George Orwell et la politique des drones de la Maison Blanche

Julien Helmlinger - 09.02.2013

Edition - International - Politique des drones - Terrorisme - Barack Obama


Aux Etats-Unis et dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamiste, l'administration Obama s'est arrogé le droit de tuer quiconque menacerait la sécurité américaine, via l'usage de campagnes de drones lancés depuis les bases secrètes américaines à travers le globe. Et tandis que la chaîne NBC a mis en ligne un livre blanc, non classifié, mais resté jusqu'ici confidentiel et servant de base légale à la présidence, le flou juridique qui en émane suscite la controverse depuis ce lundi. Et le visionnaire George Orwell, qu'en aurait-il pensé ?

 

 

 Crédits : International Security Assistance Force (ISAF)

 

 

L'écrivain britannique, prophète de 1984 ou encore La ferme des animaux, n'aurait sans doute pas pris parti pour l'administration Obama au sujet de la polémique actuelle. Dans son essai Politics and the English Language, George Orwell écrivait déjà :

 

A notre époque, le discours et l'écriture politique consistent en grande partie à défendre  l'indéfendable. Des choses comme la poursuite d'une domination britannique en Inde, les purges russes et les déportations, le largage des bombes atomiques sur le Japon, peuvent en effet être défendues, mais seulement par des arguments qui sont trop brutaux pour que la plupart des gens soient en mesure d'y faire face, et qui ne cadrent pas avec les buts avoués de partis politiques.

Ainsi le langage politique doit être composé en grande partie d'euphémisme, de pétition de principe et d'un pur flou nuageux. Les villages sans défense sont bombardés de l'air, les habitants chassés dans la campagne, le bétail mitraillé, les huttes incendiées avec des balles incendiaires: cela s'appelle la pacification. Des millions de paysans sont privés de leurs exploitations, envoyés cheminer le long des routes et qui n'ont pas plus qu'ils ne peuvent transporter : c'est ce qu'on appelle le transfert de la population ou une rectification de frontières. Les gens sont emprisonnés depuis des années sans procès, abattus d'une balle dans la nuque ou envoyés à la mort du scorbut dans les camps de bûcherons de l'Arctique : c'est ce qu'on appelle l'élimination des éléments peu fiables.

 

Et de la même manière, le fumeux livre blanc stipule que la Maison Blanche peut cibler des citoyens à partir du moment où ils sont « des dirigeants supérieurs et opérationnels » d'al-Qaida ou d'autres organisations affiliées et s'ils font courir « un danger imminent » aux États-Unis. Le pouvoir est immense, et non contrôlé par le Congrès. 

 

Si le programme de drones, impulsé par le futur patron de la CIA John Brennan (en attente de confirmation par le Congrès), a sans doute montré une certaine efficacité dans la guerre contre le terrorisme, reste des questions en suspens. Quelles sont les preuves nécessaires à la présidence pour décider qu'un citoyen peut être tué par un drone ? Qui prend la décision finale ? Quelles sont les limites géographiques du programme ?

 

Alors que pour les élus américains l'annonce de la transmission des mémos juridiques constituerait un premier pas, positif, un certain malaise règne dans les médias face à un cadre légal brumeux et qui ne semble pas compatible avec la Constitution américaine ni le droit international. Et ce précédent pourrait pourtant redéfinir les limites de l'usage de la force par les gouvernements et être mis en pratique à l'avenir par d'autres pays.

 

Big Brother vous regarde toujours, et désormais, il a les yeux revolver et le regard qui tue.