Génocide arménien : une pétition turque pour des excuses publiques

Clément Solym - 09.12.2008

Edition - Société - génocide - Arméniens - Turquie


L'un des plus lourds tabous de la société turque a été largement franchi par plusieurs auteurs qui, accompagnés d'universitaires, ont présenté des excuses publiques pour le génocide arménien, perpétré par les forces ottomanes, durant la Première Guerre mondiale.

Ils ont d'autre part invité la population turque à signer une pétition en ligne pour témoigner de leur sentiment. On peut y lire ce qui suit : « Je ne peux, en mon âme et conscience, accepter le désastre que les Arméniens ont subi en 1915, et le déni. Je rejette cette injustice et agissant de ma propre volonté, je partage les sentiments et la souffrance de mes frères et soeurs arméniens, et je m'excuse auprès d'eux. »

Les auteurs de ces mots prennent des risques considérables : la Turquie a toujours nié que 1,5 million d'Arméniens aient pu mourir au cours de ce massacre, réfutant les preuves apportées par les historiens. Et cette pétition a été immédiatement perçue comme une trahison, et une « insulte à la nation turque ». Fait géopolitique intéressant, les deux pays tentent actuellement de se rapprocher l'un de l'autre, bien que les contacts soient encore très loin d'être amicaux.

Selon l'un des instigateurs de cette pétition, les Turcs doivent s'excuser avant d'être à même de reprendre le dialogue avec l'Arménie. « Aujourd'hui, de nombreuses personnes en Turquie, pourtant bien intentionnées, sont convaincues que rien n'est arrivé aux Arméniens », explique le professeur Cengiz Aktar. L'histoire officielle ayant déformé la réalité, la relayant à un incident mineur, pour nombre de Turcs, il s'agit d'une perte mineure, due à la Première Guerre mondiale.

En réaction, les nationalistes ont vivement protesté et demandent l'arrestation des dissidents. L'article 301 du code de la loi pourrait en effet intervenir, en sanctionnant ces personnes qui agissent contre l'identité turque, comme le déplorait le Nobel de littérature, Orhan Pamuk.