Furet du Nord : “Préserver Sauramps et les librairies de province, un enjeu d'avenir“

Nicolas Gary - 09.06.2017

Edition - Librairies - Pierre Coursières Furet - Furet Nord Sauramps - Sauramps redressement judiciaire


Le groupe Furet du Nord compte parmi les repreneurs qui se sont positionnés sur le rachat des librairies Sauramps. Plus spécifiquement intéressé par les magasins d’Alès (dans le Gard) et de Triangle (au cœur de Montpellier), Pierre Coursières, son PDG, nous détaille son projet. 


Inauguration Furet du Nord Kremlin Bicêtre
Pierre Courisères, ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

« Préserver Sauramps, son identité, et fédérer les librairies indépendantes de province est un enjeu d’avenir. C’est dans cette logique que nous nous plaçons », explique tout de go le PDG de Furet du Nord. « En aucun cas, nous ne parlons d’intégration de Sauramps à la marque Furet : les établissements doivent conserver leur autonomie. Nous apporterons une mutualisation des services supports et la force commerciale réunie des 2 enseignes. »

 

En somme, l’offre de Furet est focalisée sur le projet lui-même : conserver Sauramps. Avec quelques conditions suspensives, notamment pour l’établissement Triangle. D’abord, obtenir une remise aux normes, par les bailleurs, ensuite, revenir à un niveau de loyer cohérent. « À ce jour, nous sommes entre 30 et 50 % au-dessus des niveaux de loyers logiques pour ce type d’établissement. Or, personne d’autre qu’une librairie ne pourrait commercer dans l’espace Triangle. »

 

À ce titre, quand on apprend que l’autre offre – présentée par la société Amétis de François Fontes – ne pose aucune condition suspensive, pour l’ensemble du groupe Sauramps, certains s’interrogent.

 

Concrètement, Furet entend donc apporter « une efficacité économique et opérationnelle, et surtout laisser le soin aux équipes de faire leur travail. Les patrons des magasins du Furet du Nord disposent, à ce titre, de la même indépendance que celle qu’auraient les équipes de Sauramps, si notre offre était acceptée ; notre ADN est basé sur l’autonomie et la décentralisation du commerce ». 

 

Le travail repose donc sur les gains de rentabilité et la puissance commerciale à reconstruire. « Dans la distribution d’aujourd’hui, en librairie comme ailleurs, mieux vaut être plusieurs que seuls. On le voit sur la seule question des outils digitaux nécessaires au commerce d’aujourd’hui. »
 

Quelle offre future


« Le livre largement majoritaire sous toutes ses formes, puis la papeterie au sens large, une offre tournée autour de la jeunesse, mais pas de disque ou de vidéo. Le constat est simple : Sauramps est aujourd’hui dépendant du marché du livre à 80 %. Nous envisageons de descendre à 60 %, avec un commerce hors livre qui fait sens, et l’enseigne a déjà engagé ce mouvement. » 

 

Le tout à travers un accompagnement qui aboutirait à un meilleur positionnement. « Si l’on mutualise la logistique, les outils digitaux, la direction produits, nous disposons déjà d’outils et de structures plus puissants, donnant des moyens aux équipes pour être plus forts localement. »

 

Une grande part de l’inquiétude exprimée par les salariés vient pourtant de cette évolution. « C’est une chose logique et humaine, que d’appréhender le changement. Mais c’est indispensable pour pérenniser l’avenir. » Pourtant, comment envisager que Triangle puisse évoluer vers cette offre mixte ? « D’abord, il y a des surfaces commerciales à gagner : celle de Polymômes, par exemple, et d’autres mètres carrés sur des espaces proches, qui permettraient de développer une offre hors livre. »


Inauguration du Furet du Nord à Okabé (Kremlin-Bicêtre)
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Ensuite, s’adapter aux dernières évolutions des marchés du livre, conforter la vente à distance : « Il est possible de s’ouvrir à de nouveaux produits sans pour autant perdre son âme. Le fonctionnement de Furet est à ce titre très éloigné de celui de Cultura auquel on nous a comparés. D’abord, 55 à 60 % de notre chiffre d’affaires restent centrés sur le livre, contre 30 % chez Cultura. Et puis ce dernier est devenu un leader du loisir créatif, pas nous. L’analogie entre nos groupes s’arrêterait en réalité à ce que nous sommes des succursalistes. »

 

L’autre enjeu, c’est celui d’Odysseum, qui n’est pas compris dans le périmètre de l’offre de reprise. « Odyssée est un bel établissement, avec 7,56 millions de chiffre d’affaires, mais des charges qui sont trop importantes, pour les 3 000 m2 de surface totale. Comme il est impossible de toucher au loyer, on se retrouve sur les mêmes problématiques que celle de Virgin en son temps, avec des taux d’effort (le ratio de charges liées au bail et la location/chiffre d’affaires) insoutenables qui les a menés à la faillite. » 
 

Sauramps : trois offres de reprises pour les librairies, et beaucoup d'inquiétude


« Le Furet s’est toujours préservé de cette logique mortifère. » L’autre point à prendre en compte est que le centre commercial d’Odysseum est très recherché par les enseignes. Implanter une boutique de fringues à la place de la librairie ne pourrait que profiter au propriétaire, dans ces conditions. 

 

Une trentaine de personnes serait alors laissée sur le carreau, de même que pour Triangle et Alès : en tout plus de 70 employés qui, avec l’offre du Furet, partiraient. « La crainte des licenciements est objective : à court terme, mais pour repartir sur le long terme sur un développement pérenne. »

 

« Nous pensons avoir des solutions à partager avec de grands libraires, pour mettre nos expertises en synergie », conclut Pierre Coursières.