Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Goncourt : aider la librairie, "en couronnant de bons livres" (Bernard Pivot)

Nicolas Gary - 28.01.2014

Edition - Société - Bernard Pivot - aides aux librairies - Académie Goncourt


Il est presque gêné, Bernard Pivot, quand on le sollicite. « Je ne suis pas un spécialiste de la librairie », répond-il, alors que le président du Centre national du livre, Vincent Monadé, vient d'achever la présentation de ses voeux. Pourtant, la librairie, est placée « au coeur de nos politiques », assurait hier soir le président. 

 

 

Barnard Pivot

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Il y a toujours eu un combat pour la librairie, rappelez-vous la loi Lang. Si Jack Lang n'avait pas pris la décision que l'on connaît, à savoir bloquer le prix du livre, il n'y aurait plus de librairies en France. C'est la principale mesure qui a été faite pour défendre les libraires… heureusement, parce que sinon il n'y en aurait plus. Alors évidemment, elles sont menacées à cause d'Amazon, à cause de la vente par internet des livres. »

 

On n'entendra pas parler des grandes surfaces, que les intéressés se rassurent. « Alors, oui, il faut essayer de leur prêter attention, de leur ouvrir des crédits, encourager les reprises de librairies défaillantes, encourager les créations, encourager les éditeurs à reprendre les librairies qui sont en déshérence », poursuit Bernard Pivot.

 

Plusieurs millions d'euros, y sont en effet consacrés, petit rappel : 

  • 5 millions € au travers de l'IFCIC, pour des aides à la trésorerie
  • 4 millions € confiés à l'Association pour le Développement de la Librairie de Création, pour la transmission des établissements
  • 2 millions € du CNL, dans le cadre des aides aux libraires
  • 7 millions € promis par le SNE, confiés à l'ADELC - mais qui devait découler de la baisse de la TVA, à 5 % et qui pour l'heure, reste en suspens. 

  

« Nous avons toute une politique du livre que la ministre et le président du CNL ont raison de mener », observe le récent président de l'Académie Goncourt. Et à ce titre que pourrait faire l'Académie pour apporter sa petite pierre à ce grand édifice ? « En couronnant de bons livres. En couronnant des livres qui se vendent très bien », exulte, dans un franc sourire, Bernard Pivot.

 

« Regardez le dernier, [NdR : Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, publié chez Albin Michel], il en est à plus de 500.000 exemplaires ! » Selon les données Edistat, ce sera plutôt presque 300.000 exemplaires, en réalité. Mais on comprend l'idée. « Les libraires sont plutôt contents que l'on ait couronné un livre qui se vend à 500.000 exemplaires, plutôt qu'un livre qui se serait vendu à 50.000 exemplaires. Notre action elle est là, elle n'est pas ailleurs. »

 

Des pure-players ? Hmm... pas trop

 

C'est la raison pour laquelle, couronner un ouvrage qui ne serait que numérique, cela ne fait aucun sens. Ouvrir l'Académie à des éditeurs qui produisent des livres numériques, exclusivement… Bernard Pivot marque une hésitation, perplexe. « Oh, je ne crois pas. À mon avis non. Nous lisons des livres sur papier. Les bons livres… ils peuvent être numériques… mais ils seront toujours sur papier. Je ne crois pas à cette histoire du livre qui ne serait que numérique et qui n'aurait pas de version papier. Je ne crois pas du tout à cela. »

 

Une hypothèse balayée rapidement : « Si vous voulez que les librairies meurent, vous n'avez qu'à ne plus faire de papier, il n'y aura plus de librairies. C'est simple. »

 

C'était déjà le point de vue que développait Didier Decoin, que nous avions sollicité en février 2011 : « Toutes les maisons ont leur place à l'Académie Goncourt, sauf une maison qui n'aurait pas la capacité d'assurer la diffusion nécessaire à l'obtention du prix. Après tout, c'est encore en librairie que l'on achète le plus de livres. Une maison qui ne pourrait pas assumer cette nécessaire diffusion ne serait pas retenue. » Mais dans l'hypothèse d'un pure-player, la question de la diffusion ne se pose pas ?

 

« C'est juste, cela ne serait pas problématique. Ce qui l'est en revanche, c'est que l'on passerait les librairies de France à la guillotine. Le prix Goncourt, c'est avant tout une célébrité que l'on retrouve chez son libraire. Et d'autre part, la question de la rémunération des auteurs sur les livres numériques pose encore de nombreuses questions. Régler ces deux aspects est essentiel avant que l'on ne puisse se réjouir du livre numérique. »