Galante, fanzine érotico-féministe : “Plein de problèmes émanent d'une frustration du cul”

Antoine Oury - 28.10.2016

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Depuis deux ans, un fanzine venu de Montreuil vient caresser les yeux et titiller les esprits avec une ligne éditoriale érotico-féministe. Galante investissait hier la Favela Chic pour le lancement d'un nouveau numéro qui claque comme la main sur le postérieur.

 

Galante Fesses'tival - Lancement N°07 à la Favela Chic

"Quand la société serre les fesses, les espaces de libertés individuelles rétrécissent"

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Lancée au moment de la journée de la femme, en 2014, avec le soutien d'un projet KissKissBankBank, l'idée derrière Galante part d'un constat simple, mais inquiétant : « J'étais hôtesse d'accueil avec Zoé, on regardait les gens être malheureux, un peu frustrés, en se demandant surtout comment les femmes pouvaient être misogynes avec d'autres femmes », explique Charlotte Herzog, la rédactrice en chef du fanzine. « Au lieu d'être simplement vénères contre elles, on a essayé de savoir pourquoi elles n'étaient pas libres, au point d'être aussi mal dans leur vie. »

 

Cette exploration d'un certain mal-être contemporain passera par Galante, avec des solutions à lire entre les lignes une approche décomplexée de sujets complexes, « quelque chose que nous avions envie de lire et à travers lequel nous pourrions parler de la femme, aux femmes, sous un angle érotique et féministe ». À son lancement, Galante naît de 8 femmes, organisées « comme des Amazones » dans un local du studio L'Albatros de Montreuil, où les hommes ont d'ailleurs eux aussi leur place, aussi bien dans la rédaction qu'au sein des lecteurs, explique Charlotte Herzog. 

 

Aujourd'hui, à son 7e numéro, Galante poursuit son exploration thématique de la sexualité moderne, de ses totems et de ses tabous, avec des illustrations et des photographies inédites, toujours depuis Montreuil. Avec un focus sur le cul pour le dernier, après la pornographie ou la chasteté, la ligne éditoriale du fanzine suit les courbes des corps, des pratiques et des imaginaires. « Du début à la fin, tout est fait main », précise la rédactrice en chef, qui annonce entre 3 et 4 mois de travail pour chaque numéro, réalisé à 500 exemplaires numérotés avec une couverture sérigraphiée.

 

Galante Fesses'tival - Lancement N°07 à la Favela Chic

Sérigraphie de culottes à la soirée de lancement Galante n°7, avec Sabrina

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Nous voudrions devenir Galante tout court et plus seulement Galante le fanzine », précise Charlotte Herzog, « car il y a les soirées que nous organisons à chaque nouveau numéro, et le crew autour », qui produit à tour de bras illustrations, sérigraphies et vidéo sur des thématiques proches de celles du fanzine. Un site internet en construction viendra compléter les rapports aux lecteurs, même si le fanzine restera central dans l'équation. Pour le lancement, la soirée bat son plein : effeuillage et show burlesque, pole dance, lecture des cartes, sérigraphies... Il y a de quoi (s')animer...

 

Un féminisme qui fait de la libération sexuelle une première et indispensable étape de la libération tout court, c'est celui de Galante : « On ne veut pas parler de cul pour parler de cul et mettre mal à l'aise... Julia Palombe, dans son Manifeste contre la mal-baise [chez Hugo Doc, NdR], explique qu'en tant que nana, tu as le droit de refuser d'être mal-baisée, surtout que cela retombe sur la femme, on lui dit, on la catégorise comme “mal-baisée”... C'est la base, et quand on regarde en plus l'égalité au travail ou la condition des femmes dans certains pays, j'ai du mal à me dire qu'une meuf aujourd'hui puisse ne pas s'engager pour les droits des femmes. »

 

À lire : 4 livres qui ont participé à la libération sexuelle en France

 

Galante Fesses'tival - Lancement N°07 à la Favela Chic

Illustration de Bulma (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Plus généralement, « [S]ans vouloir politiser Galante, je pense que plein de problèmes émanent d'une frustration du cul : le mec de Nice était un frustré du cul. S'il avait pu être gay comme il le voulait, se taper son amant de 73 ans, il n'aurait peut-être pas expulsé ce poison qu'il avait en lui comme il l'a fait. » La France serait-elle devenue la nation où l'on parle le plus du cul, sans jamais le pratiquer, l'assumer ou le respecter ?

 

Le fanzine d'une cinquantaine de pages — avec un poster central — se monnaye pour 5 € sur internet ou dans les librairies Le Monte-en-l'air, La Musardine et Violette and Co, et propose témoignages, poésies, courtes fictions ou longues digressions, ainsi que des rubriques horoscope et recettes de cuisine/chambres à coucher. Il est évidemment recommandé à tous : « Je pense qu'un mec, en 2016, et sans faire de généralités, est intéressé parce que les femmes ont à dire sur le cul, sur la liberté, la sensualité, leurs envies... S'il y avait un Galant, en tout cas, j'aimerais le lire. »

 

En suivant la philosophie du Do It Yourself et des fanzines, l'équipe de Galante s'est constitué un espace d'expression qui lui ressemble, mais « quelqu'un peut nous envoyer un texte qui, s'il est intéressant et s'il nous ressemble, aura sa place dans un numéro ». Parce qu'un fanzine, comme le sexe, c'est encore mieux à plusieurs.

 

Galante Fesses'tival - Lancement N°07 à la Favela Chic

Fesses à claques à la soirée Galante n°7, installée par Le Jack - Hacker Space : elles auront reçu plus de 2500 fessées au bout de la nuit (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)