Génération enragée : partie trois, Mériter

Clément Solym - 01.02.2012

Edition - Les maisons - génération enragée - education - société


Au mérite, d'autres cultures ont réussi à bâtir des empires. Voilà ce qu'il nous manque : la considération du mérite, une forme de philosophie méritocratique. Pas étonnant, dès lors, que la seule ambition de ma génération ait été la stabilité de l'emploi de fonctionnaire.

 

Au mérite, des gens ont démontré qu'ils n'avaient pas besoin de diplôme, ce bout de papier qui représente le passeport pour la "réussite". Ils ont travaillé dur, ont prouvé leur motivation, se sont plantés, ont recommencé et ont réussi. Mais dans un pays où ambition et arrogance sont si souvent confondues, nous avons l'impression de combattre des moulins à vent. Désolé d'avoir l'arrogance de l'ambition et de ne pas vouloir me satisfaire de mon sort… et désolé, aussi, qu'elle nous pénalise parce que nous nous interdisons de penser en grand. Quel mal y a-t-il à vouloir réussir, au fait ?

 

Texte de Jiminy Panoz,

publié par Studio Walrus

 

 

Je ne tomberai pas pour autant dans la caricature de l'assistanat. Il me semble seulement qu'un déséquilibre meurtrier nous handicape. Les plus méritants ne récoltent que les blâmes, pas les récompenses.

 

Force est de constater que l'égalité des chances est un grand leurre philosophique qui se complaît dans notre système aux failles béantes. Les parents vont jusqu'à louer des appartements pour que leurs enfants soient scolarisés dans les lycées les plus réputés. Les écoles privées ont une réputation en béton alors que certains profs, qui y sont employés, ont échoué aux concours du public. Nous ne savons que faire de nos ZEP sinon y envoyer des "tout-justes nominés" qui ne résistent pas à la pression psychologique, dans bien des cas. Quant aux diplômes universitaires, certains ne valent rien, comme vu précédemment.

 

Alors, nous attribuons les bourses pour faire comme si. Les élèves les plus prometteurs ne touchent pas plus que ceux qui sont là sans savoir pourquoi. D'autres iront emprunter de l'argent pour financer leur formation. Or, combien se sont retrouvés dans des situations difficiles, à devoir accepter de travailler sous le statut d'auto-entrepreneur afin que l'entreprise n'ait pas à payer de charges sociales ? Combien se sont retrouvés avec un salaire sans commune mesure avec ce qu'on leur avait promis ? Combien se sont retrouvés au SMIC parce qu'on n'avait rien à leur proposer dans leur domaine de compétences ?

 

Nos aînés ne comprennent pas, ils n'ont pas connu ça. Ils financent nos études à fonds perdu et voient les autres échouer autant que nous. Certains s'en émeuvent, d'autres nous stigmatisent. Nous échouons donc nous ne pouvons être que des fainéants assistés qui méritons notre malheur.

 

Et si on attribuait les bourses au mérite ? Et si on acceptait de capitaliser sur les forces les plus prometteuses ? Je sais que cette idée semble douloureuse, surtout pour certains parents, mais investir sur l'excellence est-elle une idée si inconcevable ? Croyez-moi, cette douleur-là, ils finiront par la ressentir quand même, en voyant leurs enfants gâcher leurs capacités parce que personne ne leur laisse leur chance ou que les postes vacants sont trop rares. Il faut aussi dire que, pendant des années, on nous a brandi le métier manuel comme un métier sous-intellectualisé.

 

Ne vous méprenez pas, je ne parle pas de sélection forcée. Je parle de donner les meilleurs outils pour mesurer les compétences, centres d'intérêts et orienter selon les capacités. Charge, ensuite, au jeune de prendre la décision finale.

 

Méprisons les jeunes, refusons d'investir convenablement, considérons-les comme des incapables, et nous nous donnons toutes les chances de voir notre pays s'écrouler dans un avenir proche.

 

Mais le mérite ne doit pas seulement s'installer dans les politiques de l'État. Le mérite doit également s'imposer dans le privé. Bien sûr, il ne doit pas être le seul facteur à prendre en considération, mais il doit devenir un facteur majeur. Combien de nos parents se sont vu voler une promotion alors qu'ils ne comptaient pas leurs heures et travaillaient dur, quand il aura suffi à d'autres d'entretenir les bonnes relations pour être récompensés ?

 

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Ou s'enrager un peu plus....

 




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