Génocides : le texte adopté complique les relations France-Turquie

Clément Solym - 22.12.2011

Edition - International - Turquie - France - génocide


La situation est compliquée depuis plusieurs heures... Aujourd'hui, les députés français viennent de voter la proposition de loi portant sur la négation des génocides, incluant celui des Arméniens, en 1915. Au moment où les députés passaient au vote, des milliers de manifestants s'étaient retrouvés devant l'Assemblée nationale.

 

C'est que la Turquie avait prévenu : pas de ça, et pas de vote qui aille dans le sens d'une reconnaissance du génocide arménien, toujours nié dans le pays. Selon les propos de la loi, on parle d'un an d'emprisonnement et de 45.000 € d'amende en cas de négation publique de tout génocide en France. Jusqu'à lors, seul celui des juifs durant la Seconde Guerre mondiale était reconnu en France. Celui de l'Arménie s'ajoute donc, avec de vives réactions turques. 

 

En effet, ce qui n'était qu'une menace est devenu une réalité : la Turquie a rappelé son ambassadeur en France. Une manière pour Ankara de montrer sa désapprobation, alors que le premier ministre, Recep Tayip Ergodan, a évoqué, par le vote de cette loi, l'ouverture de « plaies irréparables ». Le vice-premier ministre, pour sa part, estime que l'on fait face à « une trahison de l'histoire et des réalités historiques », sur Twitter, comme le rapporte l'AFP.

 

 

Une dégradation des relations qui ne met pas particulièrement à l'aise le ministère de la Culture où l'on évoque « un climat émotionnel particulièrement tendu ». Entre juillet 2009 et mars 2010, la Saison de la Turquie en France avait battu son plein et assuré les deux pays d'une collaboration culturelle riche. « Nous souhaitons que les relations culturelles ne soient pas rompues », évoque une source ministérielle, « mais avec le rappel de l'ambassadeur, la situation se complique ». 

 

Surtout que les instances françaises tentent de faire valoir des accords des deux côtés de la Méditerranée, que ce soit en Tunisie, en Grèce, ou encore à Chypre ou au Liban, dans le domaine de l'édition, entre autres, nous précise-t-on. « Nous avons eu une politique de soutien et d'échange dans différents secteurs culturels, le livre en fait partie, dans une certaine mesure. » Et d'évoquer notamment le plan d'aide à la publication, un soutien à la parution et la traduction d'ouvrages représentatifs de la culture française. (voir le site internet)

 

Libraires, auteurs et éditeurs peuvent ainsi profiter de ce soutien, sous la forme de bourses de séjours en France pour un à trois mois, proposées pour des traducteurs.

 

Les relations sont pour le moment compliquées, de par le vote de cette loi, et pour conclure, « les téléphones entre ministères et ambassades vont sûrement sonner toute la nuit ».