Gibert Joseph ferme trois librairies : vers “un démantèlement” du groupe ?

Nicolas Gary - 23.05.2020

Edition - Librairies - Gibert Joseph - fermeture librairies Gibert - villes Gibert libraire


Selon les informations obtenues par ActuaLitté, la direction de Gibert Joseph a décidé la fermeture de trois librairies. Un processus enclenché qui préoccupe désormais les salariés. Présente dans une vingtaine de villes en France, l’enseigne a en effet semé le doute sur l’avenir d’autres établissements.

Gibert Joseph
 

Chez Gibert « on cultive le secret », nous glisse un salarié. La direction, que ActuaLitté n’est pas parvenue à joindre, n’y est pourtant pas allée par quatre chemins. « Au cours de la semaine, trois établissements ont été visités par la DRH. Nous avions été alertés par un email de notre direction qui ne faisait pas preuve d’un grand optimisme », nous indique-t-on. « À ce jour, pas plus d'éléments : il faut attendre les consultations avec les élus du personnel », répond-on au sein l'entreprise. Si elles peuvent avoir lieu...
 

Trois librairies sur le carreau


La direction a en effet demandé la mise en liquidation judiciaire pour les librairies d’Aubergenville, Chalon-sur-Saône, et Clermont-Ferrand. Soit près d’une trentaine de salariés concernés, sans possibilité de PSE. « Nous n’atteignons pas le seuil légal de 10 licenciements sur 30 jours consécutifs », explique la CGT. Dans cette perspective, aucun reclassement ni proposition d’alternatives.

« On nous laisse dans un marché de l’emploi sinistré et dans les mains de l’administrateur judiciaire. De la sorte, l’entreprise peut considérer que sa responsabilité sociale n’est pas engagée », témoigne un salarié. « Les “Gibert” auraient connu, comme toutes les autres librairies un trou d’air, et les difficultés financières engendrées par le Covid justifieraient alors ces mesures. »

Les audiences pour les librairies de Clermont et Chalon-sur-Saône sont fixées au 28 mai, celle d’Aubergenville n’est pas encore connue. 

« La logique a été de nous pointer que le monde du livre a vécu une situation compliquée, que nos magasins sont fragiles et avec une crise qui a accentué la situation », poursuit un membre du personnel. « La solution était prise pour le groupe, nous aurons accès à des indemnités de licenciement, il fallait donc l’accepter. »

Âpre, surtout en s’entendant expliquer que « nous sommes encore jeunes et qu’on retrouvera du travail. Certains ont beaucoup d’expérience, et à 50 ans, dans la librairie, cela n’a rien d’une évidence d’être réembauché ». 

La nouvelle intervient après que Richard Dubois, directeur commercial du groupe, a décidé de prendre sa retraite, en mars dernier.
 

“Gibert se dédouane”


La CGT, contactée par ActuaLitté, ne mâche pas ses mots, et parlerait même « d’un effet d’aubaine, avec le déconfinement. La direction de Gibert se dédouane totalement : ce ne sont pas eux qui prennent la décision des licenciements, puisqu’elle découlera de la conclusion de l’administrateur ».

Et d’ajouter : « La responsabilité de l’employeur est d'autant plus grande qu'aucune mesure n’a été prise, un tant soit peu significative, pour maintenir l’activité, malgré la volonté du personnel. »

La situation économique du groupe n’étonne pourtant personne : « La direction nous tient à l’écart de toute logique collective, et même sans vision d’ensemble, on sait que les librairies encaissent un léger déficit — pour les boutiques parisiennes tout du moins. »

Longtemps imaginée, l'arrivée d’un repreneur qui aurait signé un chèque pour l’ensemble du réseau serait alors balayée par celle « d’un démantèlement du groupe ? La réduction de la voilure semble conduire leur stratégie : fermer des librairies en province ; restructurer sur Paris, tout est possible. La logique économique du groupe, de toute manière, nous a toujours échappé ».

Rappelons qu’en novembre 2017, l’autorité de la concurrence avait approuvé le rachat de Gibert Jeune par Gibert Joseph, réunissant les deux enseignes sous un même pavillon. Et ce, après des années de séparation.


mise à jour 16 h :

La CGT vient de diffuser une réaction directe à cette annonce de fermeture des librairies. Nous la reproduisons ici dans son intégralité. Elle confirme les informations déjà communiquées par ActuaLitté.


La rumeur était vraie. Nous avons eu ce jour confirmation que les trois magasins Gibert Joseph qui n'avaient pas réouvert à l'issue de la période de confinement sont bien sous la menace d'une liquidation.

Nos collègues sont sous le choc après avoir appris la cessation d'activité à quelques jours de l'audience du tribunal du commerce qui scellera le sort des boutiques. Si la date n'est pas encore fixée pour Aubergenville, ce sera le 28 mai pour Chalon-sur-Saône et Clermont-Ferrand. Une trentaine de salariés sont concernés.

