Gallimard, éditeur de l'opportunisme

Clément Solym - 07.04.2011

Edition - Les maisons - gallimard - mercredis - littéraires


« Je suis très intéressé par votre nouveau projet de maison d'édition et j'espère qu'il en sortira quelque chose », disait Paul Claudel à son ami André Gide, en juin 1910 alors que celui-ci s’apprêtait à ouvrir un petit comptoir d’édition. Initialement, une entreprise modeste, produisant des ouvrages de luxe destinés à un public restreint de bibliophiles mais c’était sans compter sur la famille Gallimard…

Tandis que la première guerre mondiale éclatait, le petit Gaston se planquait, « se faisant si bien passer pour malade qu’il a fini par le devenir » nous dit Olivier Bessard-Banquy, spécialiste de l'édition et qui animait la soirée en compagnie d’Ariane Charton, auteure d’ouvrages sur le romantisme et de Lauren Malka, journaliste au Magazine Littéraire et evene.fr. Pendant la guerre donc, Gaston Gallimard membre de l’équipe depuis peu, a pris les commandes, profitant de l’absence des autres.


C’est ainsi qu’en 1919, l’entreprise prend le nom de Gallimard, qui en change radicalement la politique, afin de créer « une affaire très commerciale », selon ses mots. D’emblée, le ton est donné et les bonnes techniques aussi, puisque dès cette époque, « la maison Gallimard chaparde plus qu’elle ne découvre », nous dit Bessard-Banquy, « elle fait son marché dans les catalogues des confères et séduit les auteurs avec mille caresses pour les récupérer. »

Ce fut notamment le cas pour Louis-Ferdinand Céline ou encore Proust... mais ils sont nombreux.

Jolie morale, le Gaston !

On en apprend de belles sur l’opportunisme de la maison, presque brandi en étendard par notre universitaire, extasié devant l’ingéniosité de Gallimard, qui vole ses confrères, les écrase dès qu’il peut et produit en parallèle des ouvrages toujours de circonstance.

Durant la Première Guerr mondiale, beaucoup de choses sur la vie au front, et au cours de la Seconde, on passe à des titres plus « maréchalistes », nous dit Bessard-Banquy. Mais attention : « Ce n’était pas pour plaire à Vichy, mais simplement parce que cela se vendrait bien […] Gaston voulait seulement faire vivre sa maison. » On a senti une légère prise de position, mais soit.

Finalement, il était assez amusant de voir Bessard-Banquy défendre Gallimard avec beaucoup de tendresse et parfois une légère ironie, comme s’il eut s’agi de son propre enfant. Mais peut-être l’est-ce un peu, d’une certaine manière, puisque Olivier Bessard-Banquy est co-auteur de l’ouvrage Gallimard, un siècle d'édition, publié chez… Gallimard évidemment, qui célèbre le centenaire de la maison.