Gaza : il constitue la première bibliothèque de livres en langue anglaise

Antoine Oury - 01.03.2017

Edition - International - Gaza bibliothèque - Gaza livres anglais - Mosab Abu Toha


Mosab Abu Toha, 24 ans, est convaincu d'une chose : les livres l'aident chaque jour à prendre de la distance avec sa propre existence, tout en lui fournissant une acuité particulière pour l'analyser. Car Mosab Abu Toha vit à Beit Lahia, dans la bande de Gaza : depuis quelques mois, il s'efforce de constituer une bibliothèque de livres en langue anglaise, pour tous ses concitoyens.

 

via la page Facebook Library & Bookshop For Gaza

 

 

Au milieu des ruines d'une partie de son université, Mosab Abu Toha tient un livre ouvert et porte un t-shirt sur lequel on lit « Whatever » (« Peu importe »), comme pour rappeler que le savoir contenu dans l'ouvrage résiste à tout, ou presque. En effet, d'après un sondage mené en 2016 par le Palestinian Museum de Birzeit, 21 bibliothèques ont fermé ces dernières années, et 7 ont été détruites lors de l'assaut israélien de 2014, sur les 41 établissements de lecture publique que comptait le territoire de Gaza.

 

La plupart des bibliothèques encore ouvertes ont considérablement réduit leurs horaires d'ouverture, et leur fonds n'est plus vraiment à jour.

 

Si les ouvrages en langue arabe ne sont déjà pas courants, ceux en langue anglaise sont carrément introuvables, et difficiles à acheminer jusqu'à Gaza. Mosab Abu Toha s'est mis en tête de monter une bibliothèque de livres en langue anglaise après avoir récupéré une anthologie de littérature américaine dans des décombres.

 

« Quand je vais dans une libraire ou une bibliothèque, je trouve rarement des livres en anglais, surtout les livres écrits par Edward Said ou Noam Chomsky, autant d'intellectuels qui écrivent en anglais », souligne Mosab Abu Toha. Lui-même disposait d'une petite collection d'ouvrages en anglais, et il a lancé sur Facebook une page intitulée « Library & Bookshop For Gaza » pour les partager.

 

La générosité de lecteurs du monde entier

 

Son idée a été très bien accueillie, et Mosab Abu Toha cherche désormais un espace pour installer sa bibliothèque, et pourquoi pas une librairie : il collecte des dons en provenance du monde entier, sous forme de livres ou de financements. Et non des moindres, puisque Noam Chomsky lui-même a répondu à son appel en lui faisant parvenir quelques livres dédicacés. « C'est une idée formidable. J'ai envoyé quelques livres, et j'en récupère d'autres en ce moment », confie l'intellectuel à Al Jazeera.

 

L'objectif de sa bibliothèque est de proposer une échappatoire aux habitants de la bande de Gaza, mais aussi de leur fournir des clés pour comprendre le monde — dans un territoire en guerre, le risque de s'isoler est grand. « Les livres sont extrêmement importants. Ils nous font découvrir d'autres cultures, d'autres modes de pensée, comment communiquer avec les autres, comment les comprendre », explique Mosab Abu Toha.

 

Dans l'espace qu'il compte ouvrir, Mosab Abu Toha souhaite organiser des rencontres et des conférences. Sur Facebook, il publie de temps en temps ses propres textes et poèmes, et incite chacun à faire de même. « Le langage, c'est ce qui nous rend humains. Nous avons tous le langage, nous communiquons notre pensée, il y a donc quelque chose de commun entre nous tous. Les livres. »

 

Mosab Abu Toha tient, jour après jour, le journal de son projet sur le site web Library For Gaza, qui détaille aussi les modalités pour effectuer des dons.