Gaiman : Fermer une bibliothèque, c'est comme arrêter de vacciner

Clément Solym - 15.10.2013

Edition - International - Neil Gaiman - lecture - enfants


A l'occasion d'une conférence de presse qui se déroulait ce 14 octobre, Neil Gaiman s'exprimait sur l'avenir du livre, de la lecture, des bibliothèques devant un parterre de personnalités du monde des arts et de la littérature. Avec une première déclaration fracassante : l'augmentation du goût pour les ebooks ne rime pas avec la fin des livres physiques. En revanche, les fermetures de bibliothèques sont un réel danger.

 

 

 

 

 

Selon lui, le plus dangereux est de tenter de dicter aux enfants ce qu'ils doivent lire, expliquait le romancier à l'occasion de la deuxième conférence annuelle de la Reading Agency. « Je ne pense pas qu'il existe quelque chose comme un livre mauvais pour les enfants. » S'il existe des modes assurant que Enid Blyton ou RL Stine ont pu favoriser l'illettrisme, « c'est n'importe quoi. C'est du snobisme et de la bêtise », affirme-t-il.

 

C'est que les parents peuvent, en dépit de leurs bonnes intentions, détruire le goût de la lecture chez un enfant, en imposant leurs choix littéraires. Empêcher un enfant de lire ce qu'il aime est le meilleur moyen de le frustrer. Lui-même a fauté, une fois, alors que sa fille de 11 ans lisait un roman d'horreur de RL Stine, il a tenté de lui mettre du Stephen King dans les mains. Un sacré ratage.

 

Quant aux livres papier, Gaiman invoquait une conversation de vingt ans avec Douglas Adams. Pour lui, les livres étaient des requins : de vieilles bêtes, présentes dans l'océan avant les dinosaures, et impossibles à détruire, ou presque. Et les requins sont doués dans leur rôle de requins, comme les livres que l'on sent dans sa main, et pour qui il y aura toujours une place. 

 

En revanche, sur les bibliothèques, Gaiman est implacable : leur fermeture est nuisible. « C'est l'équivalent d'un arrêt des programmes de vaccinations. Nous savons quels sont les résultats. Pour demeurer une puissance mondiale, afin d'avoir une population qui s'épanouit et se réalise, et qu'elle s'acquitte de ses responsabilités et de ses obligations, nous avons besoin d'avoir des enfants qui savent lire. »

 

Lecture et santé publique, même combat, même ennemi

 

Invité à s'exprimer lors d'une lecture au Barbican Center de Londres, l'auteur n'a pas mâché ses mots, mais les a plutôt crachés, crus, au visage d'une violente réalité. Les villes britanniques ont vu leur budget coupé de 50 millions £, et le service public est évidemment le premier touché par ces réductions drastiques. Un véritable « empoisonnement » des générations futures, d'après Gaiman, particulièrement choqué par la situation.

 

L'auteur a dressé un parallèle avec le service public de la santé : « Fermer le service de santé publique à des conséquences désastreuses, les gens meurent et le sang coulent. » Prononcée par un résident des États-Unis, où la couverture sociale reste un débat politique récurrent, l'observation est d'autant plus avisée. Et oui, en Europe aussi, on remet en cause des services de santé comme les interruptions volontaires de grossesse, Mr Gaiman...

 

Fermer les bibliothèques, c'est comme « stopper les vaccinations », a lancé Neil Gaiman. « Pour des raisons que je ne comprends pas, le gouvernement, ici, semble attaché à l'austérité, d'une façon inconnue aux États-Unis. Quand ils ferment un service, ils ne le font pas avec fierté, ce qui semble être le cas ici. Ils ont également l'air d'avoir honte de pouvoir changer d'avis. » Et l'auteur de citer le cas de plusieurs bibliothèques en Floride, menacées de fermetures, mais finalement sauvées par la volonté des citoyens.

 

Les militants luttent, au Royaume-Uni, contre une vague de fermetures sans précédent d'établissements consacrés à la lecture. Depuis avril 2012, 317 bibliothèques ont ainsi été fermées, sur décision des autorités. 

 

Gaiman a également attaqué les pratiques fiscales, légales mais inégalitaires, qui sont celles d'Amazon ou Google, « qui comprennent l'importance des livres et de l'information. Ces géants, qui écrasent, ces putains de ce sociétés monolithiques, peut-être qu'ils pourraient contribuer, si les règles fiscales étaient changées... » Fermer une bibliothèque réveille bien moins de lobbys, visiblement...