Goncourt 2014 : Difficile de vendre la Guerre d'Espagne aux Espagnols

Antoine Oury - 06.11.2014

Edition - Les maisons - Goncourt 2014 Pas Pleurer - Éditions du Seuil - droits étrangers


Soirée faste hier à l'hôtel d'Aubusson, où les éditions du Seuil célèbraient l'obtention plus tôt dans la journée du Goncourt 2014, remis à Lydie Salvayre. Une auteure fidèle de la maison depuis 1993, et un ouvrage, Pas Pleurer, qui vient couronner une carrière, selon l'avis de tous. L'année fut plutôt riche en prix pour la maison du groupe La Martinière, puisque, quelques jours auparavant, Antoine Volodine recevait le Médicis pour Terminus Radieux.

 

 

Prix Goncourt Lydie Salvayre Seuil

À l'hôtel d'Aubusson, hier soir (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Ce n'est pas tout : le Seuil a pu s'appuyer sur d'autres beaux succès de l'année, dont le bouquin de l'économiste Thomas Piketty, même si personne ne l'a lu, ou Samba pour la France, de Delphine Coulin, porté par l'adaptation cinéma avec Omar Sy. « C'est une bonne année, qui témoigne de la santé littéraire, de l'activité éditoriale du Seuil. C'est une très belle récompense, pour le Seuil comme pour moi, mais la maison occupe son rang, ça me semble parfaitement normal », souligne Olivier Bétourné, PDG des éditions du Seuil, sollicité par ActuaLitté.

 

On s'enorgueillit un peu : la maison n'avait pas obtenu le Prix Goncourt depuis 1988, avec L'Exposition coloniale d'Érik Orsenna, et l'on ne se prive pas de faire remarquer que l'hydre GalliGrasSeuil, célèbre pour son moissonnage de prix, s'était changée en "GalliGrasset". Évidemment, dans un contexte économique moribond, deux prix majeurs de la rentrée ne feront pas de mal : « Un Goncourt génère en moyenne 400.000 ventes, et par conséquent plusieurs millions de chiffre d'affaires en plus, donc cela permet de respirer un peu dans les périodes difficiles comme celle-ci », confirme le PDG.

 

Le dernier grand succès littéraire de la maison fut En finir avec Eddy Bellegueule, d'Édouard Louis, en janvier dernier, et on murmure dans les rangs que Salvayre fera probablement mieux que ses 200.000 ventes. Pour l'heure, l'ouvrage est en rupture de stock, et, selon les données, se serait écoulé à près de 10.000 exemplaires.

 

Évidemment, l'ensemble de l'œuvre de Lydie Salvayre chez Seuil a été réimprimé, en poche comme en cadre rouge : « Elle le mérite », souligne Olivier Bétourné. 250.000 exemplaires de Pas Pleurer ont été imprimés pour assurer la demande, et viennent s'ajouter aux 30.000 d'origine. « Je pense que l'on va rapidement monter à 500.000. »

 

Pour la vente des droits, le marché espagnol est évidemment important, en regard du sujet de Pas Pleurer, dans lequel Lydie Salvayre revient sur le contexte de la guerre civile espagnole. « L'éditeur Anagrama, qui est également l'éditeur de Patrick Deville sur le territoire, a acheté les droits pour les langues castillanes et catalanes », précise Martine Heissat, directrice des droits étrangers chez Seuil.

 

Sur le territoire britannique, l'éditeur MacLehose a obtenu les droits de l'ouvrage, et s'en félicite sur son site. Ces deux ventes se sont faites en amont, et l'éditeur anglais avait même posé une option une semaine après l'obtention du manuscrit par Seuil, en mai dernier.

 

En Espagne, la cession des droits a été plus délicate : « Les Espagnols n'aiment pas vraiment que quelqu'un d'étranger, ce qui n'est pas le cas de Lydie Salvayre, puisqu'elle a des origines catalanes par sa mère, s'attaque à un sujet comme la Guerre d'Espagne. Ils ont une grande susceptibilité sur le sujet. Mais Anagrama cautionne complètement le contenu du livre. »

 

Les ventes de droits dans les autres pays d'Europe suivront sans tarder, à n'en pas douter. À l'annonce du prix, quelques larmes de joie ont été versées au Seuil, les larmes de champagne. On avait pourtant dit, Pas Pleurer.