Gallimard : Vendre Casterman n'est pas exclu, après l'achat de Flammarion

Clément Solym - 06.07.2012

Edition - Economie - Antoine Gallimard - Flammarion - Casterman


Il a désormais remporté la mise, Antoine Gallimard, en parvenant à racheter les éditions Flammarion à l'Italien RCS MediaGroup. Une opération financière qu'il évoque dans un entretien accordé aux Échos, et qui passerait par une ouverture de capitale de 10 % de la holding Madigall, qui dispose de 98 % du groupe d'édition. 

 

 

 Antoine Gallimard, Crédit ActuaLitté

 

S'il parle d'une « magnifique opportunité », Antoine Gallimard n'en a pas moins conscience qu'il lui faudra faire un joli chèque, pour que sa société devienne le troisième plus important groupe français, avec en tête Hachette Livre et Editis. Flammarion et Gallimard, ce sont 253 millions € et 278 millions € de chiffre d'affaires, et désormais, un groupe-monument, dans. On y retrouvera tout à la fois les plus grands noms de la littérature française et étrangère, mais également les monstres sacrés de la BD - Hergé, Bilal ou Hugo Pratt. 

 

La vente va se faire à 251 millions €, ce qui représentera 234 millions pour la maison Gallimard. Pour l'heure, l'autorité de la concurrence n'a pas encore donné son feu vert, et ce n'est qu'en septembre que l'opération devrait se concrétiser. Pour autant, le plan de financement, qui intervient après six mois de course de longue haleine, est bien rodé.

 

« Je financerai un quart des 230 millions d'euros en cash, et les trois quarts par dette bancaire, apportée par BNP Paribas et Natixis, qui cherchent maintenant à la syndiquer », explique le PDG. « Je réfléchis aussi à ouvrir le capital de Madrigall, la holding qui détient 98 % du groupe Gallimard, à hauteur de 10 % environ. » Le Fonds stratégique d'Investissement (FSi) a également été sollicité, et d'autres investisseurs pourraient apparaître à l'avenir. 

 

Mais on ne vend pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué : « Il est vrai que c'est un pari, alors que le secteur de l'édition est mature et que son évolution, avec l'arrivée du numérique, reste incertaine. » 

Depuis « la magie Harry Potter », Antoine Gallimard est parvenu à racheter les parts minoritaires de Madrigall, alors qu'il avait sollicité un prêt de 100 millions € pour y parvenir.

 

Le remboursement ne doit rien à la sorcellerie, mais bien plutôt au carton des ventes. Ce n'est toutefois pas avec les ventes numériques que cela aurait pu être possible.  « La traduction française n'a pas été vendue. C'est d'ailleurs la nôtre que l'on retrouve sur le site de Mme Rowling. Nous percevons un pourcentage, pas très élevé, sur les ventes », expliquait Antoine Gallimard à ActuaLitté. (voir notre actualitté)

 

Mais si la maison Flammarion était au coeur de l'opération, reste que la BD, pourtant un genre toujours en vogue, et qui s'en sort plutôt bien, n'aurait pas les grâces du patron. La vente de Casterman, la maison d'édition BD n'est pas exclue, pour faire face aux échéances, précise le patron. Une question qui ne se pose manifestement pas pour les livres de poche, puisque J'ai Lu et Folio, appartement à Flam' et Gall' devraient cohabiter, selon le cri d'amour de la grenouille. 

 

Les équipes de leur côté, n'auraient pour le moment rien à craindre. Refusant de « casser cette belle entreprise », Gallimard assure que Teresa Cremisi, la patronne de Flam' et les employés resteront à leur poste. Pas de compression de personnel, donc. Mais l'intention réelle de regrouper les deux entités pour leur donner une force de groupe complète. 

 

Côté distribution, ce sera autre chose : les deux sociétés ne fonctionnent pas sur les mêmes modèles d'outils informatiques, et quoique les deux structures tournent, il faudra harmoniser. Et pas la TVA. 

 

Enfin, la question des 27 % d'Actes Sud, que possède Flammarion pourra se poser. Les actionnaires « qui ont un droit de préemption sur cette participation en cas de changement de contrôle de Flammarion », pourraient tout à fait décider de racheter la participation au capital dont dispose Flam'. Serein, Antoine assure que ce ne sera pas considéré comme un geste hostile...