Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Gestion des flux : “Les libraires sont beaucoup plus attentifs à leurs retours”

Cécile Mazin - 16.12.2016

Edition - Librairies - gestion flux stocks - librairie commandes livre - formation libraire gestion


Pour la librairie, le contrôle des flux de livres au sein de l’établissement est crucial. Depuis la visite des représentants, jusqu’à la vente au lecteur, en passant par la maîtrise du fonds, la gestion des stocks peut devenir un casse-tête. Michel Deshors, Directeur du pôle formation de Book Conseil, revient avec nous sur ces enjeux.

 

Librairie Le Comptoir des Lettres - Paris 13e

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

ActuaLitté : En quoi consiste spécifiquement cette formation ?

 

Michel Deshors : L’objectif majeur est d’apporter une méthodologie ainsi et d’installer les bons réflexes dans la routine du libraire pour atteindre une bonne gestion au quotidien de son stock. Ou comment assurer à la librairie une rotation qui supprimera ou limitera les besoins en fonds de roulement, c’est-à-dire de trésorerie ? 

 

Toute action de chaque jour, d’achat, de vente, de retours d’analyse et de management y contribue, dans un sens ou dans l’autre. Une importante majorité des interventions qui me sont demandées par des libraires conduisent à constater une gestion des stocks aléatoire.

 

Je considère donc que cette formation est primordiale et fondamentale. Un flux bien appréhendé rend le libraire heureux.

 

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Comment ont évolué les politiques de retours ces dernières années ?

 

Michel Deshors : Les libraires sont beaucoup plus attentifs à leurs retours même si cela leur semble fastidieux. De nombreux progrès sont encore à réaliser. Mais les libraires sont désormais plus réactifs, attendent à peine les 3 mois autorisés par les diffuseurs pour prendre la décision en toute ou partie de la pile qui s’endort sur la table de nouveautés.

 

Le taux moyen est actuellement d’environ 25 %, ce qui est normal et raisonnable. Qui peut appréhender sans risque 700 000 titres disponibles et 70 000 nouveautés par an ? Et un libraire sait et doit prendre des risques, faute de quoi il enfermera son assortiment dans un ronronnement quelque peu léthargique.

 

Quels sont les points essentiels dans sa gestion de stock ?

 

Michel Deshors : Les voici dans « l’ordre d’apparition à l’écran »

  • Les achats, en qualité et quantité, judicieux et adaptés à la clientèle du magasin
  • Les retours appropriés
  • La vente, l’animation, la fidélisation la promotion
  • L’amélioration des remises
  • L’amélioration des échéances fournisseurs
  • L’amélioration de la rotation
  • La surveillance des stocks âgés

Toutes ces étapes, indissociables, contribuent au bien-être du stock… et du libraire. J’ai bien parlé d’étapes, parfois de montagne, mais pas de stations d’un chemin de croix.

 

Comment valorise-t-on son fonds ?

 

Michel Deshors : Si l’on parle de stock, il convient d’étudier différents points. Les ouvrages de moins d’un an de présence et y déceler les éventuels doublons ou triplés qui pourraient s’avérer inutiles et être retournés. La très grande majorité peut donc être valorisée à son prix d’achat normal.

 

Les ouvrages entre un an et deux ans qui doivent faire l’objet d’une étude rigoureuse. Leur présence se justifie-t-elle ou pas ? Je pense personnellement, même si je sais que je vais faire sursauter certains, qu’une nette majorité de ces ouvrages sans vente depuis plus de 12 mois n’ont plus leur place dans la librairie et devront être retournés ou à défaut ne pas être valorisés.

 

Bien sûr les exceptions existent et peuvent être conséquentes dans des fonds spécialisés ou dans des collections indispensables. 

 

Et enfin, les ouvrages de plus de deux ans qui ne doivent pas être valorisés.

 

Retenons pour conclure cette réponse que des livres non vendus durant une longue période pénalisent la rotation en même temps que la trésorerie et prennent la place d’ouvrages qui mériteraient plus de visibilité dans la librairie.

 

Comment se comportent les nouveautés aujourd’hui ? On parle de durée de vie de 3 à 4 semaines…

 

Michel Deshors : S’il est vrai que la vie du livre est de plus en plus éphémère, il convient toutefois de différencier les thèmes. Les livres d’actualité (politiques essentiellement) répondent à cette définition. Mais ce n’est le cas, ni en littérature, ni en sciences humaines, ni en vie pratique, ni en BD, ni en jeunesse.

 

Il faut intégrer qu’en dehors des sciences humaines et de la BD, les nouveautés réalisent désormais plus de chiffres d’affaires que le fond. Est-ce dommage ?  Il est vrai aussi qu’un libraire averti ne laissera que peu de chance à une nouveauté qui ne « frémit » pas dans les premières semaines de commercialisation. Le retour sera alors très rapide et réduira plus encore la durée de vie de l’ouvrage.

 

On se souviendra enfin que Le petit prince de Saint-Exupéry, Vendredi ou la vie sauvage de Tournier ou encore L'Étranger de Camus sont toujours dans les meilleures ventes depuis des décennies ! Cela rassure un peu.

 

 

Formation Gestion des flux et des stocks par Book Conseil

 

 

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