Nous n'avons pas de mots pour qualifier le procédé utilisé par la direction pour restructurer le groupe Gibert Joseph. Les collègues avec qui nous avons pu nous entretenir sont abasourdis. Profitant du confinement pour conduire dans le plus grand secret les démarches de liquidation, la direction, par l'intermédiaire du DRH, a annoncé cyniquement dans une seule et unique réunion pour chaque boutique que le magasin dans lequel nos collègues travaillent pour certains depuis plusieurs dizaines d'années ne rouvrira pas ses portes.

La brutalité de la démarche s'explique par la tentative de la direction de s'exonérer de ses responsabilités sociales en laissant le soin à l'administrateur de procéder aux licenciements sans que nos collègues puissent exiger du groupe Gibert Joseph une participation supra-légale à leurs conditions de départ. Aucune considération économique, de quelque nature qu'elle soit, ne peut justifier ces pratiques : dans la période actuelle, placer des salariés en situation de chômage dans des bassins d'emploi fragilisés en ne leur octroyant que les indemnités légales est proprement scandaleux.

Notre section syndicale ne pouvant agir légalement qu'au périmètre des magasins parisiens, nous souhaitons en premier lieu adresser à nos collègues toute notre solidarité. Nous comprenons mieux, dans la situation actuelle, le refus catégorique de mettre en place d'une représentation du personnel commune à l'ensemble des magasins du groupe.

La direction peut ainsi licencier trente personnes sans avoir l'obligation de mettre en place un Plan de Sauvegarde de l'Emploi. La section CGT Gibert Joseph et son syndicat, l'US CGT Commerce et Services de Paris appuieront sans réserve les revendications des collègues d'Aubergenville, Chalon-sur-Saône et Clermont-Ferrand.
 
 

mise à jour 28/05 :


Les tribunaux de commerce de Chalon-sur-Saône et Versailles viennent de se prononcer sur le sort des établissements de Chalon et Aubergenville. Si dans le premier cas, un délais d'un mois reconductible a été obtenu, le sort de la seconde librairie est définitivement scellé.

photo ActuaLitté, CC BY SA 2.0 - Gibert Joseph boulevard Saint-Michel, Paris

Dossier -  Liquidation, prudence, salariés : les librairies Gibert Joseph en question


Commentaires
C'est sur qu'avec cette réaction de la CGT, les éventuels repreneurs ne vont pas se précipiter.
sickle mouvement du personnel est possible, cela si les employés n'ont pas maison, je que là, il faut faire dès concessions. Cela sera de plus en plus nécessaire

FAUX, les Français lisent tjrs autant les liseuses n'ont pas eu de succès. shut eye raspberry
Gilbert jeune a toujours été une référence dans le quartier étudiant de saint michel, ce n'est pas un simple libraire mais un mythe culturel pour de nombreux étudiants qui se sont formés depuis des lustres de livres spécialisés universitaires, il faut sauver ce libraire, il a sa place depuis toujours dans ce quartier.
La réaction de la CGT devrait être quoi ? Applaudir ? Décidément certains ne connaissent rien au rôle d'un syndicat... Et que croit Scrooge ? Que cela lui coûtera moins cher le chômage des autres, plutôt que maintenir leur activité ? Lui ne comprend rien à l'économie.
Expliquez-moi comment une librairie qui touche 35% sur chaque livre peut décemment se plaindre en regard des 8/10 % de ce que touche l'auteur pourtant créateur d'au moins pour 70 % de sa valeur ajoutée, sinon le système d'intermédiaires qui taxe à tous les étages (taxes, loyers, charges...) toute création jusqu'à la rendre absurde et exsangue ? C'est donc un problème de vampirisation de la valeur ajoutée.
Rappelons quand même que l'éditeur, le grand vampire qui s'enrichit sur le dos des pauvres auteurs à qui il ne laisse que les miettes, paye 100 % du coût de conception et de fabrication du livre et ne touche qu'environ 20 % de son prix de vente.
Oui bien sûr, Drere, un livre ne coûte rien à produire à son auteur.

Il se pose un matin sur les toilettes, et paf, il le démoule.

Ce n'est pas des semaines, des mois de travail à temps plein.
Un livre demande du travail à son auteur, mais aussi à l'éditeur qui participe à la mise en forme du texte, au fabricant qui conçoit le format papier, à l'imprimeur qui l'imprime, au diffuseur qui démarche les librairies, au distributeur qui transporte les exemplaires, et au libraire qui les vends. Sans compter les graphistes, les commerciaux, les correcteurs... Tous ces gens travaillent à temps plein pour faire parvenir le livre chez le lecteur. Penser que l'auteur devrait toucher la part du lion et tous les autres membres de la chaîne devraient se contenter des miettes n'a rien de juste.
Personne ne prône ce que vous évoquez dans votre dernière phrase. Il est simplement question d'une meilleure répartition.

Et actuellement, les miettes, elles sont pour l'auteur. Vous évoquez à juste titre des gens qui travaillent à temps plein pour faire parvenir le livre au lecteur. Et c'est vrai.

C'est également le cas de l'auteur et étrangement, c'est très très souvent le seul qui n'en vit pas, n'est-ce pas.

