Giunti achète Bompiani à Mondadori, éditeur historique d'Umberto Eco

Nicolas Gary - 04.10.2016

Edition - Economie - Giunti Editore Italie - maison édition Bompiani - Mondadori rachat RCS Libri


L’autorité de la concurrence italienne avait tranché : pour que le rachat de RCS Libri par Mondadori s’opère, ce dernier aurait à vendre certains actifs. Et notamment les maisons Bompiani et Marsilio. Les enchères furent serrées, et le groupe Giunti a fini par l’emporter.

 

Sur le stand de l'éditeur, section jeunesse

 

 

Bompiani, c’était la maison histoire d’Umberto Eco, qui n’avait jamais vu d’un bon œil la mainmise future du groupe sur l’industrie italienne. Le romancier fut parmi les premiers à dégainer lettres et interventions dans la presse pour dénoncer l’action de Mondadori, dirigé par la fille de Silvio Berlusconi. D’ailleurs, la directrice de Bompiani, Elisabetta Sgarbi, préférait quitter le navire, et fonder une nouvelle maison, La Nave di Teseo, plutôt que d’assister au rachat de sa maison histoire. 

 

Dans un communiqué commun, Mondadori et Giunti Editor ont mis fin aux rumeurs qui entouré la vente de Bompiani. La société faisait partie des compétiteurs entrés en lice pour ce rachat, mais l’on évoquait également la présence de HarperCollins, et même celle d’Amazon. Ernesto Mauri, PDG de Mondadori, soulignait alors : « Il est significatif qu’Amazon soit intéressé par une maison d’édition qui dispose de 2 % du marché italien. » Et pour cause

 

La maison fondée par Valentino Bompiani entrera donc dans le giron de l’éditeur florentin, plutôt que sous les serres du cybermarchand.

 

La société dispose déjà de plusieurs marques d’envergure, mais cette transaction devra encore être soumise à l’approbation de l’autorité de la concurrence et du marché. L’édition avait déjà interpellé l’autorité pour lui demander de faire preuve de la plus grande vigilance quant à l’évolution du marché après le rachat. Les mesures contraignantes imposées à Mondadori semblaient en effet bien maigres.

 

Leader dans le domaine des ouvrages pour adolescents, dans les manuels scolaires et le domaine pédagogique, la maison Giunti dispose d’une occasion rare de diversifier son catalogue. L’accès à un fonds présentant tout à la fois des œuvres littéraires contemporaines, et des auteurs étrangers apporte une véritable complémentarité à la société.

 

« Giunti se félicite désormais de l’acquisition d’un acteur historique et d’un catalogue d’excellence qui, depuis toujours, a la vocation de présenter des auteurs, de la culture, et des idées au public », assure un communiqué. 

 

Feu vert pour le rachat de RCS Libri à Mondadori, sous multiples conditions

 

 

Cette filiale « confirme et conforte notre intérêt pour le récit auquel nous consacrons, depuis quelque temps déjà, des ressources et notre investissement, en renouant avec une longue et importante tradition de notre histoire », souligne Sergio Giunit, président du groupe.

 

Giunti, ouverte à Florence en 1841 n’a pas vraiment à rougir en terme d’histoire. Toutefois, l’achat de Bompiani s’opère pas sans une légère amertume : nombre d’auteurs ont préféré quitter la maison d’édition pour rejoindre Elisabetta Sgarbi, redoutant le joug de Mondadori et craignant même pour leur liberté d’expression. 

 

Mondadori, pour sa part, dispose de près de 40 % de l’industrie du livre italienne, même si la vente de Bompiani et Marsilio ont légèrement égratigné ce chiffre. C’est la famille Marsilio qui a d’ailleurs décidé de racheter les avoirs de Mondadori. La vente de RCS Libri s’est effectuée pour 127,1 millions €.