Gabriel Garcia Marquez : les ebooks s'arrachent, parfois piratés

Nicolas Gary - 20.04.2014

Edition - Société - Gabriel Garcia Marquez - livres numériques - succès des ventes


Le décès de l'écrivain Gabriel García Márquez a provoqué une accélération des ventes de livres, dans les librairies numériques. Chez Kindle, comme chez Amazon, les sept livres du Colombien, prix Nobel de littérature en 1982, sont entrés dans la liste des meilleures ventes rapidement. Et tout particulièrement, on s'en doute, Cent ans de solitudeApple est présent sur le marché colombien depuis octobre 2012, et l'Amérique du Sud représente de toute manière un marché très convoité pour les acteurs numériques.

 

 

 

Le roman s'est vendu à plus de 30 millions d'exemplaires, avec 35 langues de traduction, et voilà qu'une nouvelle vie s'ouvre avec le format numérique, sur le territoire américain, qui semble le découvrir. Mais les autres titres profitent amplement de cette manne numérique : que ce soit L'amour au temps du choléra ou Chronique d'une mort annoncée, les ouvrages de Gabo s'arrachent dans les ebookstores - y compris chez Barnes & Noble. 

 

En moins de 24 heures après l'annonce de son décès, les livres numériques ont grimpé dans les tops des ventes, et si l'on opère un petit tour du monde, on se rend compte que le phénomène est global. En Italie, en Espagne, en Amérique du Sud, les différents romans restent encore accrochés au Top 10. 

 

Si l'on regarde maintenant les tops de vente Amazon, pour les marchés britannique et américain, on découvrira que les livres ont disparu. Tout cela n'aura donc été qu'un bref phénomène, sur le marché anglo-saxon et probablement un peu plus durable, en langue espagnole - à vérifier toutefois. Proposé pour 79 ou 89 pesos chez Amazon et Apple, 100 años de Soledad reste bien dans les tops 10 colombien et mexicain. 

 

La librairie en ligne mexicaine Gandhi a réalisé une belle mise en avant, avec la version papier du livre à 125 pesos - mais ne permet pas de savoir s'il y a une tendance particulière qui s'en dégage. 

 

En France ? Inutile de chercher, les droits numériques n'existent pas pour la commercialisation des romans de Gabo : personne n'aura donc profité de l'engouement des lecteurs - et difficile de savoir si les librairies physiques auront connu un intérêt particulier. Et une fois encore, il sera simplissime, pour les amateurs, de se tourner vers la contrefaçon, la recherche permettant de trouver au moins Cent ans de solitude, en format numérique, ne demande pas beaucoup d'efforts. On aboutira alors bien au livre publié chez Seuil et traduit de l'espagnol (Colombie) par Claude et Carmen Durand.

 

Il en ira de même pour Chronique d'une mort annoncée, ou L'amour au temps du choléra. Les fichiers existent depuis quelque temps déjà, et n'ont pas spécialement été créés pour l'occasion. Difficile de ne pas se tourner vers l'agence littéraire de Barcelone, pour demander combien de temps la version pirate circulera avant que ne soit commercialisée une version numérique officielle. Carmen Balcells, qui avait fait signer l'auteur pour le représenter au niveau international - et pour une durée assez farfelue de 150 ans - n'a pas encore répondu à nos questions sur ce point. 

 

 

 

 

Quant à Seuil, il faudra bien que l'éditeur se décide ou non à proposer ce livre désormais en ebook - tout comme d'autres maisons avec leurs plus prestigieux auteurs. Demandez par exemple à Grasset si un jour, ou l'autre, sortira Le nom de la rose en EPUB... Alors même que le groupe Hachette livre, maison mère de Grasset mène une coûteuse guerre technologique contre les sites qui proposent des titres piratés : ne serait-il pas plus économique d'envisager l'achat des droits numériques pour Umberto Eco, plutôt que de dépenser de l'énergie en vain à chasser des moulins à vent sur la Toile ?

 

Aracataca ou Macondo, les hommages

 

Les autorités mexicaines ont indiqué qu'un hommage posthume serait rendu à l'écrivain, au Palais des Beaux Arts, ce lundi de Pâques, et trois journées de deuil national ont été déclarés en Colombie. Cent ans de solitude s'ouvre ainsi : 

Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace. Macondo était alors un village d'une vingtaine de maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d'une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des œufs préhistoriques. Le monde était si récent que beaucoup de choses n'avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt.

Actuellement à Aracataca, village natal de l'écrivain, on célèbre sa mémoire, et l'on plonge dans les souvenirs, rapprorte l'AFP. « La majeure partie de ses histoires viennent d'ici. Macondo est la figure littéraire, mais Aracataca est Macondo. Un événement incroyable, les rues débordaient, les gens sont venus de partout et Gabo n'a pas voulu que la police installe un cordon de sécurité mais que les enfants de l'école fassent une haie d'honneur dans toute la rue », explique l'ancien secrétaire en charge de la culture, Marriaga. Il avait d'ailleurs organisé la dernière visite de Marquez, en 2007, revenu sur les lieux de son enfance...

 

Dans tous les cas, les anecdotes que l'on se raconte sont toujours proches de ce village raconté dans les livres du Prix Nobel. Située dans le nord de la Colombie Aracataca compte auourd'hui 45.000 habitants, dont les hommages spontanés à l'écrivain seront certainement les plus beaux. « Avant lui, nous n'existions même pas sur la carte de la Colombie », expliquait l'ancien maire de la ville, Pedro Sánchez Rueda.