Il y a là quelque chose qui, personnellement, me chiffonne. Le seul qui ne vit pas de son travail, c'est l'auteur. L'éditeur se rémunère et vit de son travail, le graphiste, le diffuseur, le distributeur, le libraire. Certains en vivent mieux que d'autres mais en gros, le seul qui, à moins de s'appeler Marc Lévy, bosse à côté, c'est celui qui produit le produit.

Après, ça me dérange peut-être parce qu'un roman me demande 4 à 6 mois de travail régulier et que je touche des clopinettes.
Rassurez-vous, le reste des prestataires de l'édition ne parviennent pas non plus à vivre des ventes de vos livres ; c'est en travaillant sur plusieurs centaines de titres par an qu'ils parviennent à se rémunérer.



Pardonnez-moi si j'ai mal interprété vos propos, mais vous disiez dans votre premier message que les auteurs produisaient 70
Vous jouez quand même sur les mots et visiblement sur les identités.

Je sais bien que les professionnels de l'édition ou les libraires ne vivent pas sur mes livres, c'est assez désobligeant et évidemment absurde de laisser croire que cela peut être mon propos. Ils ne vivent sur aucun auteur unique. Sauf qu'ils ont un travail, un vrai, qui les nourrit et qui est une étape de cette fameuse chaîne du livre. Tous. Trouvez-moi s'il vous plaît, un distributeur qui bosse en supermarché pour terminer son mois, un libraire qui est aussi livreur Uber ou autre...

En France, il y a, au niveau de la littérature de genre, la littérature populaire, une centaine d'auteurs qui en vivent. On compare avec le nombre d'éditeurs, de libraires, de distributeurs, de diffuseurs ?

Seuls les correcteurs sont encore plus mal logés que l'auteur.



Quant aux 70%, le pourcentage n'est pas de moi, je vous laisse échanger sur le sujet avec son auteur. Cela étant dit, j'ai quand même envie de souligner que sans auteur, pas de livre. Aucun, nicht, nada. Mine de rien. Après, avancer un pourcentage, je m'en garde bien.
Cela dit, tout ceci est hors-sujet et ne concerne pas l'hideux plan de licenciement de Gibert et je m'en voudrais de parasiter un sujet aussi important. Je brise ici.

Bonne continuation.
Il est triste d’apprendre qu’un commerce, peu importe son activité, employant des gens depuis longtemps ou depuis peu doive fermer ses portes... mais il est d’autant plus triste que la situation actuelle la force a le faire. Je ne pense pas que la direction soit heureuse d’annoncer cette nouvelle à ses salariés, peu importe la manière. Réfléchissez avant de dire des absurdités. S’ils avaient pu maintenir les emplois ils l’auraient fait, ça va de soi.
Abeille55, les faits prouvent tous les jours le contraire : on supprime souvent des emplois pour de très mauvaises raisons et en se contrefichant du sort des salariés.

Je vous conseille – sur un sujet élargi - de lire cet article économique : https://infiltres.fr/2018/04/22/le-lbo-quand-la-valeur-sen-va/

Il est écrit par « des infiltés » qui se présentent ainsi : « Nous appartenons à « l’élite ». Nous avons souvent fréquenté les mêmes écoles, les mêmes masters, nous évoluons dans les mêmes cercles et occupons une position sociale privilégiée. Tout cela aurait dû nous conduire naturellement à être les chevilles ouvrières dociles de la mise au pas néolibéral de la société française en cours depuis une quarantaine d’années. Et pourtant ce n’est pas le cas… Bien souvent en minorité parmi nos collègues et nos proches, nous sommes au contraire écœuré·e·s par la politique actuelle et le modèle de société qu’elle dessine… »
Il a l'air bien votre monde Abeille55, faudra nous dire comment y aller. Dans le vrai, un bon paquet d'entreprises se foutent de leurs travailleurs comme de l'an 40 et n'hésitent pas à délocaliser, à fermer, à "sauvegarder l'emploi"... pardon, à virer, pour engraisser les actionnaires.

D'ailleurs, la manière dont ça s'est déroulé à Gibert laisse à voir une grande philanthropie patronale, ça crève les yeux.
"S’ils avaient pu maintenir les emplois ils l’auraient fait, ça va de soi". c'est vraiment une remarque d'un autre monde… comme si la famille Gibert faisait partie de ces grands philanthropes qui s'intéressaient au sort de leurs salariés.
J'allait au gibert soseph de saint-germain-en-laye et il y avait du monde le magasin n'était jamais vide .j'espère Que vous allez pouvoir continué il ha des gens qui mettent des messages pas très gentils ceux là je les méprise !
Moi je vais chez gibert joseph à saint-germain-en laye et à chaque fois il y a du monde ! Ne baissé pas les bras manifester ! Ceux qui mettent des messages virulents ceux là je les méprisent !
Je connais bien le Gibert de SG en Laye, il grouille de monde. Mais le personnel a l'air au bout du rouleau. Alors est-ce dû aux conditions de travail...
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.