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Gawsewitch continue la bataille de la paternité contre Starbuck

Clément Solym - 19.09.2012

Edition - Justice - plagiat - démonstration - Starbuck


Les éditions Gawsewitch viennent de nous confirmer avoir déposé auprès du tribunal de grande instance de Paris une assignation au fond pour contrefaçon. Elles demandent trois millions d'euros aux producteurs du film Starbuck, qu'elles estiment largement inspiré, pour ne pas dire plagié, de Spermatofolie, un ouvrage de Guillaume Cochin publié en 2007.

 

 

Dès la fin juillet, l'éditeur faisait part de son intention, sans rien cacher des motivations qui l'animait : « beaucoup de choses se recoupent entre le livre et le film » expliquait-on à ActuaLitté, pour justifier « une procédure judiciaire, avec mise en demeure ». Ce qui restait à faire pour les éditeurs, c'était à peu près tout : démontrer que les péripéties du film étaient bel et bien un simple repompage de la trame du livre de Guillaume Cochin. (voir notre actualitté) Pas évident, d'autant plus que l'histoire s'inspire de faits réels...

 

Du côté de la maison de production et de Ken Scott, le réalisateur du film, ont fait surtout valoir cette dernière source d'inspiration, plutôt que Spermatofolie : « J'ai reçu hier un courrier électronique d'un avocat me demandant les coordonnées du nôtre et m'informant de la plainte. J'ai contacté Ken [Scott] et Martin [Petit], qui m'ont dit n'avoir jamais entendu parler de ce gars-là ou de ce livre-là avant-hier, ni même de leur vie. Chaque fois qu'on fait un film à succès, Goon par exemple, on reçoit ce genre de choses », expliquait André Rouleau, réalisateur du film, en juillet dernier à Canoë

 

Ce qui n'a pas convaincu la maison d'édition française, qui porte l'affaire devant le Tribunal de Grande Instance, pour contrefaçon.

 

L'idée, le livre, l'idée du livre puis le film et l'idée du film

 

L'avocat de l'éditeur, sollicité par ActuaLitté, nous répond point à point : « Le propre d'une action en justice est d'apporter une réponse quant aux faits de contrefaçon allégués. En tout état de cause, l'idée originale du livre est le centre du film. L'évolution de la psychologie du héros une fois qu'il a connaissance de ses multiples paternités est similaire, de même que les réactions des "enfants" à son égard. Enfin, les dommages-intérêts ont été calculés en fonction du nombre d'entrées en France, de ses possibles évolutions à l'étranger (notamment du remake hollywoodien annoncé) et des prix que le film a déjà obtenus. »

 

Mais, comme le veut le droit français, seule l'expression est protégée par le droit d'auteur, et non l'idée : aux éditions Gawsewitch de prouver que « l'oeuvre québécoise a reproduit une partie importante de la forme d'expression de l'oeuvre française », souligne Claude Brunet, avocat québécois spécialisé dans la protection du droit d'auteur. Et pas seulement l'idée générale.

 

Ce qui se trame n'est pas forcément illégal

 

Même l'argument de la trame similaire, pour Me Brunet, n'est pas forcément valide : « La difficulté à laquelle ils feront face est que, en droit d'auteur, et que l'on soit en France ou ailleurs, le principe est que "les idées sont de libre parcours".  Le droit d'auteur ne protège pas les idées mais les formes d'expression.  La même idée peut donc se retrouver licitement exprimée dans deux oeuvres différentes dont la coexistence ne sera pas empêchée par le droit d'auteur. » Et l'homme de loi de nous citer Roméo et Juliette et West Side Story en guise d'exemple (un peu biaisé, toutefois, car Shakespeare était mort bien avant l'écriture du scénar').

 

Dans notre librairie, avec Decitre

En somme, le tour de force des avocats de Gawsewitch, que l'on souhaite particulièrement remontés pour leur bien, consistera en une démonstration « que les défendeurs ont pu avoir accès à l'oeuvre préexistante et que les similitudes entre les deux oeuvres sont telles qu'elles ne peuvent pas s'expliquer autrement que par la copie ».

 

Piquer les recettes, ce n'est pas spermis !

 

Et encore, précise Claude Brunet, « ils ne pourront pas compter sur plusieurs similitudes qui relèvent simplement de la logique de l'histoire et que l'on nomme les "scènes à faire". Tous les auteurs vous diront que les personnages ont leur vie propre et que les auteurs se laissent guider par leurs personnages. Deux auteurs indépendants peuvent donc facilement arriver aux mêmes rebondissements ou aux mêmes dénouements sans jamais avoir eu connaissance de l'oeuvre de l'autre. »

 

Mais personne ne se contentera d'un status quo, chacune des deux parties ayant à coeur de protéger le gros pactole sur lequel elle est assise, ou pourrait être assise : le box-office du film de Ken Scott est confortablement pourvu, et se paie le luxe d'être toujours diffusé en salles.

 

Hollywood, Cinecitta et Stéphane Meunier - pour la France - s'attellent à des remakes en série, ce qui n'amuse par tellement l'éditeur original : « Au moment de la parution du livre en 2007, nous l'avions envoyé à nombre de producteurs en vue d'une adaptation. Ils avaient tous boudé le roman ! »