Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Gallica joue toujours à biblio-porn avec ses ebooks

Clément Solym - 19.12.2011

Edition - Bibliothèques - Gallica - porn - bibliothèque


Décidément, on se demande bien qui a la main sur les contenus proposés sur Gallica. Après avoir épinglé la bibliothèque numérique de la BnF pour la présence d'ouvrages pornographiques, accessibles depuis une recherche insolite, ActuaLitté remet le couvert... Si vous nous passez l'expression.

 

Les premiers ouvrages que nous avions pointés, avec le concours de la FSU, avaient été très rapidement supprimés des pages de la bibliothèque. La littérature de genre, pour le dire pudiquement, avait en effet de quoi étonner : n'importe qui aurait pu tomber, presque par hasard sur des textes pornographiques, à acheter tels quels.

 

Un problème sérieux d'offre - pas de demande...

 

« L'évolution donnée ces derniers temps, et la volonté d'ouverture à des partenaires commerciaux engendrent forcément des dérives de ce type. Gallica n'a pas pour mission de vendre des livres, mais de valoriser un patrimoine. Si la bibliothèque devient une vitrine de vente, permettant aux partenaires de profiter de cette visibilité, alors il faut redéfinir sa mission peut-être ? », nous explique la FSU, déplorant le référencement de ces textes autant que le manque de contrôle sur les ebooks ainsi proposés.

 

 

Mais tout le monde était parti de son côté, et quelques heures plus tard, voici que les livres numériques démasqués disparaissaient du catalogue. C'est qu'en effet, à force d'opiniâtreté, et un peu d'huile de coude, ActuaLitté récidive. Cette fois, la recherche était un peu plus vicieuse : avec les termes pornographie et Lang, on aboutit sur de nouveaux titres, qui avaient échappé à notre vigilance.

 

En effet, l'internaute passionné pourra découvrir des textes dont nous présentons que les captures d'écran, pour ne pas trop faciliter le travail de déréférencement desdits ouvrages.

 

Pour certains, les suggestions découlant de «Sur le même sujet», ne manquent pas de puissance évocatrice. Bref, de la haute voltige, en matière de galipettes.

 

 

La FSU s'apprête à diffuser un compte-rendu du Conseil scientifique dénonçant cette politique d'accords avec des partenaires commerciaux, sans contrôle de la part de la bibliothèque. 

 

Conçue originellement comme un moyen de donner accès à tous à distance, gratuitement et en texte intégral aux documents patrimoniaux conservés à la BnF et dans d'autres bibliothèques françaises, la bibliothèque numérique connaît aujourd'hui un début de dérive susceptible de mettre, à terme, son identité en danger. Avec l'intégration croissante d'ouvrages sous droits et payante d'e- distributeurs qui l'utilisent à des fins purement commerciales, cet outil essentiel est dès aujourd'hui dévoyé. Le logo Gallica, identifié partout à travers le monde à la Bibliothèque nationale de France, estampille aujourd'hui tout et n'importe quoi..


Le Conseil scientifique note d'un côté le côté grossier des ouvrages proposés, mais s'interroge surtout sur le mélange des genres qui pourrait nuire « à la lisibilité du projet patrimonial originel ». Or, si les premiers titres présentés par ActuaLitté ont bien été supprimés, « cohabitent toujours dans Gallica des ouvrages patrimoniaux consultables gratuitement en texte intégral sélectionnés par les bibliothèques et des appels publicitaires vers le tout venant de la production éditoriale qui renvoient vers des e- distributeurs et leur système de pay per view ».

 

 Les positions du Conseil scientifique sont désormais affirmées. 

 

  • D'un côté le Président de la BnF, le directeur des services et des réseaux et le directeur de la BPI qui militent, au nom d'un pragmatisme mou et d'une conception marketing de la modernité, pour la transformation de Gallica en un vaste réservoir informe de données numériques, auquel ils donnent le nom de point unique d'accès. Tout doit être stocké au même endroit : collections patrimoniales, dépôt légal, production commerciale sous droit, etc. Ils sont soutenus en cela par le ministère de la Culture qui fait manifestement de cette affaire un enjeu politique. Nous noterons cependant que le représentant de la tutelle n'a pas cherché à conférer un vernis scientifique à cette position. Pour lui, il s'agit surtout de faire des économies et d'imposer au passage la règle sacro-sainte du partenariat public-privé, destinée, à terme, à réduire les investissements de l'état ! 
  • De l'autre, la majorité du Conseil scientifique (universitaires, personnalités qualifiées, éditeurs, bibliothécaires) 


Et la FSU de revendiquer à partir de maintenant l'enrichissement de Gallica, sur la base « d'une politique documentaire conduite par les bibliothécaires et dans le respect des missions de service public dévolues à la BnF ». 

 

 

 

Contacté par ActuaLitté, la BnF doit encore répondre.