• G chez La Musardine, une collection pour contrer la littérature érotique patriarcale

Antoine Oury - 28.02.2017

Edition - Les maisons - Point G La Musardine - .G La Musardine - littérature érotique La Musardine


Au vu de ses nombreuses publications dans les collections de La Musardine, Octavie Delvaux a acquis une certaine expertise en matière de récits érotiques. Elle prend aujourd'hui la tête d'une collection de romans érotiques « au féminin », • G, publiée par les éditions La Musardine. Avec comme volonté celle de faire souffler « un vent de liberté » dans le monde de la littérature érotique.

 

Les couvertures des deux premiers titres de la collection • G

 

 

« C’est parce que La Musardine et moi avons la certitude que beaucoup de lectrices attendent plus de la littérature érotique que des contes de fées saupoudrés d’étreintes passionnelles, que j’ai accepté de me lancer dans l’aventure d’une collection pour les femmes par les femmes dont nous proposons de maltraiter les codes habituels » annonce tout de go Octavie Delvaux dans les notes d'intention diffusées par La Musardine.

 

Auteure de Sex in the kitchen, Sex and the TV ou encore Osez dresser votre mari chez La Musardine, Octavie Delvaux prend la tête de cette nouvelle collection et se chargera de la lecture des manuscrits, envoyés directement à son attention ou conseillés par l'équipe de La Musardine. « Pour l'instant, • G se concentrera uniquement sur les romans, parce que je trouve que cela manque », nous précise Octavie Delvaux.

 

« Le roman érotique est un genre intéressant », poursuit la directrice éditoriale : « Souvent, les auteurs écrivent un texte érotique sans vraiment raconter d'histoire. Cela va être un peu autobiographique, mais il n'y aura pas de fil rouge, pas d'intrigue, juste une aventure sexuelle. »

 

Une littérature érotique par les femmes, pour les femmes

 

Dès les notes d'intention, le ton est donné : « Toutes nos auteures doivent être des femmes, des vraies, pas des hommes masqués derrière des pseudos féminins. Je crois à cette exigence. Qui mieux qu’une femme, peut s’adresser au ventre des lectrices, à toutes les sensations organiques qui s’y développent ? » La collection sera ainsi réservée aux auteures.

 

« On peut écrire de manière fidèle, et fournir une belle reproduction, si l'on a entendu une femme raconter un orgasme ou une sensation physique — et c'est une tâche noble, pour un homme, que de se mettre dans la peau d'une femme —, mais il y a une vérité, qui se ressent à travers l'écriture », explique Octavie Delvaux. Les textes érotiques de • G s'adressent aux femmes, et Octavie Delvaux organise une conversation en tête-à-tête.

 

« Cela dit, une femme peut écrire comme un homme, tant leur écriture, y compris dans la littérature érotique, a pu parasiter celle des femmes », explique Octavie Delvaux, qui nous confie se trouver devant un dilemme pour un texte qu'elle a récemment reçu : « Il est de bonne qualité sur les scènes de sexe, mais je trouve qu'il est très masculin dans ses fantasmes, on reste dans la souillure. »

 

Les problématiques sont délicates, et la ligne éditoriale devra y répondre avec adresse. • G vient aussi répondre à une littérature érotique consensuelle, qui a envahi les librairies depuis 50 Nuances de Grey.

 

« Certes, cette littérature utilise des clichés, mais d'autres littératures le font aussi. Ce qui me gêne, c'est que ces clichés sont très patriarcaux : c'était déjà le cas sur 50 Nuances, c'est toujours le cas sur beaucoup d'ersatz de la saga. Un homme riche et puissant initie une femme pauvre et peu puissante, qui va tout découvrir grâce à lui, y compris sa sexualité. Cette littérature correspond à des clichés ancestraux et à une théorie du mâle alpha tout aussi ancestrale », explique Octavie Delvaux.

 

Des schémas de sexualité plus variés

 

Une littérature qui tourne en rond et « finit par généraliser un type de fantasme, qui n'est qu'une résultante de plusieurs millénaires de patriarcat », souligne la directrice éditoriale. Cette offre éditoriale, aujourd'hui pléthorique, « ne va pas dans le sens d'une évolution féministe ». 

 

• G mettra ainsi un point d'honneur à proposer des « schémas de sexualité plus variés. Nous nous accordons des libertés : je ne censure rien, mon éditeur ne censure rien. » D'autant plus qu'« il y a une ouverture, je l'ai vu avec la réception de mes propres romans. Certaines lectrices avaient lu 50 Nuances, ce qui prouve que des schémas inverses peuvent fonctionner. Il y a eu des rejets, bien sûr, mais lire de la new romance ne signifie pas que l'on ne puisse pas apprécier ce que je fais avec La Musardine. »

 

Les ouvrages de la collection • G sont vendus pour 15 € environ en version papier, et 9,99 € en numérique. Le premier titre de la collection, Parties communes, d’Anne Vassivière, sera disponible le 16 mars prochain, et le second, June de Virginie Bégaudeau, au mois d'avril 2017.