Gilets Jaunes : “la violence la plus alarmante” n'est pas dans les rues

Maxim Simonienko - 06.05.2019

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Dans une tribune parue le 4 mai 2019 dans le journal Libération, des « personnalités de la culture » ont tenu à apporter leur soutien au mouvement des Gilets Jaunes, présents dans les rues chaque samedi depuis le 17 novembre 2018. Des auteurs et comédiens comme Juliette Binoche, Emmanuelle Béart, Édouard Louis ou encore Alain Damasio reprochent au gouvernement de « discréditer et réprime[r] sévèrement [le mouvement] alors que la violence la plus menaçante est économique et sociale ».
 
(image d'illustration : Ella_87 - Pixabay License)
 
 

Ils parlent d'un mouvement « sans précédent dans l’histoire de la Ve République ». Ce « ils », ce sont aussi des Gilets Jaunes, et parmi eux se trouvent des artistes, des technicien·ne·s, des aut·eur·rice·s, et d'autres salariés des métiers de la ­culture. Qu'ils soient précaires ou non, ils veulent tous réclamer la même chose : « [U]ne démocratie plus directe, une plus grande justice sociale et fiscale, des mesures radicales face à l’état d’urgence écologique ».
 

La violence n'est pas dans la rue


Dans cette tribune, ils s'écrient tous à l'unisson : « Nous ne sommes pas dupes  ! » Ils désignent les rouages, les « ficelles » utilisées par le pouvoir pour mettre à mal le mouvement, en forçant le trait sur le racisme, ou l'extrémisme de certains de ses membres. Selon les « personnalités de la culture », ces dénonciations ne « colle[nt] pas à la réalité », car « la violence la plus alarmante » ne serait pas là, dans les rues.

Elle se trouverait du côté du gouvernement qui se tue à « défend[re] les intérêts de quelques-un·e·s aux détriments de tous et toutes ». Nous pouvons presque nous remémorer les lignes de Qui a tué mon père d'Édouard Louis, lorsqu’on lit que ces violences-là « marque[nt] les corps et les esprits de celles et ceux qui s’abîment au travail pour survivre ».

L'auteur de Qui a tué mon père (Seuil, 2018), avait déjà apporté son soutien au mouvement, en déplorant les traitements médiatique et politique de la violence observée à l'occasion des manifestations. « Ce mouvement doit continuer, parce qu’il incarne quelque chose de juste, d’urgent, de profondément radical, parce que des visages et des voix qui sont d’habitude astreints à l’invisibilité sont enfin visibles et audibles » assurait-il en décembre 2018.
 

Des lois anti-casseurs ou anti-libertés ?


De plus, les nombreux signataires de la tribune affirment que « rien ne justifie la mise en place d’un arsenal législatif dit “anticasseur” qui bafoue nos libertés fondamentales ». L'ensemble des mesures légales prises à l'encontre des débordements du mouvement chaque samedi empêcherait les Français d'exercer leur droit de ­manifester.

Les personnalités parlent d'un bilan recensant « 1 décès, 248 blessé·e·s à la tête, 23 éborgné·e·s, 5 mains arrachées chez les manifestant·e·s » sur l'ensemble des manifestations entre le 17 novembre 2018 et le 19 avril 2019. L'ensemble des signataires parle des violences policières françaises comme d'une « répression », une répression qui serait déjà condamnée par l'Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, l’ONU, l’Union européenne ou encore le Défenseur des droits.

Pour terminer, les salariés du monde de la culture ont également tenu à rappeler que, selon eux, le « gouvernement n’a cessé de reculer sur la question [écologique] » afin de mieux cacher le « désastre annoncé ». Malgré tout, les personnalités culturelles promettent qu'elles continueront à s'« indigner, plus fort, plus souvent, plus ensemble » en utilisant le pouvoir « des mots, de la parole, de la musique, de l’image, de la pensée, de l’art, pour inventer un nouveau récit et soutenir celles et ceux qui luttent dans la rue et sur les ronds-points depuis des mois ».
 

Voici l'ensemble des signataires de la tribune, à retrouver sur le site du journal Libération : Juliette Binoche, comédienne ; Emmanuelle Béart, comédienne ; Jeanne Balibar, comédienne, réalisatrice ; Swann Arlaud, comédien ; Bruno Gaccio, auteur ; Anne-Laure Gruet, actrice, réalisatrice ; ­Gérard Mordillat, romancier, cinéaste ; ­Annie Ernaux, écrivaine ; Edouard Louis, écrivain ; Stanislas Nordey, metteur en scène comédien ; Denis Robert, écrivain; Yvan Le Bolloc’h, chanteur, comédien ; Elli Medeiros, artiste ; Marion Montaigne, autrice de BD ; Gilles Perret, réalisateur ; Alain Damasio, écrivain ; Liliane Rovère, comédienne ; Jean-Claude Petit, compositeur, chef d’orchestre ; Anouk Grinberg, actrice ; Frank Margerin, auteur de BD ; Simon Abkarian, comédien ; China Moses, musicienne ; Alexandre Gavras, producteur ; Fanny Cottençon, comédienne ; Guillaume Brac, cinéaste ; Julien Seri, réalisateur ; Mireille Perrier, comédienne ; Alain Guiraudie, cinéaste ; Emile Bravo, auteur de BD ; Luis Rego, comédien ; Olivier Rabourdin, comédien ; Christian Benedetti, metteur en scène directeur ; Christine Boisson, actrice ; Jean-Pierre Thorn, cinéaste ; Sam Karmann, acteur réalisateur ; Anne Alvaro, comédienne ; Bernard Blancan, comédien réalisateur ; Xavier Durringer, auteur réalisateur ; Pierre Schoeller, cinéaste ; Florent Massot, éditeur ; Martin Meissonnier, compositeur, réalisateur ; Aline Pailler, productrice radio ; Stéphane Brizé, réalisateur ; Dominique Cabrera, réalisateur ; Jacques Bonnaffé, comédien ; Mariana Otero, réalisatrice ; Laurent Bouhnik, réalisateur ; David Hermon aka Cosmic, musicien ; Jean-Pierre Duret, ingénieur du son, réalisateur documentaire ; Blandine Pélissier, metteuse en scène ; Ludovic Bource, compositeur ; Niko Kantes (Sporto Kantes), musicien ; Robert Guédiguian, réalisateur producteur ; Ariane Ascaride, actrice.



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