s) manière(s) le Front de Gauche va-t-il soutenir le projet de coopérative de l'ADML ?


Le parti de Gauche, le Front de Gauche pour l'art et la culture affirment qu'il faut refonder une politique volontariste et offensive d'une responsabilité publique dans le domaine du livre et défendent le modèle d'économie sociale. C'est pourquoi , nous soutenons non seulement le projet coopératif de l'ADML pour contrer Amazon mais aussi dans le cadre du plan livre un rééquilibrage favorable à l'ensemble des métiers du livre y compris les bibliothèques, les auteurs et les lecteurs.
Le Parti de gauche dans le cadre de son université d'été “les remue-méninges” à Grenoble accueillera dans un atelier “métiers du livre” les Arthaud et leur projet de reprise en scop, il y sera bien sûr, aussi, question des propositions de l'ADML. Nos militants participent à l'avancée de tels projets en organisant des rencontres, des assemblées citoyennes sur le thème du livre.

 

Nous nous réjouissons de l'accord Filpac-CGT/ADML et des rencontres programmées à la fête de l'Humanité qui renforcent ce projet. Par ailleurs, nos élu-e-s qui se sont déjà impliqué-e-s pour soutenir l'ADML en adressant un courrier à Madame Filipetti, défendrons des projets législatifs soutenant la création d'un “comptoir national du livre” sous forme coopérative .