George Clooney a remplacé Norman Mailer : les écrivains en berne

Clément Solym - 30.09.2012

Edition - International - Salman Rushdie - Norman Mailer - écrivains


Avec lui, on ne sait plus très bien comment va tourner une interview. L'auteur britannique vient de publier ses mémoires, racontant dix années de fatwa et de clandestinité. Mais il pose aussi un regard froid sur le monde contemporain, sur la littérature et les dernières révolutions. Depuis Londres, il raconte à l'agence Reuters quelques-unes de ses meilleures anecdotes, à l'occasion d'une rencontre dans la librairie Waterstones.

 

 

 

 

Et pas de répits :  « J'ai le sentiment que la littérature est moins importante. Si vous regardez l'Amérique, par exemple, il a une génération plus ancienne que la mienne dans laquelle des écrivains comme Susan Sontag et Norman Mailer, ou Gore Vidal avaient une influence significative sur le public dans les questions quotidiennes. Maintenant, il n'y a pratiquement plus d'auteurs pour cela. »

 

Et en lieu et place des plumes, ce sont les acteurs qui prennent le micro. « Vous avez des stars de cinéma qui le font : si vous êtes Georges Clooney ou Angelina Jolie, alors vous avez la possibilité de parler de questions d'intérêt public... Et les gens vous écoutent comme ils auraient écouté Mail. C'est un réel changement. »

 

Et peut-être même une preuve de la déréliction des figures littéraires : selon Rushdie, dans les pays au pouvoir politique oppressant, la situation est différente de ce que vit l'Occident. Et la littérature, comme ceux qui la font, ont conservé un pouvoir auprès du public. « Dans ces endroits, la littérature continue d'être importante, comme vous pouvez les voir après les mesures prises contre les écrivains », poursuit-il, avec la Chine à l'esprit. 

 

D'un autre côté, l'Occident ne se résume pas à l'Amérique du Nord, mais cette analyse serait probablement valable pour l'Europe en général, et la France en particulier...

 

Pourtant, c'est bien dans les questions de liberté d'expression et de respect de la foi que Rushdie se reconnaît encore et toujours. Alors que la France a vibré de ces couvertures dans Charlie Hebdo, Rushdie considère que les politiques sont écartelés par cet enjeu. L'écrivain entretient la flamme de cette liberté de parole, quelle que soit la provocation qui en jaillit. « Qu'est-ce que la liberté d'expression, si les gens sont d'accord avec vous ? » 

 

Évidemment, ses Versets sataniques sont devenus un cas d'école dans le domaine et à ce titre, il défend une vision d'entente et d'apaisement entre musulmans et non-musulmans, mais à dans un avenir lointain. « Je suis moins optimiste à court terme, parce que je pense que la température est très élevée, mais à moyen et long terme, je pense que l'on assistera à un changement. Dans les pays où le radicalisme islamique a été le plus puissant, il est aussi le plus haï. De même que les Iraniens n'ont pas adoré le régime des ayatollahs, de même les Afgans n'ont pas aimé les talibans. »  

 

À ce titre, les révolutions et les printemps arabes, s'ils ont échoué, sont des marqueurs forts d'une lutte pour une société libre, et d'une volonté qui ne disparaîtra pas. « Je pense que dans le futur, vous devez vous attendre à ce que cette jeune population arabe exige une meilleure vie pour elle-même, et fasse connaître son point de vue. Et je pense que nous n'avons pas encore entendu la dernière de ces revendications. »

 

Son autobiographie est publiée chez Plon, traduite par Gérard Meudal.