Gezi : un gouvernement oppressif et autoritaire (Orhan Pamuk)

Nicolas Gary - 06.06.2013

Edition - International - Turquie - contestation - islamisme modéré


La situation de la Turquie a incité le prix Nobel de littérature, Orhan Pamuk, à intervenir dans les colonnes du site Hürriyet. Scandalisé par l'attitude du gouvernement turc, ce dernier condamne l'attitude des islamo-conservateurs, et salue l'admirable courage des manifestants. Il attaque principalement le cabinet du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan. 

 

 

 via @AuFilDuBosphore

 

 

La révolte, en Turquie, est partie de la défense d'arbres, menacés par un projet immobilier. Ce parc, situé au coeur de la ville d'Istanbul, allait être rasé pour laisser la place au projet que soutenait le gouvernement. Le texte, publié par Pamuk, a été repris dans le New Yorker, et doit également être repris dans différents médias internationaux. 

 

« Le gouvernement de M. Erdogan est oppressif et autoritaire », lance Pamuk, qui rappelle les affrontements entre la police et les manifestants, les jets de gaz lacrymogènes et les violences. Mais surtout, il se prend d'affection pour ces arbres, et ce châtaignier de cinquante ans, qui a fait démarrer toute la manifestation. Le même qui, en 1957, devait être rasé, pour participer à l'extension de la ville. « Avec mon oncle, mon père, nous sommes descendus dans la rue, et toute la famille, jour et nuit, a veillé sur l'arbre. »

 

Aujourd'hui, la situation se renouvelle et la Turquie n'a pas appris de ses erreurs, souligne l'écrivain. Le gouvernement, qui avait interdit la manifestation du 1er mai [NdR : pour la fête du travail], est au coeur du problème. Ses prises de décisions, autocratiques et unilatérales, sans même prendre en compte l'avis de millions de personnes, reflètent une attitude stupide, ajoute-t-il. « En regard des souvenirs de millions de personnes, dans ce parc », la décision hâtive du gouvernement Erdogan « est une grande erreur ». 

 

Et de conclure que cette ignorance du peuple « est la source d'une politique de plus en plus répressive et autoritaire, et de l'attitude désinvolte du gouvernement ». Pamuk, auteur plusieurs fois condamné par la Turquie, pour avoir reconnu le génocide arménien, publiquement, ne se fera pas des amis avec ces déclarations.

 

Or, même dans ces circonstances, la révolte et la solidarité le « remplissent d'espoir et de confiance, en voyant que les habitants d'Istanbul ne renonceront pas à leur droit de manifester sur la place Taksim, ni de renoncer à leurs souvenirs, sans combattre ».

 

Plusieurs auteurs turcs et des éditeurs ont apporté leur soutien à ces manifestations, dénonçant l'attitude du gouvernement turc. Voilà quelques jours, une bibliothèque s'est ouverte dans le parc que les manifestants tentent de préserver.

 

De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a tenu a assurer à son homologue américain, John Kerry, que la Turquie n'était pas une démocratie de seconde zone. Un message alors repris par les États-Unis, qui ont assuré leur soutien au gouvernement. Cependant, loin des commentaires du premier ministre, Bülent Arinç, le numéro deux du gouvernement, salue les revendications écologiques des manifestants. 

 

Selon lui, il importe de respecter les modes de vie de chacun des Turcs, au sein du pays, et il reproche à Erdogan de vouloir islamiser le pays. « Nous n'avons pas le droit ou le luxe d'ignorer le peuple, les démocraties ne peuvent pas exister sans opposition », précise Arinç.