Gabriel Matzneff crie à “l'injustice”, l'État réfléchit aux  suites judiciaires

Camille Cado - 30.12.2019

Edition - Société - Gabriel Matzneff pédophilie - Gabriel Matzneff loi pédophilie - Le consentement Vanessa Springora


Si jusqu’alors, les amours de Gabriel Matzneff pour « les moins de 16 ans » n’avaient jamais ébranlé le monde de l’édition ou de la justice, la sortie prochaine du premier ouvrage de Vanessa Springora, Le consentement, semble bien changer la donne. Après avoir remué les réseaux sociaux et les médias, c’est au tour des pouvoirs publics de se saisir de l’affaire. 

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Alors que Franck Riester s’est récemment exprimé sur Twitter, annonçant qu'il coupera l’allocation du Centre national du livre dont bénéficie l’auteur, c’est au tour du secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance, Adrien Taquet, de mobiliser ses troupes. 

Il a affirmé au Journal du Dimanche avoir « demandé à [ses] services de voir si des suites judiciaires pouvaient être envisagées » contre Gabriel Matzneff ou ses ouvrages. Mais voilà, si les crimes sexuels disposent d’un délai de prescription passé de 20 à 30 années en 2018, nombre de victimes sont alors dans l’impossibilité de porter plainte.

Pour rappel, si Vanessa Springora est la première à être sortie du silence, affirmant qu’elle a été victime d’une relation abusive, elle n’a pour autant jamais porté plainte contre l’écrivain, aujourd’hui âgé de 83 ans. Elle explique dans Le consentement n’avoir jamais réalisé la gravité de ses actes auparavant. 

« Elle dit qu’en effet, elle avait 13, 14 ans, qu’elle était entre guillemets consentante, et que c’est pour ça qu’elle n’a pas pu exprimer plus tôt son dégoût, qu’elle n’a pas porté plainte contre Matzneff. Mais elle le dit fort justement, il y a une sorte de fascination pour le prédateur qui fait qu’elle n’a pas osé le dénoncer », explique la journaliste et écrivaine Françoise Laborde à France Info
 

Une interdiction des livres de Matzneff ? 


Si l’écrivain, pourtant ouvertement accusé de relations avec des mineurs, ne semble pas condamnable du point de vue de la justice, ses ouvrages se heurtent eux aussi à un délai de prescription.

En effet, la loi de 1881 sur la presse prévoit des délais de prescriptions très courts pour les livres : de 3 mois en général voire de 1 an pour les cas exceptionnels. Les livres polémiques de Matzneff comme Les Moins de seize ans paru en 1975 ou Mes amours décomposés en 1990 sont alors quasiment impossibles à faire interdire.

Seule une nouvelle réédition des ouvrages pourrait rouvrir le délais de la prescription, explique Maitre Éric Morain à Europe 1. « Cela permettrait soit à des associations soit à des personnes directement visées de pouvoir agir en justice pour les faire interdire, ou faire reconnaître qu’elles contiennent des passages offensants, que ce soit des atteintes à la vie privée ou des apologies de crimes ou de délits en l’occurrence la pédophilie. »

Autre possibilité, une « mesure administrative, née de la loi de 1949 sur la protection de la jeunesse », précise à son tour Maitre Basile Ader, spécialiste du droit de la presse. « Elle permet au ministère de l’Intérieur, par arrêté, non pas d’interdire l’ouvrage, mais d’interdire sa diffusion à tout public et d’en faire la publicité. » Raté, pour ce qui est de la promotion : depuis 8 jours, le nom de l'écrivain est dans tous les médias...
 
Rappelons qu’en France, il est de toute façon très difficile d’intervenir contre un livre : « C’est le principe de la liberté d’expression. Il faut une atteinte très grave à des intérêts au moins aussi importants que celui de la liberté d’expression pour que des mesures judiciaires soient prises. »
 

Des associations en lutte, un auteur dans le déni


Face à des possibilités aussi peu convaincantes, certaines associations essaient de militer seules, et ce, avant même le déferlement de l’affaire ces dernières semaines. Déjà en 2014, Innocence en danger avait déposé une plainte contre X pour « apologie d’agression sexuelle » après avoir réclamé le retrait du prix Renaudot décerné à Gabriel Matzneff pour Séraphin, c’est la fin, en 2013. Une autre association, du nom de La Mouette, avait même lancé une pétition pour ce retrait. 

« C’est une honte que cet homme ait pu avoir un prix ! Demandons qu’il lui soit retiré, que son livre soit interdit, enfin qu’une enquête sérieuse soit faite et qu’il soit jugé et condamné pour ses éventuels passages à l’acte ! » affirmait Annie Gourge, présidente de l’association La Mouette. 

Gabriel Matzneff, qui vient de publier L’Amante de l’arsenal aux éditions Gallimard, n’a pas souhaité s’exprimer sur l’affaire. Contacté par Le Parisien, il affirme : « À mes débuts, François Mauriac m’avait fixé cette règle : quand vous publiez un livre, dans les semaines qui suivent ne vous exprimez que sur ce livre. »

Évoquant « de si injustes et excessives attaques », il affirme qu’il lira peut-être Le Consentement plus tard, « mais pas maintenant, ce qu’on m’en a dit me fait tant de peine, je n’en ai pas la force ». Se positionnant toujours en situation de victime, il préfère insister sur « la beauté de l’amour qu’[ils] vécu[rent], Vanessa et [lui] ».


Commentaires
" Seule une nouvelle réédition des ouvrages pourrait rouvrir le délais de la prescription, explique Maitre Éric Morain à Europe 1."



" Les moins de 16 ans " a été réédité en 2005
"Les moins de 16 ans" est un essai... Les deux volumes du journal les plus problématiques, "Mes amours décomposés" et "La prunelle de mes yeux" (ce dernier où il parle de sa relation avec Vanessa Springora) datent de 1990 et 1993 (réédition Folio en 1995 pour "La prunelle de mes yeux").

Sans défendre Matzneff, la curée actuelle est totalement hypocrite. Tout cela était connu depuis longtemps; il suffisait d'ouvrir ses livres. Il a été défendu et protégé non seulement par les mondains germano-pratins, mais aussi par les médias (presse écrite et télévisée, y compris les journaux de gauche qui l'incendient aujourd'hui), par les politiques (la Mitterandie), par la justice qui n'a guère ouvert les yeux... Parce qu'une ancienne victime/maîtresse le dénonce trente ans après les faits en contexte post #metoo, tout le monde veut sa peau... Remarquable courage...
je ne suis pas certain que le terme "maitresse" soit approprié ici ; on parle d'une enfant qui avait 14 ans, abusée par un pervers de l'âge de son père. Victime, oui. Maitresse, jamais.

effectivement, aucun de ses livres n'auraient dû voir le jour, jamais personne n'aurait dû défendre de telles violences, et il est important -impératif, de défendre ses victimes, ces enfants qui n'ont pas à recevoir d'autres titres que celui-ci. #metoo a aidé la parole à se libérer, c'est bien, c'était le but.
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