Gallimard à la conquête de l'iBookstore avec Eden Reader

Clément Solym - 09.06.2010

Edition - Société - ipad - gallimard - lecture


Le futur sauveur du SNE - eh si... - Antoine Gallimard, qui va en être nommé président le 24 juin prochain, est pour le moment l'un des éditeurs majeurs à résister fortement à Apple, et son contrat d'agence. Oh, il n'est pas le seul, et d'autres (comme Delcourt, par exemple) ne sont pas encore tout à fait enthousiastes à cette idée. Mais ce qui est certain, c'est qu'Apple embarasse moins que Google.

« Notre souci, ici, reste de préserver un ensemble de boutiques en ligne. Il n'est pas question d'avoir qu'un seul fournisseur de contenus. C'est comme s'il n'y avait qu'une seule librairie en France », explique-t-il dans une interview accordée au Point.

Paradoxe des paradoxes et tout est paradoxe.

Est-ce que la fonction de président du SNE contraint à un discours schizophrénique ? On peut se le demander. En effet, alors que sa maison met en avant l'idée d'un regroupement réunissant Eden Livres, ePlateforme et Numilog, Antoine Gallimard redoute l'idée qu'une entreprise soit seule « à la fois dans la composition de l'offre et du support ». Pour une raison simple, « elle va codifier ses prix, auxquels l'éditeur doit se plier ». Il serait tout de même plus simple de reconnaître que les Américains ne sont pas de chez nous, et que leurs manières ne conviennent pas, non ?

Eden Reader

Or, contrairement à ce qu'Antoine Gallimard revendique, en France, les lecteurs ne sont pour rien dans l'établissement du marché, sinon, ils obtiendraient gain de cause du prix de vente des livres numériques. Et c'est justement ce que l'éditeur ne souhaite pas. « Car si l'éditeur ne maîtrise pas les prix, il perd sa vision du marché et ne contrôle plus son usage. Un prix papier est fixé par l'éditeur, mais si on entre dans le système iBookstore, on se retrouve obligé de vendre ce livre à ce prix moins 20 %. Et c'est sans concession, puisque c'est imposé par le contrat. »

Raison pour laquelle Gallimard a préféré opter pour des applications vendues seules, et non par le biais de l'iBookstore. Et pas seulement : Gallimard veut véritablement venir jouer à Amazon ou Barnes & Noble, en instaurant son application sur les appareils d'Apple. « C'est ce qu'on cherche à faire avec notre Eden Reader. Cette librairie numérique existe déjà sur PC. Son utilisation est simple. Une fois son compte créé, le lecteur choisit dans la librairie numérique son livre. Il le télécharge sur PC. Il peut même le copier à six amis. Notre objectif est donc de rendre disponible Eden Reader sur iPad. » Bim. Tout est dit de la stratégie numérique. Lecture et accès au catalogue - tout en précisant que ce n'est qu'un jalon dans la grande chaîne. [NdR : Eden Reader est disponible sur l'AppStore depuis aujourd'hui]

Apple, ce grand (et nouveau) Satan - ou pas loin

Ce que reproche Gallimard, avec l'emploi contraint de l'ePub, ce sont les modifications qu'un lecteur peut apporter au fichier, tant en termes de police que de taille de caractère, et de tout ce qui fait du métier d'éditeur les grandes lignes. Un point de vue qui n'est pas anecdotique, loin de là. Finalement, que numérisation rime avec uniformisation peut en effet prêter à conséquences. Et pas des meilleures.

Avec iBooks, par exemple, on a l'impression de retrouver l'apparence du livre... « Mais tout cela est faux. Il y a toujours exactement six pages non tournées, peu importe où je suis dans le livre » , expliquait Verlyn Klinkenborg.

De là, le noble objectif d'Antoine : « La numérisation risque ainsi de dévaloriser le contenu. L'enjeu est donc de savoir quels seraient les moyens pour garder un confort de lecture tout en conservant l'esprit, le parcours d'un texte. »

En outre, Antoine note également les petits soucis de vie privée qui se poseraient avec iBookstore qui enregistre des éléments - tout comme le Kindle, d'ailleurs - sur les lectures et les choix d'achat. On reçoit alors des suggestions d'achats, simplement informatisés ; tout le contraire de ce que peut offrir une librairie traditionnelle, en matière de conseil et de prescriptions.

Oui, mais quand ce seront les lecteurs qui donneront leur avis ? La prescription se fera entre lecteurs, et sur cela il n'y aura plus rien à dire...

À côté de la plaque, le futur président

Oubliant complètement d'évoquer la fermeture complète de l'environnement Apple, tout comme c'est le cas pour Amazon et son Kindle, Antoine Gallimard se focalise sur des éléments tiers qui sont autant de dommages collatéraux. Et finalement, sur la question de l'ouverture des fichiers et du partage, se met le doigt dans l'oeil et rejoint pour le coup les politiques d'Apple ou d'Amazon.

Mais qu'on se rassure : dès lors qu'il sera élu président du SNE, il va « rapidement » régler la question du numérique, pour s'attaquer « aux nouveautés proposées par les livres papier ». Et surtout, ne pas oublier d'évoquer le marché des oeuvres orphelines - qui ne sont plus exploitées, et sur lesquelles Google lorgne. Évidemment, mais n'est-ce pas, du fait des éditeurs que ces oeuvres ne sont plus exploitées, ou que leurs ayants droit sont tombés dans l'oubli ?

Il serait en effet bon de proposer « à tous les acteurs du livre les mêmes conditions de vente », on peut se rassurer, le marché n'est pas prêt d'avancer en France.